NOTICE. XXI
sa réputation fût intéressée, puisqu'il demeurerait enseveli dans Saint-Cyr^ ajoutant qu'il ne lui importait pas que cet ouvrage lut contre les règles, pourvu qu'il contribuât aux vues qu'elle avait de divertir les demoiselles de Saint-Cyr en les instruisant.
» Cette lettre jeta Racine dans une grande agitation. Il voulait plaire à Mme de Maintenon; le relus était impossible à un courtisan, et la commission délicate pour un homme qui. comme lui. avait une grande réputation à soutenir, et qui, s'il avait renoncé a travailler pour les Comédiens, ne voulail pas détruire l'opinion que ses ouvrages avaient donnée de lui. Despréaux, qu'il alla consulter, décida brusquement pour la négative: ce n'était pas le compte de Kacine.
» Enfin, après un peu de réflexion, il trouva sur le sujet d'Esther loul ce qu'il fallait pour plaire à la Cour. Despréaux lui-même en l'ut enchanté, et l'exhorta a travailler, avec autant de zèle qu'il en avait eu pour l'en détourner.' Racine ne fut pas longtemps sans porter à Mme de Maintenon, non seulement le plan de sa pièce (car, il avait accoutumé de les l'aire en prose, scène par scène, avant d'en faire les vers), mais même le premier acte tout l'ait. Mme de Maintenon en fut charmée, et sa modestie ne put l'empêcher de trouver dans le caractère d'Esther, et dans quelques circonstances de ce sujet, des choses flatteuses pour elle'. »
Ajoutons, d'après Racine lui-même, un détail qui peut nous faire déterminer plus nettement, quant à la composition d'Esther, l'initiative de Mme de Maintenon. Dans sa Préface, venant à parler des chœurs qu'il a introduits dans la pièce, le poète déclare qu'il a travaillé sur un plan qu'on lui avait donné. 11 faut comprendre par là que, sans indiquer aucun sujet, Mme de Maintenon avait demandé à Racine une œuvre dramatique qui pût être non seulement <• récitée », comme on disait, mais chantée, et qu'ainsi nous devons attribuer en partie à la fondatrice de Saint-Cyr la restauration du Chœur dans la tragrédie française.
5. Racine et l'Écriture Sainte. — Il n'est pas surprenant que Racine ait cherché dans l'Ecriture Sainte une source d'inspiration dramatique, car il en était un des lecteurs les plus fervents. Tous les soirs, nous dit son fils Louis, il lisait à sa famille et à ses domestiques l'Evangile du jour, « que souvent il expliquait lui-même par
i. Souvenirs de Mme de Caylus, p. 164- 165.