‹ Esther (volume 2)Chapitre 6 sur 68 · PROLOGUE1 LA PIÉTÉ · texte numérisé non relu

PROLOGUE1 LA PIÉTÉ

Du séjour bienheureux de la Divinité

Je descends dans ce lieu8 par la Grâce3 habité :

L'innocence s'y plaît, ma compagne éternelle,

Et n'a point sous les deux d'asile plus fidèle.

Ici, loin du tumulte., aux devoirs les plus saints

Tout un peuple naissant est formé par mes mains 4 ;

Je nourris dans son cœur la semence féconde

Des vertus dont il doit sanctifier le monde 5.

Un roi qui me protège, un roi victorieux,

À commis 6 à mes soins ce dépôt précieux.

C'est lui qui rassembla ces colombes timides,

1. Prologue. Etymologie (nob, Xâfo;, discours mis en avant). Euripide fut le premier chez les Grecs à faire précéder ses tragédies d'une exposition détachée de la pièce, dans laquelle un acteur, un dieu ou un héros exposait le sujet, en indiquait à l'avance les péripéties et les circonstances principales. — Plaute et Térence ont imité cet usage. — 11 ne s'agit là de rien de semblable. Voici ce qu'en dit Louis Racine : « Tous les rôles de cette pièce étaient distribués aux demoiselles de Saint-Cyr, lorsque la jeune MUe de Caylua, qui avait été élevée dans cette maison et n'en était sortie que depuis peu de temps, témoigna une grande envie de faire quelque personnage; ce qui engagea l'auteur à faire pour elle ce prologue très-heureusement imaginé... C'est un cadre ou Racine a su renfermer délicatement les plus magnifiques éloges du roi, de M"" de Maintenon et de la communauté de Saint-Cyr. » (L. Racine.)

2. Dans ce lieu. La maison de Saint-Cyr. [Note de Racine.) Ce fut en juin 1686 que la maison de Saint-Cyr fut fondée par Louis XIV. Il ne faisait que rendre plus solide un établissement commencé à Noisy par Mme de Maintenon. Ei.'e ne cessait depuis 1684 de représenter au roi « que la plupart des familles nobles étaient réduites à un pitoyable état par les dépenses que leurs chefs avaient été obligés de faire à son service; que leurs enfants avaient besoin d'être soutenus pour ne pas tomber tout à fait dans l'abaissement; que ce serait une œuvre digne de sa piété et de sa grandeur de faire un établissement solide qui fût l'asile des pauvres demoiselles de son royaume, et où elles fussent élevées dans la piété et dans tous les devoirs de leur condition. » M"" de Maintenon dit encore à ce sujet : • Dieu a coLduit Saint-Cyr par degrés.... Beaucoup de compassion pour la noblesse indigente, parce que j'avais été orpheline et pauvre moi-même, un peu de connaissance de son état, me fit imaeiner de l'assister pendant ma vie. i

3. La grâce. 11 faut entendre ce mot dans le sens que lui donnent les théologiens; c'est-à-dire la personnification d'une action particulière de Dieu sur les créatures pour les rendre justes et heureuses. — Ne pas confondre avec ce que dans les personnes et dans les ouvrages on appelle la grâce, c'est-à-dire ce qui plaît avec attrait.

4. Tout un peuple naissant. Deux cent cinquante demoiselles étaient élevées dans la maison de Saint-Cyr.

5. Des vertus dont. Vaugelas fait remarquer que le mot dont a une extension fort arbitraire; il peut signifier ici par lesquelles. 11 était d'un fréquent usage au xvi< siècle; il faut reconnaître qu'il est plus favorable à la poésie que l'emploi de par, avec, de, contre, suivi de lequel ou lesquels.

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