‹ Esther (volume 2)Chapitre 22 sur 68 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Elle a répudié son époux et son père1, Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère : Maintenant elle sert sous un maître étranger. Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger : Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes, Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes, Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel. Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, Pourrait anéantir la foi de tes oracles, Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons, Le saint que tu promets, et que nous attendons - ! Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches, Ivres de notre sang, ferment les seules bouches Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits ; Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais. Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles, Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles, Et que je mets au rang des profanations Leur table, leurs festins, et leurs libations; Que même cette pompe où je suis condamnée3, Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés, Seule et dans le secret, je le foule à mes pieds; Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre, Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre. J'attendais le moment marqué dans ton arrêt Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.

1. Répudié son époux et son père. Manière énergique d'exprimer que la nation juive a renoncé à son Dieu. ■Cette hardiesse est d'autant plus heureuse, que Sion est toujours présentée dans l'Ecriture comme l'épouse que Dieu avait choisie. • (Geoffroy.)

1. « Mais, en quelque état qu'il (le peuple juif) fût, il vivait toujours en attente des temps du Messie, où il attendait de nouvelles grâces plus grandes que toutes celles qu'il avait déjà reçues; et il n'y a personne qui ne voie que cette foi du Messie et de ses merveilles, qui dure encore aujourd'hui parmi les Juifs, leur est venue de leurs patriarches et de leurs prophètes dès l'origine de leur nation.» (Bossuet, Disc, sur l'hist. univ., IIe part.)

3. Ou, mis pour auquel, dans lequel, à qui, est d'un usage continuel au xvii« siècle. Dans Iphigénie en Aulide (act. I, se. i), Racine fait dire à Agamemnon :

Heureux qui, satisfait de 6on humble fortune, Libre du joug superbe où je sni? attaché, Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché. Molière, dans l'Avare: «C'est une chose où l'on doit avoir égard. • — Malherbe, dans une de ses lettres: «M. de Montpensier est extrêmement mal, et le remède de lait où est-il depuis trois semaines ne fait pas l'effet que l'on désirait en la guérison d'un si bon prince.»

Ce moment est venu : ma prompte obéissance Va d'un roi redoutable affronter la présence. C'est pour toi que je marche : accompagne mes pas Devant ce fier lion qui ne te connaît ; Commande en me voyant que son courroux s'apaise, Et prête à mes discours un charme qui lui plaise1 : Les orages, les vents, les cieux te sont soumis; Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis*.

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