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telles que le Pere de La Chaise , ( alors Confesseur du Roi ) et douze ou quinze autres Jésuites , auxquels se joignit Madame de Miramion ( fondatrice des Religieuses Miramionnes ) et beaucoup d’autres dévots et dévotes. Ensuite , cela sc répandit aux Courtisans. Le Roi crut que ce divertissement seroit du goût du Roi d’Angleterre ( Jacques II , détrôné par Guillaume de Nassau , Prince d’Orange et Stathouder de Hollande , son gendre , et qui étoit alors à la Cour de France oîi il étoit venu sc réfugier ). Il l’y mena, et la Reine aussi. Il est impossible de ne point donner des louanges à la Maison de Saint- Cyr et à l’établissement j ainsi ils ne s’y épargnèrent pas , et y mêlèrent celle de la Comédie. Tout le monde crut toujours que cette Comédie étoit ■ allégorique i qu’Assuérus étoit le Roi i Vasthi , qui étoit la femme répudiée , paroissoit pour Madame de Montespan j Esther tomboit sur Madame de Main tenon j Aman représentoit M. de Louvois , mais il n’y étoit pas bien pemt, et, apparemment, Racine n’avoit pas voulu le marquer.... &c. »
On ne peut disconvenir que la Tragédie
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yxvi JUGEMENS ET ANECDOTES
à'Esther ne soit remplie de beautés dignes de son sujet , et du Poète qui l’a traité , disent les fteres Parfaict , dans leur Histoire du Théâtre François* Cependant ce Poeme, supérieurement rendu par les Acteurs qui le représentèrent sur le Théâtre Erançois , ne fit pas tout l’effet qu’on s’en croit promis. Cet Ouvrage parut d’une élégante Poésie, plein de morceaux brillans , et souvent sublimes ; d’une sage conduite et d’un art infini, mais peu intéressant. Aucun des personnages de cette Tragédie ne causa ce vif sentiment qui est l’ame de ce genre d' Ouvrage. Le prestige de la représentation refroidit meme lesscenesqui, à la lecture, pa* roissent susceptibles de grands mouvemens. Enfin le ^pcctateur, fixé sur les personnages, ne sentit que le charme de la Poésie , et ne prit aucune part à l’action qui les rasscmbloit. Ce n’étoit plus un Ouvrage nouveau 3 et , de plus , ce qui ' en avoit occasionné le grand succès en 16^9 étoit ignoré , ou, au moins, très-indifférent en lyzj. Elle n’eut que huit représentations. «
« Cette Tragédie fut jouée en trois actes, et on en supprima le chant. Une grande partie des vers des Chœurs fut , tout-à-fait , retranchée*
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Ce que l’on en conserva fut déclamé comme le reste de la Pièce. C’étoit un nommé Moreau qui avoit fait la Musique des Choeurs. Elle fut imprimée , et les connoisseurs prétendent qu’il s’en faut de beaucoup qu’elle mérite les éloges que Racine lui donne , dans la Préface de la Picce , ni ceux des autres personnes de ce tems. n ce Voici quelle fut la distribution des rôles , lors de la première représentation au Théâtre François de la rue des Fossés Saint-Germain-des- Prés. Assuérus fut joué par Baron , Mardochée par Legrand , le pere } Aman par Qninault Dufresne i Esther par Mademoiselle Duclos , et Zarès par Mademoiselle Le Couvreur, n
a Sur ce que lorsqu’on imprima Esther le Public ne l’accueillit pas aussi favorablement que le succès prodigieux qu’elle avoit eu à Saint-Cyt pouvoit le faire espérer , M. de la Feuilladc appeloit l’impression de cette Piece une Requête d’vue contre l'approbation publique, » uinecdotes Dramatiques , de l’Abbé de La Porte.
« Un jour qu’on représentoit cette Tragédie à Saint-Cyr, la jeune Actrice qui reraplissoit le rôle d’Élisc manqua de mémoire. Eh ! Mademoi-
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xxviii JUGEMENS ET ANECDOTES ^
selle y lui cria Racine, quel tort vous faites à ma Piece ! La Demoiselle , consternée de la réprimande, se mit à pleurer. Aussi-tôt Racine courut à elle , prit son mouchoir , essuya ses pleurs et en répandit lui-même. De tels faits, quelque petits qu’ils soient , sont interessans dans un homme qui lui-même a fait verser tant de pleuri à ses auditeurs , observe l’Abbé de La Porte , dans ses mêmes Anecdotes Dramatiques.
M. de La Harpe , dans les notes pleines de gofi.t et d’une excellente critique , qu’il a mises à la suite de son Eloge de Racine , s’exprime ainsi sur les Chœurs à'Esther.
cc J’avoue que je ne connois point dans la Langue Françoise une Poésie plus véritablement lyrique , une harmonie plus variée et plus musicale , et qui réunisse , avec plus de grâce , tous les tons , tous les sentimeiis et toutes les formes du rhythme. Quel chant pour un Musicien habile!.... Ces vers : Pleurons et ^émissor s ^ &c. , ( dernière scène du premier acte ) ne donnent-ils pas d’abord une ouverture heureuse et caractérisée ? Quel carnage de toutes parts &c. , ( même scène ) présente un récitatif admirable l Hëas /
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si jeune encore , &c. , ( même scene) doit fournir un air de la plus tendre mélodie. Eh ! quoi , di^ roit Vimpicîé , 8cc, , ( même scene ) peut fournir un dialogue ; et ces deux Israélites qui chantent cette belle priere ; O Dieu f que U gloire couronne , &c. forment un duo du caractère le plus noble et le plus majestueux. Le Chœur qui finit la Tragédie est le Cantique d’alégresse le plus parfait que Ton puisse offrir à Tan du Musicien, Toutes les circonstances les plus touchantes s’y trouvent réunies , et les images sont par-tout à côté du sentiment.... Quel style! quels vers! C’est certainement la Poésie Françoise dans toute sa beauté. C’est-là , sur tout, qu’elle peut être opposée à la belle Poésie des Grecs et des Latins. Elle en à la variété flexible , les mouvemens , l’efifct , la magie*. Le Poëte y est véritablement l’homme inspiré. Il voit les objets , nous les fait voir , nous transporte avec lui paf-tout oîi il veut f et , de la hauteur de son génie , il domine le Ciel et la terre.... Quoi de plus touchant , quoi de plus riche , quoi de plus imposant et de plus xna)estueux que la fin de ce Chœur ? et comme le ibythmc s’y plie à tous les tons et à tous les effets ! »