‹ EstherChapitre 48 sur 146 · ACTE I, >( l.XK I · texte numérisé non relu

ACTE I, >( l.XK I

Celles même du Parthe et du Scythe indompté

Y briquèrent le sceptre offert à la beauté.

On m'élevait alors, solitaire et cachée,

Sous les yeux vigilants du sage Mardochée.

Tu sais combien je dois à ses heureux secours.

La mort m'avait ravi les auteurs de mes jours ;

.Mais lui, voyant en moi la fille de son frère,

Me tint lieu, chère Élise, et de père et de mère.

Du triste état des Juifs jour et nuit agité,

Ii me tira du sein de mon obscurité,

Et, sur mes faibles mains fondant leur délivrance,

Il me fit d'un empire accepter l'espérance.

A ses desseins secrets tremblante j'obéis.

Je vins ; mais je cachai ma race et mon pays.

raître .devant un tribunal L'expression est ici pleine dejustesse- puisque le roi va être ie juge de leur beauté.

41. Du Parthe. On trouve plus tard les Partîtes établie au sud-estde lamerC.aspienne. Il n'est guère question d'eux a l'époque de Darius v note 1-) ; toutefois ils sont mentionnés par Hérodote (III. < » 3, au nombre des peuples tributaires de ce roi. — Du Scythe indompté.

Une grande expédition avait été dirigée par Darius contre les Scythes, peuples disséminés au nord de la mer Noire et de la merCaspieûne. Elle avait échoué.

(.'/est ce que semble oublier Racine au v. n 16.

^.Briguèrent. Briguer que] que chose, c'est chercher à l'obtenir en l'emportant >u !■ ses rivaux. Briffaese dit des manœuvres auxquelles un candidat a recours pour réussir; cf. 5g.

4;. La fille de son frère. Racine tient à préciser: ci- n'est pas une périphrase vulgaire comme au vers précédent : les auteurs de mes jours. Dans le texte bé-

breu. Esther n'est que la cousine de Mardochée. mais Racine a suivi La Vulgate : voir la Notice, i S.

(g Du triste état... agité : ému parla pensée de la triste condition. Ce participe s'emploie plutôt avec un complément qui marque vraiment le sujet de l'action d'agiter : cf. io3, et Andromaque, \-\ :

-plus importants je l'ai crue agitée,...

Les Juifs n'étaient plus captifs, mais on peut admettre que des tils et petitsfils d'esclaves n'étaient pas dans une situation bien llorissante.

5o. Du sein, pour: du milieu de.

5i Mains, souvent pris au figuré (singulier ou pluriel) dans le sens de pouvoir, d'action

01. Urne fit... Dans la Bible (Livre d'Esther, IL Sj.ce n'est pas Mardochée qui présente Esther ; elle est prise et

amenée au palais Comme le- autres jeunes tilles. — Accepter l'espérance.

L'aimable et modeste Esther n'a pas d'ambition pour elle-même

Qui pourrait cependant t'exprimer les cabales 55

Que formait en ces lieux ce peuple de rivales,

Qui toutes, disputant un si grand intérêt,

Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt?

Chacune avait sa brigue et de puissants suffrages :

L'une d'un sang fameux vantait les avantages ; Go

L'autre, pour se parer de superbes atours,

Des plus adroites mains empruntait le secours.

Et moi, pour toute brigue, et pour tout artifice,

De mes larmes au Ciel j'offrais le sacrifice.

Enfin on m'annonça l'ordre d'Assuérus. 65

Devant ce fier monarque, Elise, je parus. Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes. Il fait que tout prospère aux âmes innocentes, Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé. De mes faibles attraits le Roi parut frappé. 70

Il m'observa longtemps dans un sombre silence ; Et le Ciel, qui pour moi fit pencher la balance,

55. Les cabales. Ce sont les raanœu- 61. Atours: tous les ornements dont Vres concertées entre plusieurs per- se pare une femme.

sonnes pour ou contre (et surtout con- 67. Tient : a dans sa dépendance. —

tre) quelqu'un. La cabale se distingue Entre ses mains. Cl'. 734. — « Sieut divi-

ainsi de la brigue, qui peut être le t'ait siones aquarum, ita cor repis in manu

d'une seule personne ; cf. 5g. Domini : quor unique voluer it incli-

56. Ce peuple. Le mot peut se dire de nabit illud. Le cœur du Roi est dans la tout rassemblement de personnes: un main du Seigneur comme une eau coupeuple de visiteurs, un peuple d'impor- ranle ; il le fait tourner de quelque tuns, etc. côté qu'il veut. » (Proverbes, XXI, 1).

57. Disputant un... intérêt .-luttant pour 68. Tout prospère : tout réussit heula possession d'un si grand avantage. reusement. — Aux dînes : pour les Ici, en effet, l'intérêt est ce qui touche âmes; cf. $65.

par l'avantage qu'on y trouve. 69. En était employé plus lréquem-

5t). Brigue. Voir 42, 55- — De puissants ment qu'aujourd'hui avec un article

suffrages* Il ne s'agit pas ici de votes, ou un adjectif possessif; cf 5l9, 1077. mais d'appréciations favorables, que 70. Frappé. Cf. 384- 545, 1142. A rap-

chacime s'assurait par de puissants procher, au figuré, de toucher (voir 423). motifs. 71. Sombre silence. Pourquoi? Est-ce

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