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LE VESTIBULE DES DORTOIRS AMÉNAGÉ EN THEATRE

Plan donné par M. A. Taphanel dans /.<• Théâtre de Sainl-Cyr.

NOTICE. XLTII

avec la salle du festin. Les costumes étaient magnifiques; le Roi y avait fait employer les perles et les diamants1 qu'il avait autrefois portés dans ses ballets. La dépense s'élevait à plus de 14000 livres.

Vn grand amphithéâtre était adossé aux murs, avec quatre rangs de gradins, pour les Demoiselles : en haut les rouges (âgées de moins de onze ans), au-dessous les vertes (de onze à treize fins puis les jaunes (de quatorze à seize), et en bas les bleues des plus grandes i. On voyait sur les gradins une profusion de rubans de soie de toutes ces couleurs, qui, portés en ceintures, en colliers et en nœuds, formaient une diversité du plus heureux effet. Un autre amphithéâtre, plus petit, était dressé pour les Dames de la Communauté2. La salle était éclairée par des lustres de cristal.

L'organiste de la maison, Nivers, accompagnait au clavecin; l'orchestre était composé des musiciens de la Chambre du Roi. Il est probable que le Roi avait également prêté les chanteurs de sa Chapelle, et que, dissimulés derrière la scène, ils soutenaient les chœurs en remplissant les parties de basse. Ce qui est certain, c'est qu'il y a des voix d'hommes dans la partition de Moreau, et qu'il est difficile de s'en expliquer autrement l'emploi3. On voudra bien, d'ailleurs, le reconnaître: la présence discrète de ces hommes, pour une exécution musicale, n'était pas plus choquante que celle des chanteuses de profession envoyées par le Roi quelques jours plus tard; lesquelles, déguisées en Persanes, se mêlèrent aux jeunes

i. Etaient-ce les pierreries fausses que les parties de basse>, en dépit du

dont il sera question plus loin, au §a87 texte qui les accompagne, étaient exé-

2. D'après le plan, les deux ainplii- Çutées a Saint-Cyr par des instruments. théâtres .relaient pas adorés aux 1 7 a au Ctonservatoije une copie de

m „rs. comme la dit Th. Lavallée h! **£ ,t!'7 d EJthe\ ,aite, P» le,musl-

cien Philidor, dans laquelle les chœurs

3. Ch. Bordes, dans la préface de son sont réduits à deux parties pour voix édition des chœurs d'Esther (p. to), de femmes. Cette copie est conforme n hésite pas à conclure ainsi M. Hal- aux représentations de Saint-Cyr, mais lays [Racine poète lyrique, p. il note) nous ne savons pas auxquelles. La n'admet pas la présence de chœurs question, qui intéresse l'histoire de masculins. Le savant bibliothécaire du Saint-Cyr plus (pie celle de la compo- Conservatoire, M. Julien Tiersot, que sition musicale, n a pas été abordée par nous avons consulté sur ce point, pense M. Taphanel.

filles, non sans scandaliser, par leurs ruines profanes, les bonnes Daines de la Communauté. Celles-ci baissaient la tête et disaienl leur chapelet.

Entre les deux amphithéâtres se trouvaient les sièges pour les spectateurs du dehors. Mme de Maintenon avait un fauteuil derrière celui du Roi, prête à répondre à ses questions.

Esther, dît le Journal de Dangeau1, « réussit à merveille... Toutes les petites tilles jouèrent et chantèrent très bien, et Mme de Caylus lit le prologue mieux que n'aurait pu faire la Champmeslé-'. Le Roi, les dames et les courtisans qui eurent permission d'y aller, en revinrent charmés. »

Parmi les premiers auditeurs d'Esther, Dangeau, qui en était, cite Monseigneur (le Grand Dauphin, lils de Louis XIV), MM. de La Rochefoucauld, de Noailles, de Louvois, les évèques de Beauyais, de Meaux (Bossuet) et de Chalon-sur-Saône. D'après une lettre de Mme de Sévigné3, il faut ajouter Monsieur le Prince, fils du grand Coudé, et nous apprenons qu'il pleura aux vers de Racine, comme son père avait pleuré aux vers de Corneille1.

22. Autres représentations en 1689. — On ne parla plus que d'Esther. « Il n'y eut, dit Mme de La Fayette, ni petit ni grand qui n'y voulût aller; et ce qui devait être regardé comme une comédie de couvent devint l'affaire la plus sérieuse de la Cour5. »

On devine que les « petits » n'encombrèrent pas la salle, mais les plus grands se disputèrent les invitations. « Les ministres, pour faire leur cour en allant à cette comédie, quittaient leurs affaires les plus pressées », ajoute Mme de Lafayette. Le Roi assista, ou plutôt présida à toutes les représentations de 1689; en effet, ne l'oublions pas, il était chez lui, c'était iui qui recevait, et les dames de Saint-Cyr ont noté qu'il surveillait tout. » Quand il était arrivé, il se mettait à la porte en dedans et tenait sa canne haute pour

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