‹ Esther, tragédie, annotéeChapitre 18 sur 46 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

A88UJÊRÛS, A8APH.

AssuÉRus, assis sur son trône.

Je veux bien Favouer ;* de ce couple perfide «Tavais presque oublié Tattentat parricide ; Et j*ai pâli deux fois au terrible récit Qui vient d'en» retracer Fimage à mon esprit. Je vois de quel succès leur fureur fut suivie, Et que dans les tourments ils laissèrent la vie. Mais ce sujet zélé qui, d'un oeil si subtil, Sut de leur noir complot développer le fil.

Qui me montra sur moi leur main déjà levée, Enfin par qui la Perse avec moi fut sauvée, Quel honneur pour sa foi, quel prix a-t-il reçu ?

ASAFH.

On lui promit beaucoup : c'est tout ce que j'ai su.

ASSUÉRtTS.

O d'un si grand service oubli trop condamnable !

Des embarras du trône efiet inévitable !

De soins tumultueux un prince environné

Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné ;

L'avenir l'inquiète, et le présent le frappe :

Mais plus prompt que l'éclair le passé nous échappe ;

Et de tant de mortels^ à toute heure empressés

A nous faire valoir* leurs soins intéressés.

Il ne s'en trouve point qui, touchés d'un vrai zèle,

Prennent à notre gloire un intérêt fidèle,

Du mérite oublié nous fassent souvenir.

Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir.

1 Je veux bien Vavouer — I do not hesitate to oonfess it. s Qui tfieni d»— Which has Juft ^ Etde tant de monàê — And amongst so many mortals. ^ A nous faire votoir— To boast to us the value of.

30 ESTHER

Ah ! que plutôt Tinjure^ échappe à ma vengeanoe^ Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance !

Et qui voudrait jamais s'exposer pour son roi ? Ce mortel qui montra tant de zèle pour moi Vit-il encore ?

ASAFH.

Il voit Tastre qui vous éclaire.

ASSUÉRUS

Et que n'a-t-il plus tôt demandé son salaire ? Quel pays reculé le cache à mes bienfaits ?

ASAPH

Absîs le plus souvent aux portes du palais, Sans se plaindre de vous ni de sa destinée, n y traîne, seigneur, sa vie infortunée.

ASSUÉRUS

Et ie dois d'autant moins oublier la vertu, Qu elle-même s'oublie. Il se nomme, dis-tu ?

ASAFH.

Mardochée est le nom que je viens de vous lire.

ASSUÉRUS

Et son pays ?

ASAPH

Seigneur, puisqu'il faut vous le dire, Cest un de ces capti& a périr destinés,* Des rives du Jouniain sur TEuphrate amenés.

ASSUÉRUS

n est donc Juif ? O ciel ! sur le point que^ la vie Par mes propres sujets m'allait être ravie,

^ Injure — ^Outnge.

> Destiné» — Dooxned.

8 Sur le point que—vb diiait encore du temps de Racine. Octla phrase n'e^t plus en usi^e ; on ne d:t plus que nr le point de.

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