‹ EstherChapitre 81 sur 146 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

AMAN

Je sais que, descendu de ce sang malheureux,

Une éternelle haine a dû m'armer contre eux ;

Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage; 4^5

Que, jusqu'aux vils troupeaux, tout éprouva leur rage;

Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé.

Mais, crois-moi, dans le rang où je suis élevé,

Mon Ame, à ma grandeur toute entière attachée,

Des intérêts du sang est faiblement touchée. 49°

Mardochée est coupable; et que faut-il de plus?

Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuérus.

J'inventai des couleurs; j'armai la calomnie;

J'intéressai sa gloire; il trembla pour sa vie.

Je les peignis puissants, riches, séditieux; 4°/5

Leur Dieu même ennemi de tous les autres Dieux.

« Jusqu'à quand souffre-t-on que ce peuple respire,

Et d'un culte profane infecte votre Empire?

484. Descendu... une éternelle haine a épargne par Saûl, fut, coupé en nior-

fhi mariner. Sur cette inversion, voir ceaux par le prophète Samuel. Voir

95. — « Car la main du Seigneur s'élé - I Rois, XV, 7-9. 32-33.

vera de son trône contre Amalec, et 48'- Déplorable. Voir i32.

le Seigneur lui fera la guerre dans la 489. Toute entière. Voir 410.

suite de toutes les races. » (Exode, 49^- Des couleurs. C'est l'apparence

XVII, 16.) qu'on donne aux choses pour tromper

480. Leur rage. « C'est pourquoi ceux qui les regardent ; cf. 839. — Xarmarehez contre Amalec. taillez en pièces mai la calomnie. Voir 131. et détruisez tout ce qui est a lui. Ne 49Î- J'intéressai sa gloire : je lui monlui pardonnez point; mais tuez tout, trai que cette situation l'intéressait depuis l'homme jusqu'à la femme, jus- relativement à sa gloire. qu'aux petits enfants, et ceux qui sont 4o8- Culte profane: contraire, ou simencore à la mamelle, jusqu'aux bœufs. plement étranger, à une religion qui aux brebis, aux chameaux et aux ânes. » seule doit être regardée comme sacrée : (I Rois. XV, 3.) Les Juifs ne se firent voir io5. — Infecte. Infecter, c'est corpas faute de massacrer les Amalécites ; rompre, au propre ou au ligure en et Agag, leur roi, qui avait d'abord été imprégnant de germes malfaisants.

Etrangers dans la Perse, à nos lois opposés,

Du reste des humains ils semblent divisés ; 5oo

N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes,

Et, détestés partout, détestent tous les hommes.

Prévenez, punissez leurs insolents efforts;

De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. »

Je dis, et l'on me crut. Le Roi dès l'heure même 5o5

Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême.

« Assure, me dit-il, le repos de ton Roi;

Va, perds ces malheureux; leur dépouille est à toi. »

Toute la nation fut ainsi condamnée.

Du carnage avec lui je réglai la journée. 5io

Mais de ce traître enfin le trépas différé

Fait trop souffrir mon cœur de son sang altéré.

Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.

Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie?

5oo. Divisés (de). Cf. Bossuet : « Il ne veut pas même que son père les divise de lui dans son affection. » On dit aussi diviser d'avec.

5o6. Le sceau- Voir Livre d'Esther, HI, 10, 12. Aman fait sceller du sceau royal les ordres d'extermination envoyés dans tout le royaume. A la lin de l'histoire (VIII. 2-10) la Roi remet cet anneau à Mardochée. Dans la Genèse (XLI, 42) on voit Pharaon accorder à Joseph cette même marque de confiance.

5o8. Ces malheui'eux : ces misérables, ces scélérats. Cf. dans Athalie (v. 1016), ce qualificatif adressé à l'infâme Mathan :

Vous, malheureux, assis dans la chaire étapes-

|tée

an. Le trépas différé. Le sujet de fait souffrir n'est pas le trépas, mais l'idée que ce mot et le suivant présentent ensemble, c'est-à-dire le fait que son trépas est différé. Cest un latinisme.

« Angebat Ilannibalein Sicilia amissa.

La perte de la Sicile (mot à mot : la Sicile ayant été perdue) attristait Hanhibai. » (Tite-Live). Cf. 45f>- i°68i n5i; Prologue, 64; et, dans Athalie [v. u'3-i2{): « L'impie Achab détruit... etc » pour:

la destruction de l'impie Achab... etc.

5i3. Un je ne sais quel trouble. Cf. Corneille (Polyeucte. II. 2) :

Un je ne sais quel charme encor vers vous [m'emporte.

On dit encore aujourd'hui : un je ne sais quoi.

Page 1