‹ Esther (volume 2)Chapitre 58 sur 68 · assiéhus · texte numérisé non relu

assiéhus

Quoi ! vous sortez des Juifs ? Leurs rois sont vos ancêtres ?

Oui, je sors des grands rois qu'ils connurent pour maîtres;

Et lorsqu'à mon amour votre cœur s'est rendu,

Toujours grand, toujours haut, il n'a point descendu. (Du Rter, ibid.)

4. Racine sait bien mieux que du Ryer attacher ses lecteurs, réveiller leur intérêt, en montrant Assuérus plein d'horreur d'abord pour le secret qui lui est dévoilé. Dans la pièce à laquelle nous avons fait quelques emprunts, Assuérus dit sans hésiter :

Je ne saurais des Juifs, peuple juste et fidèle, Avec plus de splendeur récompenser le cèle,

8 n'en donnant à la Perse, et joignant à mou rang ne reine qui sorte et d'eux et de leur sang.

Après ces mots, le spectateur ne peut plus avoir aucune crainte. Dans Racine, il a encore à redouter l'effet des préjugea d'Assuérns contre les Juifs.

ÔB ESTHER.

ASSUÉRUS

Parlez.

0 Dieu, confonds, l'audace et l'imposture? Ces Juifs, dont vous voulez délivrer la nature, Que vous croyez, seigneur, le rebut des humains, D'une riche contrée autrefois souverains, Pendant qu'ils n'adoraient que le Dieu de leurs pères, Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères l. Ce Dieu, maître absolu de la terre et des cieux, N'est point tel que l'erreur le figure à vos yeux: L'Eternel est son nom ; le monde est son ouvrage; Il entend les soupirs de l'humble qu'on outrage, Juge tous les mortels avec d'égales lois, Et du haut de son trône interroge les rois. Des plus fermes États la chute épouvantable, Quand il veut n'est qu'un jeu de sa main redoutable*. Les Juifs à d'autres dieux osèrent s'adresser: Rois, peuples, en un jour tout se vit disperser: Sous les Assyriens leur triste servitude Devint le juste prix de leur ingratitude.

Mais, pour punir enfin nos maîtres à leur tour,

1. Prospère ne se dit plus en prose, mais en vers il est toujours beau, ht ce mot n est pas le seul qui, à mesure qu'il vieillit pour la pro*e n'en devient que plus poétique. . (D'Olivet.) - Rotrou l'a employé d'une manière un peu vague dans ce vers :

0 ciel! ta providence apparemment (en apparence) prospère Au gré de mes désirs, de deux tils me fait père.

( Vviceslas, act. IV, se. vni.)

2. • C'est de ces quatre vers que Voltaire a écrit quelque part qu'on a honte den faire quand on en lit de pareils. . (La Harpe.) -Jamais en aucune langue on n a exprimé avec plus de sublimité la grandeur de Dieu. Corneille, lui aussi, a fait cette peinture de la grandeur divine :

Le Dieu de Polyencte et le Dieu de Néarque De la terre et des cieux est l'absolu monarque. Seul être indépendant, s-eul maitre du destin, feeul principe éternel et souveraine fin. C'est ce Dieu des chrétiens qu'il faut qu'on remercie Des victoires qu'il donne à lempereur Décie ; Lin seul tient en sa main le succès des combats 11 le veut élever, il le peut mettre bas.

Sa bouté.

son pouvoir, sa justice est immense

C'est lui seul qui punit, lui seul qui récompense.

(Pohjeucte, act. III, se. n.) La différence du ton est facile à saisir : elle marque fortement la différeuce des situations. Polyeucte parle avec l'ardeur d'un néophyte qui s'adresse à la foule avec véhémence, Esther avec toute la crainte que lui inspire la redoutable majesté du roi de Perse.

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