AMAN.ZARÈS
C’est donc ici d’Esther le superbe Jardin*
Et ce sallon pompeux esc le lieu du festin....
Mais tandis que la porte en est encor fermée.
Écoutez les conseils d’une épouse alarmée.
Au nom du sacré noeud qui me lie avec vous * Dissimulez. Seigneur, cet aveugle courroux.
Éclaircissez ce ftont où la tristesse est peinte.
Les Kois craignent sur-tout le reproche et la plainte. Seul entre cous les grands pat la Keine invité,
Kessentez donc aussi cette félicité.
Si le mal vous aigrit, que le bienfaievous touche.
Je Tai cent fois appris de votre propre bouche} Quiconque ne sait pas dévorer un atfront,
Mi de fausses couleurs se déguiser le front.
Loin de l’aspect des Kois qu’il s’écarte » qu’il fuie.
II est des contrctems qu’il faut qu’un sage essuie. Souvent avec prudence un outrage enduré Aux honneurs les plus hauts a servi de degré.
Aman, à part,
O douleur, ô supplice affreux à la pensée!
O honte , qui janiais ne peut-être effacée 1 Un exécrable Juif , l’opprobre des humains ,
S’est donc vu de la pourpre habillé par mes mains ? C’est peu qu’il ait sur moi remporté la victoire} Malheureux 1 j'ai servi de héraut à sa gloire.
Le traître! il insultoit à ma confusion ;
Et tout le peuple meme , avec dérision ,
Obscn'ant la rougeur qui couvroit mon visage.
De ma chute certaine en tiroit le présage !...
Boi cruel ! ce sont li les jeux où tu te plais!
Tu ne m’as prodigué tes perfides bienfaits Que pour me faire mieux sentir ta tyrannie.
Et m’accabler enfin de plus d’ignominie !
Pourquoi juger si mal de son intention i Il croit récompenser une bonne action.
ye faut-il pas , Seigneur , s’étonner , au contraire. Qu’il en air si long-tems différé le salaire?
Du teste, il n’a rien fait que par votre conseil.
Vous- même avez dicté tout ce triste appareil.
Vous êtes après lui le premier de l’Empire.
Sait-il toute l’horreur que ce Juif vous inspire?
Aman.
Il sait qu’il me doit tout, et que, pour sa grandeur, l’ai foulé sous les pieds, remords, crainte, pudeur}
fo E s T H E R
Qu’avec un coeur d’airain exerçant sa puissance.
J’ai fait taire les loix et gémir l’innoccncev Que pour lui, des Persans bravant l’aversion.
J’ai chéri , j’ai cherché la malédiction > ït pour prix de ma vie à leur haine exposée Le barbare aujourd’hui m’expose à leur risée !
Seigneur, nous sommes seuls. Que sert de se Barrer (
Ce xclc que pour lui vous fîtes éclater ,
Ce soin d’immoler tout à son pouvoir suprême ,
Entre nous, avoit-il d’autre objet que vous-même ?
Et , sans chercher plus loin , tous ces Juifs désolés, N’cst-ccpas à vous seul que vous les immolez?
Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste. „• Enfin , la Cour nous hait , le peuple nous déteste.
Ce Juif meme , il le faut confesser , malgré moi ,
Ce Juif, comblé d’honneurs , me cause quelque effroi. Les malheurs sont souvent enchaînés l’un à l’autre,
Et sa race toujours fut fatale à la vôtre.
De ce léger affront songer .à profiter,
Peut-êrre la fortune est prête à vous quitter.
Aux plus affreux excès son inconstance passe. Prévenez son caprice avant qu’elle se lasse.
OÙ tendez-vous plus haut?... Je frémis quand je voi Les abymes profonds qui s’ouvrent devant moi.
La chôte désormais ne peut être qu’horrible.
Osez chercher ailleurs un destin plus paisible. Itcgagncz l’Hcllespont , et ces bords écartés où vos ayeyx errans jadis furent jettés,
Lorsque des Juifs contc’eux la vengeance allumée
Chassa tout Amalcc de la triste Idumde.
Aux malices du sort, enfin, dérobez-vous.
Kos plus riches trésors marcheront devant nous.
Vous pouvez du départ me laisser la conduite.
Sur-tout , de vos enfans j’assurerai la fuite.
U’ayez soin cependant que de dissimuler.
Contente , sur vos pas vous me verrez voler.
La mer la*plus terrible et la plus ora;teuse £st plus sûre pour nous que cette Cour trompeuse.... Mais, â grands pas vers vous je vois quelqu’un maicher... C’est Uydaspe.