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NOTICE. XXXVII

gage de la conversation, les chants du chœur trouvaient, au contraire, leur expression dans les strophes, souvent très longues, 1res compliquées, et, de plus, symétriques', de la poésie lyrique. Les chœurs de Racine, où les vers sont groupés d'une façon généralement très simple, ne peuvent en donner aucune idée.

Soit qu'il ait suivi son goût personnel, soit que, d'accord avec le compositeur, il ait pensé que trop de régularité eût entraîné pour la musique quelque monotonie, il a écrit ses chœurs en stances libres, dont les formes ne se répètent pas2, quelquefois môme en vers libres, qu'il est à peu près impossible de grouper en stances.

Enfin, dans la tragédie grecque, le chœur, comme nous l'avons vu, intervenait fréquemment dans le dialogue ; dans Esther, il en est séparé nettement3 ; c'est même ce qui a permis jadis de mutiler la pièce en la jouant sans les chœurs. On peut observer, il est vrai, que le rôle d'Elise rappelle celui du coryphée antique, mais alors c'est au chœur qu'elle s'adresse, et non pas à Esther ni à aucun autre des personnages principaux.

Ce rôle d'Élise appelle une autre remarque. Même dans les parties lyriques, elle parle et ne chante pas, et, avec les vers qu'elle prononce, se trouvent toujours groupés, en plus ou moins grand nombre, d'autres vers que les compagnes d'Esther récitent également sans chanter; si bien qu'un cinquième environ des chœurs n'a

i. Les strophes de la tragédie grecque. scène III du troisième acte : Rois, chassa

dont les types sont d'ailleurs très va- la calomnie... (v. 969-984). et, si l'on

ries, étaient symétriques, en ce sens veut, les distiques (v. 1228-12%) : Esther

qu'une strophe d'une forme déterminée a triomphé... etc. Nous ne comptons pas

était suivie d'une autre strophe sem- comme reproduction de formes lyri-

blable, appelée antistrophe. Le groupe ques les vers répétés çà et là en refrain,

pouvait être complété par une troi- '3. Il est vrai que, dans la scène II du

sième strophe, d'une composition diffe- premier acte, quelques vers du chœur

rente, appelée épode. Rien de semblable ui5-i2i et i32-i54> sont liés au dialogue;

chez Racine. mais ce n'est pas une exception à proprement parler, car toute la scène peut

2. On ne peut citer comme exception, disparaître si l'on joue Esther sans les

dans Esther, que les 4 stances de la chœurs.

point de musique1. On en a conclu que Racine avait voulu éviter ainsi le soudain contraste do la poésie parlée et de la poésie chantée, et ménager à l'oreille une transition. 11 y aurait là, dit-on, une belle trouvaille du poète2 ! Mais une telle conclusion n'est nullement justifiée, car, des cinq dialogues de cette sorte, trois sont insérés entre des parties chantées, et deux l'ois seulement sur six on les trouve au début des chœurs. Racine, tout simplement, a dû penser que ses chœurs auraient plus d'agrément s'ils n'étaient pas chantés d'un bout à l'autre.

19. La musique des chœurs de Racine. — J.-B. Moreau. — La musique des chœurs antiques est perdue ; celle des chœurs de Racine nous a été heureusement conservée. Le fameux Lulli était mort depuis plus d'un an ; on s'adressa à un compositeur qu'on avait sous la main, vu qu'il appartenait à la Chambre du Roi, et qu'il était attaché à la maison de Saint-Cyr comme organiste et comme maître de musique. C'était Jean-Baptiste Moreau3, déjà connu par quelques productions. Après les chœurs d'Esther et d'Athalie, il devait continuer à composer, notamment pour Saint- Cyr et pour la Cour ; mais c'est surtout sa collaboration avec Racine qui a empêché son nom de périr4.

Le poète a rendu hommage au talent du musicien. « Ses chants, écrit-il dans sa Préface, ont fait un des plus grands agréments de la pièce. Tous les connaisseurs demeurent d'accord que, depuis longtemps, on n'a point entendu d'airs plus touchants, ni plus convenables aux paroles. « El il est certain qu'il faut voir dans cet éloge autre chose qu'un simple témoignage de courtoisie, car la

i. Acte II. scène VIII, v. 713-522. j35- '5. Né à Angers, en i656, mort en

:\i, J50-566, 378-789; acte III, scène III. ij33. v. 934-959.

a. André Hallays, Racine poète lyri- 4- H écrivit aussi la musique de trois

que (1S99), P 9- Cantiques spirituels de Racine.

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