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de la Piété t sont bien différentes de toutes ces basses flatteries dont les Poètes sont si prodigues. La versification de ce Prologue est d’une grande noblesse.... 5>
Voici ce que dit encore Louis Racine , dans ses Mémoires sur la vie de son pere, à l’occasion de la jeune Comtesse de Caylus.
« Cette aimable éleve de Saint-Cyr exécuta le Prologue de la Piété , fait pour elle , et plusieurs fois le rôle d’Esther. Par les charmes de sa personne et de sa déclamation, elle contribua au succès de cette Pièce , dont elle a parlé , dans le Recueil qu’elle fit un an avant sa mort , et qu’elle intitula Mes souvenirs , parce qu’elle y rassembla ce que lui rappela sa mémoire de plusieurs événemens arrivés , de son tems , à la Cour. C’est de ces Souvenirs , Recueil si estimé des personnes qui en ont connoissance , qu’est tiré le morceau suivant. Le style de Madame de Caylus rend ce morceau précieux. Je le dois à M. le Comte de Caylus , son fils , dont le zele officieux est connu de tout le monde.
« Madame de B ri non y première supérieure de Saint-Cyr , aimait les vers et la Comédie ; ee au défaut des Pièces de Corneille et de Racine , qu’elle
SUR ESTHER. xï
n'osolt faire jouer , elle ea composait de détesta» blés , à la vérité ; mais c'*est , cependant , d elle et à son goût pour le Théâtre qu'on doit les deux belles P uces que Racine a faites pour Saint» Cyr, Afadame de Rrinon avait de Veqprit et une faci» lue incroyable d'écrire et de parler , car elle faisoio aussi des especes de Sermons y fort éloquens; et tous les Dimanches , après la Messe , elle expliquait CE» vangiley comme aurait fait M. Le Tourneux (^cé» lebre Prédicateur ). Mais je viens d l'or 'gine de la Tragédie de Saint-Cyr. Madame de Maintenoa voulut voir une des Pièces de Madame de Brinon, Elle la trouva telle quelle était ; c'est-d. dirCy si mau» valse qu'elle la pria de nen plus faire jouer ^ sem» blables , et de prendre plutôt quelques belles Pièces de Corneille ou de Racine , choisissant seulement celles où il y aurait le moins d'amour. Les petites filles représentèrent Cinna passablement pour des enfans qui n' avaient été formés au Théâtre que par une vieille Religieuse. Elles jouèrent aussi Andromaque j et soit que les .Actrices en fussent mieux choisies , ou qu'elles commençassent à prendre des airs dt la Cour , dont elles ne laissaient pas de voir y de tc.TZS en tenu , ce qu'il y avoit de meilleur j
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cette Piece ne fut que trop bien représentée , au gré de Madame de Maintenon , et elle lui fit appréhendtr que cet amusement ne leur insinuât des seneimens opposés à ceux qu'elle voulait leur inspirer^ Cependant , comme elle était persuadée que ces sortes d'amusemens sont bons à la jeunesse j qu*ils donnent de la grâce , apprennent à mieux prononcer et culti^ vent la mémoire ( car elle n'oublioit rien de tout ce qui pouvait contribuer à L'éducation de ces DemoiT selles , dont elle se croyait , avec raison , pa<'ticulié~‘ rement chargée ) , elle écrivit à Racine , après la représentation rf’Andromaque : Nos petites filles viennent de jouet votre Andromaque , et l’ont si bien jouée qu’elles ne la joueront de leur vie , ni aucune autre de vos Pièces. Elle le pria , dans cette même lettre , de lui faire , dans ses momens de loisir , quelqu' espece de Poème moral , ou historique , dont V amour fût entièrement banni , et dans lequel il ne crut pas que sa réputation fût intéressée , parce que la Piece festeroit ensevelie à Saint Cyr ; ajou- ' tant qu'il lui importait peu que cet Ouvrage fût contre les réglés y pourvu qu'il contribuât aux vues qu'elle avoît de divertir les Demoiselles de Saint’Cyr y en les inuruisant. Cette lettre jetia Racine dans une
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grande agitation. Il voulait plaire à Madame de Maintenon. Le refus êcoit impossible à un courtisan, et la commission délicate pour un homme qui , comme lui , avait une grande réputation à soutenir , et qui, s’il avait renoncé â travailler pour les Comédiens , ne voulait pas , du moins , détruire Vopinion que ses Ouvrages avaient donnée de lui. Despréaux , qu'il alla consulter , décida , brusquement , pour la négative. Ce n' était pas le compte de Racine. Enfin , après un peu de réflexions , il trouva dans le sujet dEsther tout ce qu il falloit pour plaire â la Cour» Despréaux , lui-même , en fut enchanté , et l'exhorta à travailler, avec autant de :^ele qu'il en avait eu pour lèen détourner. »
« Racine ne fut pas long-tems sans porter à Ma» dame de Maintenon , non-seulement le plan de sa Piece ( car il avait accoutumé de les faire en prose , scene pour scene , avant que d'en faire les vers ) , il porta le premier acte tout fait. Madame de Maintenon en fut charmée , et sa modestie ne put l'empêcher de trouver dans le caractère d'Esther, et dans quelques circonstances de ce sujet , des choses flatteuses pour elle. La Vasthi avait ses applications, -Aman des traits de ressemblance , et , independam»
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mtnt de ces idées , l’histoire <f Esther convenoit par-* faitement à Saint-Cyr. Les Choeurs ^ que Racine, d l'imitation des Grecs , avait toujours en vue de mettre sur la scene, se trouvaient placés naturelle» ment dans ^sthcT , et il était ravi d'avoir eu cette occasion de les faire connoitre et d'en donner le goût» Enfin , je crois que si Pon fait attention au lieu p au tems et aux circonstances , on trouvera que Racine n’a pas moins marqué d'esprit en cette occasion que dans d'autres Ouvrages , plus beaux en euxmêmes» Esther fut représentée un an après la résolution que Madame de Maintenon avait prise de ne plus laisser jouer de Pièces profanes à Saint-Cyr» Elle eut un si grand succès que le souvenir n’en est pas encore effacé, n
<c Jusques-là , il n*àvoit point été question de moi , et on n’imaginoit pas que je dusse y représenter un rôle ; mais me trouvant présente aux récits que Racine venait faire à Madame de Maintenon de chaque scene , à mesure qu'il les composoit , J’en retenais des vers ; et comme j'en récitai un jour â Racine , il en fut si content qu'il demanda , en grâce d Madame de Maintenon de m’ordonner de faire un personnage : ce qu'elle fit. Mais je ne vou*
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lut point de ceux qu'on avait déjà destinés : ce qui V obligea de faire pour moi le Prologue de sa Pieee, Cependant , ayant appris , à force de les entendre , tous les autres rôles , je les jouai successivement , â mesure qu'une des ^éctrices se trouvait incommodée s car on représenta Esther tout l'hiver , et cette Piece^ qui devait être renfermée dans Saint Cyr , fut vue plusieurs fois du Roi et de toute la Cour , toujours avec le mime applaudissement. »
Racine le fils ajoute, «c Ces Demoiselles avoient été foripécs à la déclamation par l’Auteur meme , qui en fit d’excellentes Actrices. Pour cette raison , il étoit tous les jours , par ordre de Madame de Maintenon , dans la Maison de Saint-Cyr'i et la mémoire qu’il y a laissée lui fait tant d’honneur qu’il m’est permis d’en parler. J’ose dire qu’elle y est chérie et respectée , à cause de l’admiration qu’eurent toutes ces Dames pour la douceur et la simplicité de ses mœurs...»
« Des applications particulières contribuèrent encore au succès de la Tragédie d' Esther. Ces jeunes et tendres fleurs , transplantées ( dit Esther , scene première du premier acte , en parlant des filles de Sion) ctoicntxeprçsemccspatlesfaemoi-,