‹ EstherChapitre 22 sur 146 · Du v<> .janvier 1689. 3. Du 28 janvier · texte numérisé non relu

Du v<> .janvier 1689. 3. Du 28 janvier

■!. Célèbre actrice, qui avait créé les 4- A la représentation de Cinna (1640).

principaux rôles daus les dernières 5. Mémoires de la Cour de France pour

pièces de Racine. les années 1688 et 1689,

NOTrCE. XLY

servir de barrière; il demeurait ainsi jusqu'à ce que toutes les personnes conviées fussent entrées: alors il faisait fermer la porte.

La seconde représentation l'ut donnée le samedi 29; on y remarquait le duc d'Orléans, la Dauphine, quelques princes de la maison royale et huit jésuites: ce qui lit dire à Mme de Maintenon que ce jour-là on jouait [unir les saints. Mme de Caylus avait pris le pôle d'Esther: ce l'ut un triomphe.

Les trois représentations suivantes sonl du 3. du 5 et du i5 février. A celle du 5, Louis XIV avait amené l'ex-roi Jacques H et l'ex-rcine Marie, les souverains détrônés d'Angleterre, qui étaient ses luttes au château de Saint-Germain.

On venait de donner la sixième, le samedi ig lévrier, quand le Roi apprit la mort de la reine d'Espagne, sa oièce Mlle de Monsieur et de Henriette d'Angleterre). Le deuil de la Cour fit supprimer les quelques représentations qui auraient pu encore être données avant le carême de 1689.

23. Mme de Sévigné à Saint-Cyr. — Il est heureux que la nouvelle de cette mort ne soit point parvenue à Versailles avant la représentation du 19, car Mme de Sévigné avait réussi à s'y faire inviter, et nous serions privés de l'amusante relation qu'elle en a écrite pour sa Mlle.

• Nous y allâmes samedi. .Mme de Coulanges, Mme de Bagnols, l'abbé Têtu et moi Nous trouvâmes mis places gardées. Un officier dit à Mme de Conlanges que Mme de Maintenon lui faisait garder un siège auprès d'elle; vous voyez quel honneur. » Pour vous. Madame, me dit-il. vous pouvez choisir. Je me mis avec Mme de Bagnols au second banc derrière le-- Duchesses. Le maréchal de Bellefonds vint se mettre, par choix, a mon côté droit, et devant celaient Mmes d'Auvergne, de Coislin, de Sully. Nous écoutâmes, le Maréchal et moi. cette tragédie avec une attention qui fut remarquée, et de certaines louanges sourdes ei bien placées, qui n'étaient peut-être |>;i- sous les Contanges de toutes les dames. Je ne puis vous dire l'excès de l'agrément de cette pièce : c'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, et qui ne sera jamais imitée; c'esl un rapport de la musique, des vers, dès chants, des personnes, si parfait et si complet, qu'on n'y souhaite rien: les filles qui font des rois ei des personnages sonl laites exprès: on est attentif, et on n'a point d'autre peine que celle de voir tinir une si aimable pièce; tout y est simple, tout y est innocent, tout y est sublime et touchant : cette fidélité de l'histoire sainte donne du respect; tous les chants convenables aux paroles, qui sont tirées des Psaumes ou de la Sagesse. e\ mis dans le sujet.

sont d'une beauté qu'on ne soutient pas sans larmes. La mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce, c'est celle du goût et de l'attention. J'en fus charmée, et le Maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au Roi combien il était content, et quil était auprès d'une dame qui était bien digne d'avoir vu Esther. Le Roi vint vers nos places, et après avoir tourné, il s'adressa à moi, et me dit : « Madame, je suis assuré que vous avez été contente. » Moi, sans m'éton her, je répondis : « Sire, je suis charmée; ce que je sens est au-dessus des paroles.» Le Roi me dit : « Racine a bien de l'esprit. » Je lui dis : « Sire, il en a beaucoup; mais en vérité ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi : elles entrent dans le sujet comme si elles n'avaient jamais l'ait autre chose. » Il me dit : «Ah! pour cela, il est vrai. » Et puis Sa Majesté s'en alla, et me laissa l'objet de l'envie : comme il n'y avait que moi de nouvelle venue, il eut quelcpie plaisir de voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat. Monsieur le Prince, Madame la Princesse me vinrent dire un mot ; Mme de Maintenon, un éclair: elle s'en allait avec le Roi; je répondis a tout, car j'étais en fortune.»

24. Les actrices d' « Esther ». — Cette histoire des premières représentations d'Èsther serait par trop incomplète si nous omettions de parler des actrices.

On a déjà remarqué le nom de Mme de Caylus, la seule qui n'appartînt pas à la maison do Saint-Cyr. Elle était présente aux lectures que Racine venait faire de chaque scène à Mme de Maintenon, et en retenait des vers. Un jour, elle en récita au poète qui, charmé, demanda en grâce à Mme de Maintenon de lui donner un rôle. Mais, comme la distribution était déjà faite, Racine écrivit pour elle le Prologue de la Piété. Elle ajoute, car c'est par elle que nous connaissons ces détails, qu'elle avait appris par cœur tous les rôles à force de les entendre (probablement aussi à force de les lire), et qu'elle les jouait successivement à mesure qu'une des actrices se trouvait incommodée. Peut-être y a-t-il là une petite exagération. Quoi qu'il en soit, nous voyons qu'elle faisait le personnage d'Esther à la seconde représentation et à la quatrième. Mme de Caylus, quoique mariée depuis trois ans, n'en avait que seize. La plupart des autres actrices étaient un peu plus jeunes.

La première Esther, c'était Mlle du Pont de Veilhan, à qui on trouvait a bien de l'esprit ». Elle n'eut pas celui de garder son rôle.

NOTICE. XI. vu

Assuérus était représenté par Mlle de Lasiic. <• belle connue te jour», d'après Mme de Maintenon ; Aman par Mlle d'Abancourt; Mardochée par Mlle de Glapion; Hydaspe par Mlle de Mornay; Elise par Mlle Le Maistre de la Maisonfort, parente de Le Maistre de Saci.

A un certain moment, cette dernière manqua de mémoire. » Ah! Mademoiselle, s'écria Racine en la voyant sortir de scène, quel tort vous faites à ma pièce ! » Elle se mit à pleurer. Aussitôt le poète se précipita, lui tamponna les yeux avec son mouchoir, el pleura avec elle1.

Enfin le rôle de Zarès était tenu par Mlle de Marcilly. Elle était si jolie qu'un frère de Mme de Caylus, après l'avoir vue à Saint-Cyr, pria son père, le marquis de Yillette, de la demander en mariage. Celui-ci approuva tellement le goût de son fils qu'il la demanda pour son compte et obtint sa main. Devenue veuve, elle épousa lord BoUngbroke et mourut en Angleterre.

25. Succès d' ■■ Esther . — Sans parler des beautés de l'œuvre, il veut, pour assurer le succès d'Esther, la nouveauté et la pompe du spectacle, les charmes innocents d'une troupe de petites pensionnaires, et aussi, chez la plupart des invités, l'épanouissement de la vanité satisfaite et le désir de faire sa cour, Dès la cinquième représentation, le Journal de Dangeau constatait qu'on admirait Esther « toujours de plus en plus ». L'admiration que montrait le Roi était contagieuse. On vient de voir que Mme de Sévigné, qu'on avait pu ranger parmi les ennemis de Racine, fut éclairée soudain sur les mérites du poète par la grâce de l'invitation royale. D'autres yeux, sans doute, se dessillèrent; bref, Racine dut au Roi, à Mme de Maintenon et à Saint-Cyr, le plus éclatant triomphe de sa carrière dramatique.

i. Mémoires de Louis Racine, éd. Mesnard, p. 3i3.

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