ACTE [, SCENE
Toute pleine «lu fou de tant de saints prophètes,
Allez, osez au Roi déclarer qui vous êtes. 190
Hélas ! Ignorez-vous quelles sévères lois
Aux timides mortels cachent ici les rois ?
Au fond de leur Palais leur majesté terrible
Affecte à leurs sujets de se rendre invisible;
Et la mort est le prix de tout audacieux 10,5
Qui, sans être appelé, se présente à leurs yeux,
Si le Roi dans l'instant, pour sauver le coupable,
Ne lui donne à baiser son sceptre redoutable.
Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal,
Ni le rang, ni le sexe ; et le crime est égal. 200
Moi-même, sur son trône à ses côtés assise,
Je suis à cette loi comme une autre soumise ;
Et, sans le prévenir, il faut, pour lui parler,
Qu'il me cherche, ou du moins qu'il me fasse appeler.
Quando morietur, et peribit nomen ejus? 190. Prix: punition, (ci'. 1061). aussi Et mes ennemis profèrent contre moi bien que récompense ; ci'. 539. des malédictions: Quand mourra-t-il? { paW ^ . eQ sflreté contre Quand périra son nom ? » (Deutero- Fn(pl [névitable et lnnpste voir (; nome. Y II, 24 ; Psaumes, XL, 6, traduction Crampon: cf. CVIII, i3.) ao3. Sans le prévenir. Le sens ordinaire
de ce verbe est. au propre : devancer
189. Du feu. Racine fait allusion a la quelqu'un, en arrivant ou en agissant
véhémence enflammée des livres pro- avant lui n signjne ici : aller vers lui
phétiques de la Bible (Isaie, Jérémie, ea deVançant son appel. Remarquer la
Ezechiel, etc.), et aussi, sans doute, a liberté de la construction ; le sujet des
l'ardeur iougueuse d'hommes d'action infinitifs n'est pas le même que celui de
tels que Samuel, Elie et Elisée. cherche, qui est le verbe principal pour
194. De se rendre invisible. <.< Apud Per- le sens. Cf. Britannicus, 1234 :
sas persona régis sub speeie majestatis Est<e ll0Ur obéir qu.elk, Vii COui-oi.n. oeculitur. Chez les Perses, la majesté
de la personne royale veut qu'elle se (Obéir aurait pour sujet Néron.) Même
cache aux regards. » (Justin, 1,9.) liberté avec un participe au v. 410.
MARDOCHEE.
Quoi? lorsque vous voyez périr votre patrie, 2o5
Pour quelque chose, Esther, vous comptez votre vie ! Dieu parle, et d'un mortel vous craignez le courroux ! Que clis-je? Votre vie, Esther, est-elle à vous? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue? N'est-elle pas à Dieu, dont vous l'avez reçue? 210
Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas, Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas?
Songez-y bien : ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie, Ni pour charmer les yeux des profanes humains. 2i5
Pour un plus noble usage il réserve ses Saints. S'immoler pour son nom et pour son héritage, D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage. Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours ! Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours? 220
Que peuvent contre lui tous les rois de la terre? En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre :
2o5. Votre patrie : ceux de votre pa- Cf. le peuple saint, la tribu, la cité
trie ; cf. « mou pays ». v. 246. sainte.
214. Aux peuples : pour les peuples. Cf. 217. Son héritage: Israël, que les Psau-
Bérénice, 1406 : nies et les Prophètes appellent maintes
ibis l'héritage du Seigneur. « Bereditas
Vil spectacle aux humains des faiblesses d'amour. auteni inea Israël. Et Israël, mon héritage. » (Isaïe, XIX, 25.) Même expression
On a l'ait observer que la femme d'un dans plusieurs passages du Livre d'Es-
roi de Perse n'avait pas à paraître en //„•;•, par exemple, XIV. 5 (Prière d'Es-
public. C'est possible; il n'en est pas ther.)
moins vrai que. conformément à la 218. Le vrai partage: ce qui doit lui
Bible (Livre d Esther, XIV, ifi), Esther être attribué. Cf. Mithridate, 114:
parle plus loin (v. 278) des jours solennels r „ . .. . . „ , . ,"','"• r, ., ï , , ,, ' . , ,. Le Pont est son partage, et Lolchos est le mien, ou il faut qu elle paraisse ornée du diadème. 219. Trop heureuse. Construction eliip- 216. Ses Saints : ceux que Dieu a élus. tique pour : trop heureuse êtes-vous.