NOTICE. XXIII
une courte exhortation proportionnée à la portée de ses auditeurs, et prononcée avec cette àme qu'il donnait à tout ce qu'il disait. Pour occuper de lectures pieuses M. deSeignelay1, malade, il allait lui lire les Psaumes. Cette lecture le mettait dans une espèce d'enthousiasme, dans lequel il Taisait sur-le-champ une paraphrase du psaume. J'ai entendu dire à M. l'abbé Renaudot2, qui était un des auditeurs, que cette paraphrase leur faisait sentir toute la beauté du psaume et les enlevait3. »
6. Les prédécesseurs de Racine. — Le choix du sujet d'Esther n'avait rien d'original. Il avait déjà tenté, au xvie et au XVIIe siècle, plusieurs auteurs, dont nous allons rapidement énumérer les productions, sans parler des pièces latines écrites sur ce même sujet.
Ajiian, « tragédie sainte » par André de Rivaudeau', gentilhomme poitevin. Comme chez Racine, chaque acte se termine par un chœur. La pièce, imprimée en i566, avait été récitée et chantée à Poitiers en i56i.
Esther, par Pierre Mathieu5, alors principal de collège. Cette tragédie, accompagnée de chœurs, fut jouée, en i583, vraisemblablement par les élèves de l'auteur. Esther aurait été le sujet d'une tragédie de collège uu siècle avant Racine. 11 faut d'ailleurs le remarquer : c'est particulièrement dans ce milieu que se lit la renaissance delà tragédie, elles écoliers jouaient devant un public qui, souvent, ne connaissait pas d'autres acteurs.
Aman, ou la Vanité (avec chœurs) par Antoine de Montchrestien, l'un des meilleurs poètes dramatiques du xvr siècle u(k>i '?)
La Perfidie d'Aman, mignon et favori du roi Assuérus6, imprimée
i. Fils de Colbcrt ; il fut minisire de dans les Œuvres de J. Racine, éd. Mes-
la marine, et mourut en 1690. nard, t. I. p.. 299.
,, . . . , „ . , î. Voir (i. Lanson, Revue dWist. litt.
2. Académicien, ami de Racine et de (h, ,a /.•,.„„,,, l(„,1 p. 20„.
Boileau. 5. <;. Lanson, ibid., p. 208.
3. Mémoires sur la vie de J Racine 61 G. Lanson, ibid.. p. 229.
sans nom d'auteur eu 1017, et jouée en 1622 à l'Hôtel-de-Bourgogne. On y a vu des allusions au meurtre du maréchal d'Ancre.
La Belle Hester, par Ville-Toustain, sous le pseudonyme de Japien Marfrière (imprimée en 1620).
Esther, par Pierre Du Ryer, contemporain de Corneille. Cette tragédie, représentée probablement en 1642, imprimée en i044> est en cinq actes et sans aucun chœur, non plus que les deux précédentes.
De toutes ces pièces, deux seulement, celle de Montchresticn et de Du Ryer mériteraient quelque comparaison avec Racine. Encore ce rapprochement ne rentrerait-il dans le cadre d'une notice comme celle-ci que si Racine s'était vraiment inspiré de ses prédécesseurs français1, ainsi qu'il l'a fait ailleurs d'Euripide et d'Aristophane.
Nous nous contenterons donc, après avoir l'ait l'analyse de la pièce de Racine, de la rapprocher du livre de la Bible qui raconte l'histoire d'Ksther.
7. Analyse d'« Esther». — Acte Ier. — 1. Esther, femme du roi des Perses Assik tus. retrouve, après uue longue séparation, une de ses compagnes d'enfance, Elise, qui est venue la trouver dans son appartement, au palais de Suse. el qui s'étonne du changement extraordinaire qui a élevé jusqu'au trône une Juive captive. La Reine lui raconte son histoire. Orpheline, elle a été élevée par Mardochée, son oncle. Sur l'ordre de celui-ci, elle s'est présentée à Assuérus, qui. après avoir répudié laitière Yasthi, cherchait une nouvelle épouse parmi toutes les jeunes filles de son royaume, et le choix du roi s'est tixé sur elle. V».r;tc&a
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jeunes filles israélites qu'elle élève elle-même, sans dire à personne qui elles sont, et auprès desquelles elle est heureuse d'ouhlier sa grandeur.
2. Les compagnes d'Est lier, qui forment le Chœur de la tragédie, chantent la patrie perdue et la ruine de Jérusalem.
v Mardochée se présente, vêtu d'un cilice et couvert de cendre. Il annonce qu'Israël est menacé d'extermination. Le puissant ministre Aman, de race amalécite. et. comme tel. ennemi des Juifs, vient d'arracher à la faiblesse d Assuérus un édit qui les condamne, et le massacre aura lieu dans dix jours. Il faut
1. Remarquons que Corneille avait ment, une image anticipée de la Vierge
résumé en quelques stances médiocres Marie (Louanges àe lu Suinte-Vierge,
l'histoire d'Esther, voulant montrer, v. 5jl-65o). dans ce personnage de l'Ancien Testa-