‹ EstherChapitre 43 sur 146 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Est-ce toi, chère Elise ? O jour trois fois heureux '. Que béni soit le Ciel qui te rend à mes vœux; Toi, qui, de Benjamin comme moi descendue, Eus de mes premiers ans, la compagne assidue,

o). V appartement d'Esthcr. Ce mot, qui nous paraît aujourd'hui trop moderne, signifie pour Racine: partie d'un lieu

habité, quel qu'il soit. Ce lieu est ici le palais de Suse ; dans Iphigénie v. 1060), c'est la tente d Agamemnon ! — Le second acte se passe dans la salle du trône, et le troisième dans les jardins d'Esther. L'action commence le soir 'v. 24'i) et se termine dans la soirée du lendemain. — Sur l'unité de lieu et de temps, voir p. 9, note 8.

1. Est-ce toi. Deux autres tragédies de Racine commencent également par l'arrivée d'un confident, qui se présente

après une longue absence : Pylade, dans Andromaque, et Osmin. dans Bajaset.

3. Benjamin. Dans cette tragédie toute biblique, Racine a soin d'indiquer dès les premiers vers, l'origine d'Esther.

On sait, en effet, que, lors du schisme des dix Tribus, la tribu de Benjamin était demeurée fidèle à celle de .luila 'dont descendait le roi David . et avait formé avec elle le royaume de Juda, qui continua tant bien que mal les traditions religieuses du peuple israélite.

La Bible dit que Mardochée, de la tribu de Benjamin, était l'arriére-petit-Ols de

Et qui, d'un même joug .souffrant l'oppression, 5

M'aidais à soupirer les malheurs de Sion.

Combien ce temps encore est cher à ma mémoire !

Mais toi, de ton Esther ignorais-tu la gloire?

Depuis plus de six mois que je te fais chercher,

Quel climat, quel désert a donc pu te cacher? 10

ÉLISE

Au bruit de votre mort justement éplorcr,

Du reste des humains je vivais séparée,

Et de mes tristes jours n'attendais que la fin;

Quand tout à coup, Madame, un prophète divin:

* C'est pleurer trop longtemps une mort qui t'abuse ; i5

Lève-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse.

Cis. Or, le père de Saùl s'appelait Cis, et était aussi de Benjamin. C'est ce qui a l'ait penser à plusieurs interprètes de la Bible que Mardoehée, et par conséquent aussi Esther, fille de son frère, étaient de la race de Saùl. Racine s'est empressé d'adopter cette donnée. À la fin de la pièce (v. 112'i), Esther dit à Assuérus que Mardoehée et elle-même descendent du premier roi des Juifs. — Descendue. Construction Toi qui, étant descendue comme moi de Benjamin....

<>. Soupirer les malheurs: exprimer ces malheurs en termes plaintifs, et avec des soupirs. — Sion était une des collines sur lesquelles et entre lesquelles se construisit la ville de Jérusalem. David y avait établi sa résidence royale. Plus tard, le nom de Sion devint synonyme de Jérusalem, et. comme il est d'un emploi beaucoup plus commode en vers, on le trouve fréquemment dans Racine.

8. La gloire: la fortune éclatante, la splendeur. Cf Athalie, 679 :

Venez dans mon palais, vous y verrez mu gloire.

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