NOTICE. LUI
droit de représenter la tragédie d'Esther, comme de la faire imprimer, paroles et musique. Ce fut seulement après la mort de Louis XIV ii;i5> et de Mme de Maintenon (17191 que la pièce fut jouée pour la première fois au Théâtre-Français. Du 8 au 27 mai 1721, il y eut huit représentations, qui ne tirent pas tout l'effet qu'on s'en était promis, et ne furent suivies d'aucune autre pendant 82 ans. La pièce, mutilée par la suppression des chœurs, perdait ainsi un de ses principaux attraits. D'autre part, tout en admirant la beauté de la forme, les spectateurs du xvme siècle, qui n'avaient aucune prédilection pour les tragédies bibliques, pensèrent, sans doute, comme Voltaire, « que le fond d'Esther n'était fait que pour des petites filles de couvent1.
En i8o3, sur la scène de l'Opéra, Esther fut jouée par l'élite de la Comédie-Française : Talma, Lafon, Monvel et Mlle Duchesnois, mais affublée d'une musique nouvelle par le compositeur Plantade. Ce fut un succès de curiosité, et le premier Consul s'intéressa à cette reprise. De i8o3 à i83i, la Comédie-Française représenta Esther, sans musique, une centaine de fois. La grande tragédienne Rachel, en 1839, ne réussit que médiocrement dans le rôle de la libératrice de ses ancêtres juifs, et l'abandonna aussitôt. Nouvelle reprise en i8(>4,avec 17 représentations, et cette fois encore musique nouvelle, de Jules Cohen. On vit alors, et on a revu depuis, l'aimable tragédie de Saint-Cyr se dérouler dans le luxe écrasant d'une mise en scène orientale, reconstituée par l'érudition impitoyable des archéologues, et à laquelle Racine n'avait jamais songé.
Dans le demi-siècle qui vient de s'écouler, Esther a reparu çà et là par intervalles : au Français, à l'Odéon2, au théâtre Sarah-Bern-
1. Préface fles Remarques sur VHéra- lement de la musique (les chœurs
clins de Corneille. étaient chantés dans la coulisse! . 11 y
1. LOdéon a repris Esther en 188;. avait, cette fois, un décor unique, qui
avec la musique de Moreau. en 1902. ne transportait le spectateur ni à Suse,
avec cette même musique, exécutée, ni à Saint-Cyr, ni en aucun lieu connu,
>ous la direction de la Schola Ganto- mais en plein xvnr siècle, car il repro-
rum. par les Chanteurs de Saint-Ger- duisait l'encadrement el le fond de
vais; et en igi3, avec une partie seu- l'une des tapisseries de De Troy: Esther
N( >f ICE.
hardi1, au Trocadéro,etc; niais, sur aucune scène profane, la pièce n'a retrouvé le succès quelle avait eu en 1689, dans ce premier cadre que nous avons essayé de décrire, et qui s'adaptait si bien aux « grâces secrètes », à la douce et pieuse candeur de la composition racinienne.
m présence Assuérus. Si bien qu'il fallait s'imaginer l'appartement ef les jardins d'Esther en contemplant la salle du trône.