‹ Esther, tragedie, tiree de l'Ecriture SainteChapitre 7 sur 93 · XXÎÎ JUGEMENS ET ANECDOTES · texte numérisé non relu

XXÎÎ JUGEMENS ET ANECDOTES

hommes , autant par la justesse de son esprit que par la grandeur de son rang , ne regardèrent pas , dans cette occasion , sa décision comme une loi pour eux. Je juge de la maniéré dont cette Tragédie fut critiquée par une apologie qui en fut faite dans ce tems , et que j’ai trouvée , par hasard.

« L’Auteur de cette apologie manuscritè ( Louis Racine ne savoir apparamment pas le nom de l’Auteur de cette apologie d’Esiher , puisqu’il ne nous l’apprend pas ) après avoir avoué que le jugement du Public n’est pas favorable à la Piece, et qu’il est même déjà un peu tard pour en appeler, entreprend de montrer qu’elle a été jugée sans examen , et que tout son mérite n’est pas connu. Après l’avoir relevée par la grandeur du sujet , par les caractères et la régularité de la conduite , il s’arrête à faire observer ce que les concoisseurs y remarquèrent d’abord ; cette manière admirable et nouvelle de faire parler d’amour , en conservant à un sujet saint toute sa sainteté , et en conservant à Assuérus toute la majesté d’un Roi de Perse. L’amour s’accorde difficilement ;tvec la fierté , encore plus difficilement avec la

sagesse.

SUR ESTHER. xxiiî

sagesse.- Cependant ce Roi idolâtre parle d’amour de maniéré que rien n’est si pur , ni si chaste , parce que devant F.sther il est comme amoureux de la vertu même. »

La Comtesse de La Eayette , dans ses Mémoires Je la Cour de France , pour les années t 68S et loUj; , page iis et suivantes , s’exprime d’une maniéré curieuse sut cette Pièce. « Pour amuser les jeunes Demoiselles de Saint-Cyr , dit-elle , Madame de Maintenon fit faire une Comédie pat Racine , le meilleur Pocte du tems , que l’on a tiré de la Poésie , où il étoit inimitable , pouç en faire, à son malheur et celui de tous ceux qui ont le goût du Théâtre , un Historien , très-imitable. Elle ordonna au Poëte de faire une Comédie , mais de choisir un sujet pieux.... Racine choisit l’histoire d’Esther et d’Assuérus , et fit des paroles pour la musique Comme il étoit aussi bon Acteur qu’ Auteur , il instruisit les petites filles. La musique étoit bonne. On fit un joli Théâtre et des changemens. Tout cela composa un petit divertissement, fort agréable , pour les filles de Madame de Maintenon. Mais , comme le prix des choses dépend ordinairement

xjciv JUGEMENS ET ANECDOTES .

des personnes qui les font , ou qui les font faire , la place qu’occupoit Madame de Maintenon fît dire à tous les gens qu’elle y mena que jamais il n’y avoir rien eu de plus charmant ; que la Comédie étoit supérieure à tout ce qui s’étoit jamais fait en ce genrc-là , et que les Actrices , même celles qui étoient transformées en Acteurs , jettoient de la poudre aux yeux de la Champmclc , de la Raisin , de Baron et de Montfleury ( deux Acteurs et deux Actrices de la plus grande réputation ). Le moyen de résister à tant de louanges Le Roi en revint charmé. Les applaudissemens que Sa Majesté donna augmentèrent encore ceux du Public. Enfin , on y porta un degré de chaleur qui ne se comprend pas , car il n’y eut ni petit, ni grand qui n’y voulût aller i et ce qui devoir être regardé comme une Comédie de Couvent devint l'afiaire la plus sérieuse de la Cour. Les Ministres , pour faire leur cour en allant à cette Comédie , quittoient leurs affaires les plus pressées. A la première représentation où fut le Roi , il n’y mena que les principaux Officiers qui le suivoient quand il alloit à la chasse. La «cconde fut consacrée aux personnes pieuses ,

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