‹ Esther (volume 2)Chapitre 4 sur 68 · JUGEMENT DES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

JUGEMENT DES CONTEMPORAINS

sur la pièce d'Esther.

o Mme de Maintenon est fort occupée de la comédie qu'elle fait jouer par ses petites filles; ce sera une fort belle chose, à ce que l'on dit. » Mmo de Sévigné.

14 janvier 1689.

« Nous y allâmes samedi (à Sa:nt-Gyr), Mme de Goulanges, Mmc de Bagnols, l'abbé Têtu et moi. Nous trouvâmes nos places gardées Nous écoutâmes, le maréchal et moi, cette

tragédie axec une attention qui fut remarquée, et de certaines louanges sourdes et bien placées, qui n'étaient peut-être pas sous les fontanges de toutes ces dames. Je ne puis vous dire l'excès de i' agrément de cette pièce; c'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, et qui ne sera jamais imitée: c'est un rapport de la musique, des vers, des chants, des personnes si parfait et si complet, qu'on n'y souhaite rien; les filles qui font des rois et des personnages sont faites exprès: on est attentif, et on n'a point d'autre peine que celle de voir Inir une si aimable pièce: tout y est simple, tout y est innocent, tout y est sublime et touchant : cette fidélité de L'Histoire sainte donne du respect ; tous les chants convenables aux paroles, qui sont

APPRÉCIATION D'ESTHER. il

tirées des Psaumes et de la Sagesse, et mis dans le sujet, sont d'une beauté qu'on ne soutient pas sans larmes: la mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce, c'est celle du goût et de l'attention. J'en fus charmée, et le maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au roi combien il était content, et qu'il était auprès d'une dame qui était bien digne d'avoir vu Esther. Le roi vint vers nos places; et, après avoir tourné, il s'adressa à moi et me dit : « Madame, je suis assuré que vous > avez été contente. — Sire, je suis charmée, ce que je sens » est au-dessus des paroles. » Le roi me dit : « Racine a bien » de l'esprit. » Je lui dis: « Sire, il en a beaucoup, mais, » en vérité, ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi : elles » entrent dans le sujet, comme si elles n'avaient jamais fait » autre chose. — Ah! pour cela, reprit-il, il est vrai. »

Mme DE Sévigné.

Lundi, 21 février 1689.

« Esther n'est pas encore imprimée... Racine va travailler à une autre tragédie, le roi y a pris goût, on ne verra autre chose ; mais l'histoire d'Esther est unique; ni Judith, ni Ruth, ni quelque sujet que ce puisse être, ne saurait si bien réussir. »

Mm0 de Sévignb.

28 février 1689.

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