XX JUGEMENS ET ANECDOTES
selles de Saint-Cyr. La Vasthy , comme dit Madame de Caylus , avoit quelque ressemblance ( avec Madame de Montespan ). Cet Esther qui a puisé ses jours dans la race proscrite par jiman (dit Mardochée, dans la troisième scène du même acte ) avoit aussi sa ressemblance ( avec vMadamc de Maintenon ). Quelques paroles échappées à un Ministre ( M. de Louvois ) avoient, dit-on , donné lieu à ces vers : H sait qu'il me doit tout , &c. ( que dit Aman , en parlant d’Assuérus , dans la première scène du troisième acte ). On pretendoit aussi expliquer ces ténèbres jettèes sur les yeux les plus saints , dont il est parlé dans le Prologue; en sorte que l’Auteur avoit suivi l’exemple des Anciens , dont les Tragédies ont souvent rapport aux événemens de leur tems. » Louis Racine rapporte ensuite ces deux passages de Madame de Sévigné, dans lesquels ( Lettres cinq cents douzième et cinq cents seizième ) elle rend justice au mérite de cette Tragédie , et où elle raconte ainsi le succès qu’elle eut à la Cour. « Le Roi et toute la Cour ont été charmés <T Esther , dit-elle. M* le Prince y a pleuré. Madame de Maintenon et huit Jésuites , dont était le
SUR E S T H E R. xxj
Pere Gd/7/arrf ( célébré Prédicateur et Directeur) ^ ont honoré de leur présence la derniere représenta^ tion. Enfin y c*ese un chef d'œuvre de Racine,,,, H s*y esc surpassé. Il aime Dieu comme il aimoit ses maîtresses. ( Racine le fils observe que Madame de Sévigné n’auroit pu nommer d’autres maîtresses qu’eût eu son pere que Madame Champmêlé ). Il est pour les choses saintes comme il étoit pour les profanes, La Sainte Ecriture est suivie exactement. Tout est beau ; tout est grand , tout est écrit avec dignité. »
. « Les grandes leçons que contient cette Tragédie pour les Rois, que leurs Ministres trompent souvent , continue Louis Racine j pour les Ministres, qu’aveugle leur fortune , et pour les innocens , qui, prêts à périr , voient le Ciel prendre leur défense j les applaudissemens réitérés de la Cour , et , sur-tout, ceux du Roi , qui honora plusieurs fois cette Piece de sa présence , dévoient fermer la bouche aux critiques. Cependant elle /ut vivement attaquée. Plusieurs même de ceux <jui avoient répété si souvent dans leurs Epîtres dédicatoircs , ou dans leurs Discours Académi- <jues , que le Roi étoit au-dessus des autres