‹ Esthetique comme science de l'expression et linguistique générale. Traduit sur la deuxième édition italienneChapitre 10 sur 18 · XVI II · texte numérisé non relu

XVI II

uitaidei'hls- Nous sommes arrivés ainsi au terme de notre histoire. Et létiqae com- après avoir passé en revue les efforts et les doutes, à travers e saeoce. lesquels on est parvenu à la découverte du concept esthétique; les alternatives d'oubli, puis de résurrection et de renouveau auquel il fut soumis ; les diverses oscillations, les faiblesses dans sa détermination exacte ; et la réapparition triomphale et envahissante de vieilles erreurs, qui paraissaient vaincues; nous pouvons à présent conclure, sans avoir Tair de dire rien de risqué, qu'en fait à' esthétique scientifique, môme dans les deux derniers siècles de recherches intenses, on en a eu bien peu. Rares sont les esprits qui ont touché le point juste, et Font soutenu avec énergie, avec conséquence, avec plénitude de conscience. Sans doute, d'autres affirmations vraies, qui se rappartent au même point juste j pourraient être relevées en abondance dans les écrivains non philosophes, les critiques d'art et les artistes, dans Topinion commune, jusque dans les proverbes ; et elles feraient paraître ces rares philosophes non plus isolés, mais richement entourés, et en parfait accord avec la volonté populaire, avec le bon sens universel. Mais si cela justement comme dit Schiller, est le rythme de la philosophie: %'éloigner de l'opinion commune pour y revenir avec de meilleures forces ; il est aussi évident que Téloignement est nécessaire, et que dans Téloignement consiste la marche de la science, c'est-à-dire toute la science. Le long de ce trajet fatigant eurent lieu en esthétique ces graves erreurs qui furent tout ensemble des aberrations par rapport à la vérité, et des efforts pour s'y élever, tels l'hédonisme des sophisteset rhéteurs de l'antiquité, des sensualistes du xviii* siècle et de la seconde moitié

iiisToiRii: 421

du xix*" ; et Thédonisine moraliste d'Aristophane, des Stoïciens, des éclectiques romains, des écrivains du moyeu-«^fro et des auteurs de traités de la renaissance ; et Thédonisme ascétique et conséquent de Platon et des Pères de TEglise, et de quelques rigoristes medioévaux, ou même tout modernes : tel, enfin, le mysticisme esthétique qui, apparu pour hi première fois avec Plotin, renaît de temps en temps^ jusqu'au jour où il célèhre ses derniers et plus grands triomphes dans la période classique de la philosophie allemande. Au milieu de ces tendances diversement erronées, qui sillonnent de toute part le champ de la pensée, coule comme un mince ruisseau d'or celle que forment l'empirisme suhtil d'Aristote, la puissante pénétration de Vico et, au xix* siècle, les analyses de Schleiermacher, de Humholdt, de De Sanctis, et des autres qui répondent d'une voix moins assurée. Cette série de penseurs suffit pour qu'on doive reconnaître que la science esthétique nesi plus à découvrir ; mais le fait qu'ils sont peu nombreux, et souvent mal appréciés, ignorés, combattus, doit faire reconnaître aussi qu'elle est encore à ses débuts.

Car la naissance d'une science est comme la naissance d'un ï^^^^tre de

iicience«et

être vivant : son développement ultérieur consiste, comme toute toiro de la vie, dans une lutte contre les difficultés et les erreurs, généra- flque des les et particulières, qui l'assiègent de toute part. I^s formes [Jî^ •*"* des erreurs sont très variées, et celles-ci se mêlent entre elles et avec la vérité en complications très variées ; et l'une extirpée, il en naît une autre ; et celles qu'on a déjc\ extirpées renaissent de temps en temps. D'où l'éternelle nécessité de la critique scientifique, et l'impossibilité qu'une science se repose comme quelque chose d'accompli et de définitif, qui échappe à la discussion. Des erreurs générales, négations du concept même de Fart, nous en avons déjà fait mention au cours de notre histoire ; on pourra y reconnaître que l'affirmation positive du vrai n'a pas toujours été accompagnée d'une large reconnaissance du terrain adverse. Si on passe à présent aux erreurs particulières, il est clair, que, quand on résout les mélanges hybrides et qu'on perce les formés imagées dont ils se revêtent,

■ 1 -.- pe.: '.*^ r^i .Ir»* -j-i'à tri-ts 'îh^-*- ^on lesquels nous 1» iT ^-i. ic -»ôrt. ■'rrîl.^j.èiis fin* Il p^irtîr thc^jriquede noire tn- VI. 1 flir^ z*H:T-c.t rTrr -ies ^rrjcrî : •->a 1 «V'nlre la qualité f:r.-: vr- c . i-» il fi:t eïth-itiqTie- iim î' î'X'ntn? la spécifique, ou y « r.îrr !i .f^'v.^ •;>• : .v.ntra'ilcliôn* aux cararadêres d'm- •* • ;■ . 'i^ ■•■: .-v-^c*"--:r .'4 t/^:r**^»nf, et d'ariiviiê spiriiurHe. ({m •"»:i-i:Lt;-rci :•» fi.*: eîth-êli.jue. Parmi le< erreurs de ces diver- ^•^ ^aW^rin-^ -yi-y '^^i;::<-^rjn< i' histoire de celles qui ont eu le ;■■ :- •i':2ip<'rt.%- :^. 'i .jil per*isteaf eni>jre. A les passer Um* rr. T'-i'i-^'fr. init t I .2.£ni. Plut/t qu'une histoire, nous fen>n$ tir. <»*': 'f^it --r. s ifSsint pjur montrer que, même dans la ' riti'i^i-? d^ r:mrar* j>irtL*"!jliêres. Il -science esthétique est à ses di^h'-iS. Oue si •x-rià'.ne^ de «s erreur^ s-:>nt en décadence, ••j preri.^Ui^- i.ub liées, on ne peut dire qu'elles siiient mortes. «Mi m-'Ur-inte^. de mort Ié-j-\le, c'est-à-dine de critique scientifiq«i»*m»^nl iv-riduile. 'oublier, uu repousser instinctivement, n'est pis /fier >* '.^-tttifi'pi^tn^nt,

tî^^uH? 1 ^* dans unr lell»^ revue, en pn^cédantpar ordre d*impt>rtance rrr.e ùmét. un ne peut ne pis donner la première place à la théorie de b

ïihêttjrùpit» ijii de la Forme ornée.

[bétmiqceaa Mais il ne sera pas mauvais, avant tout, d'observer que ce que dans les temp> m»>Jernes on a appelé rhéiorique^ c'est-à-dire la théiirie de la forme ornée, omtenait quelque chose de plus, etbien des chf>ses de inoins, que ce que les anciens entendaient sous le même nom. La rhétorique a été. dans le sens moderne, principalement une théorie de rélocution ; mais celle-ci ()i;i;. vûX7t;, 2iuç;.2'.a, elorutio) n'était qu'une des sections de la rhétorique antique, qui consistait, dans son ensemble, en un manuel ou promptuaire pour les avocats, et en général pour les hommes politiques : elle concernait d*abord les deux, puis les trois genres, judiciaire, délibératif et démonstratif; et donnait des conseils et fournissait des modèles à ceux qui voulaient produire des effets déterminés par le moyen de la parole. 1^

B»>utiqne.

au

UISTOIRE 423

définition des premiers rhéteurs siciliens, des disciples d*Empédocle, les Corax, les Tisias, les Gorgias, des inventeurs de cette étude, reste toujours la plus exacte : la rhétorique est une ouvrière de persuasion (rsiôoù; rhui^j-joyài). Il s^agissait d'indiquer les moyens par lesquels quelqu'un peut, au moyen de la parole, amener autrui à une certaine croyance, à un certain état d*âme : de là Tart de rendre forte la partie faible (tô tôv içrrw Aoyov /.ptirrra ttouîv), d*augmenter et de diminuer suivant Toccurence [eloquentia in augendo minuendoque consisiii), le conseil de Gorgias de tourner la chose au plaisant, si l'adversaire la prend au sérieux, et de la prendre au sérieux, s'il la tourne au plaisant *, et d'autres procédés devenus fameux. Oui en use ainsi n'est pas seulement un homme esthètùjne^ qui Critique» dit élégamment ce qu'il a à dire ; c'est encore un homme y^rfl- de vue moi iique^ qui vise à une fin pratique. En tant que tel, il ne peut se soustraire à la responsabilité morale de ce qu'il fait : et c'est ici que se rattache la polém ique platonicien ne contre la rhétorique, c'est- 4-dire contre les charlatans politiques beaux parleurs, et contre les avocats et journalistes sams conscience. Et Platon n'avait pas tort de flétrir la rhétorique, en ce sens, séparée de toute fin bonne, comme un art blAmable et méprisable, consacré à flatter les passions, cuisine qui ruine l'estomac ou fard qui gâte le teint. Mais même si la théorie de la rhétorique s'était conciliée avec l'éthique, devenant un vrai guide de F âme {-jf^jy^ayta ■ yiu 7i; oi'ji t.» Voy^k^v) ; si la critique de Platon ne s'était adressée qu'à l'abus et, comme l'observait Aristote, on peut abuser de tout sauf de la vertu ; si on avait purifié la rhétorique, en faisant sortir l'orateur, comme le voulait Cicéron, non exrheiorum officinis sed ex academiae spatiis ^, et en exigeant avec Ouintilien qu'il fût vir bonus dicendi peritus ^ ; il restait pourtant toujours vrai qu'elle ne pouvait constituer une science ,

J ^ t- Amas non s;

régulière, étant formée d'un amas de connaissances de nature manque

disparate. Tels étaient l'analyse des sentiments et des passions,

* Pour le mot de Gorgias, Aristote, nhét., lU, c. i8. ■ * Cicéron, Ora/. ad Brut, inlrod.

** QuiNTiL., Inst. orat., XII. i.

les renseignements sur les institutions politiques et juridiques, la théorie du syllogisme abrégé ou enthymème^ de la preuve qui porte sur les probibles, de Texposition pédagogique el populaire, de Télocution littéraire, de la déclamation et mimi* que, de la mnémonique, etc.

riciMitndes ^ Contenu varié, cette rhétorique ancienne^ qui atteignit son ^^'^ apogée dans Hermagoras de Temnos (n« siècle av. J.-C.) aUa «• s*affaiblissant de plus en plus dans la décadence du inonde

antique et avec le changement des conditions politiques. Nous ne pouvons ici siiivre ses vicissitudes au moyen-àge et la substitution partielle qu'elle subit dans les formulaires et dans les» Arles diclandiy puis dans les traités sur Tari de prêcher; ni rapporter les observations d'écrivains, comme Patrizio et Tassoni, sur les causes pour lesquelles elle était devenue étrangère au monde de leur temps ^ C*est une histoire qui mérite d*éti» racontée, mais ce n*est pas ici le lieu. Tandis que les conditions de fait rongeaient de toute part ce péle-mèle de connaissancest Louis Vives, Pierre Ramus, Patrizio lui-même, entreprirent de le critiquer au point de vue de la systématique des sciences, [uet de Vi- Vives, mettant vivement en relief le confusionisme des ^•mas et anciens traités, qui embrassaient omnia, voulait circonscrire la rhétorique proprement dite à la seule doctrine de ïélocution ; il critiquait la confusion entre Télocution et la morale, et l'obligation imposée au rhéteur d'être vir bonus ; sur les cinq parties de Tancienne rhétorique, il en repoussait quatre, comme étrangères : la mémoire, qui est nécessaire pour tous les arts, V invention, qui est la matière de chaque art en particulier, V action y qui est une partie extrinsèque, la disposition, qui concerne rinvention ; et il ne gardait que Yélocution^ qui s'occupe non du quid dicendum, mais du quemadmodum ; il l'étcndait ensuite non seulement aux trois genres, mais à l'histoire, à l'apologue, aux lettres, aux nouvelles, à la poésie *. De cette

* Fran. Patrizio, Délia Jiheiorica, dix dialog^ues, Venise, i56a, dial. VII ; Tassom, Pensieri diversi, livre X, c. i5.

* De causis corruptarum artium, ibZi, livre IV ; De ratione dicaidip i533.

extension on trouve à peine quelques indications dans l'antiquité chez quelques rhéteurs, qui, timidement» enfermaient dans la réthorique justement le 7«vo; ïTroptxov et rîjrcTroÀtxov, ou, en soulevant des oppositions, les questions infinies^ qui étaient les questions purement théoriques sans rapport avec les cas pratiques, comme par exemple le genre scientifique ou philosophique * : d'autres avaient jugé avec Cicéron ' que, quand on a donné Fart des choses les plus difficiles, le reste est facile» est un jeu (c ludus est homini non heheti... »). — Ramus, et son élève Omer Talon, reprochant à Aristote, Cicéron et Quintilien la confusion entre la dialectique et la rhétorique, mettaient dans la première V invention et la disposition^ laissant, comme Vives, à la rhétorique proprement dite la seule élocu' tion \ Patrizio, au contraire, refusait à la rhétorique, comme à la dialectique, le caractère de science, et les reconnaissait comme simples facultés, qui n'ont pas de matière particulière (par suite, disparition des trois genres)» et diffèrent en ce que la dialectique se fait par dialogue et porte sur le nécessaire, alors que la rhétorique se fait en parlant d'abondance, et tend à persuader du vraisemblable. De même Patricius observait que le parier lié est employé par tous, historiens, poètes, philosophes, et que ce n'est pas la propriété de l'orateur ; arrivant de cette façon à la même conséquence que Vives, c'est-à-dire à isoler de la rhétorique la théorie de l'élocution ^.

Malgré cela, le corps de doctrines rhétoriques persista dans les écoles. Patrizio fut abandonné ; Hamus et Vives, s'ils eurent lëT temps i quelques partisans, comme François Sanchez et Keckerrnann, soulevèrent habituellement le dédain des traditionalistes. Les philosophes mêmes le respectèrent : Campanella, dans sa philosophie rationnelle, définissait la rhétorique : « quodammodo Magiae portiuncula, quae adfectus animi moderatur et per ipsos voluntatem ciet ad quaecumque vult sequcnda vel

* CiciR., De orat., I, e. lo-ii ; Quiht. Imt, orat. III, 5. « De orat.f II, c. 16-7.

* P Kamus, Instit. dialecticae. i543, Scholae in artes libérales, 1555, tic ; Talaeus, Inslit. oral., i545.

* Délia Hhetorica, dial. X, etpassim.

deraet.

420 KSlHÉTIQUe

fiigienda » ^ Baiimgarten lui empruntait la répartition de son (^tliéiique en heurisiira, methodologira^ semioiica {itiverUionn //h/Htsition, è/ocntion), passée telle quelle dansMeier. Et ce dernier iVrivait un petit livre, parmi tant d'autres, sur la Doctrine f/ièori(/ue de f émotion des sentiments ', qu'il considérait comme une intn>duction psychologique à la doctrine esthétique. D'autre part, Emmanuel Kant, dans la Critique du jugement, observait que l'éloquence en tant qu'cirs oratorio, c'est-à-dire de persuader par la belle apparence, forme de dialectique, est à distinguer du fteau langage (Wohlredenheit) ; et que l'or* oratnria, étant l'art de se ser\*ir du faible des hommes pour ses pn^pres fins, nest digne d'aucune estime (c gar keiner Achtung wfinlig S .Mais dans les écoles il persista en maintes ixuupilations. parmi lesquelles est célèbre le petit volume du Père IV^mi nique de Cologne (jésuite français qui vécut vers la fin du wn-^ siècle et le commencement du suivant) qui élait tMu\»f\^ eu usagt* il va une trentaine d'années. Aujourd'hui même dans les Institutions de littérature on obser\'e les survit\irii^\< de la rhétorique ancienne, en particulier dans les chapitfxs sur le genre ortitoire : et il se compose, bien que raremont, des manuels d'éloquence judiciaire ou sacrée, comme \YU\ d't^rtlolTet de Whatoly •. On peut dire toutefois que la rhétorique au mmïs antique est en fait disparue de la systématiqxxe d«^ MMeni>*s, Aucun philosophe n'en ferait, comme Cam- IMuella, une ms tion de la jtfn/osophie nitionnet/e ! M.:.,; ..i.. Par une manche inverse arriva à s'affirmer dans les temp ** ■*■''*'*•' ^' nu\hT!u*s. et à s<* constituer en un corps de doctrines la thwv «** M:.!t: rio de rei*vulion et du Ivau langage. Mais le germe, comme u*ni^ Taxons dit, elviil antique, puisqu'on le retrouve dans la MVtuMi de IViiVUtion ; et antique en fut le fondement : la dis-

\.î .'X .•"•.. .* -.^Ars \\\, : .i'\i\Tf Hhftoricoram tittrr unas juxh

: t •.■•-•: .*.'</ .\'». -r ;- 15 :itiK GriiiT^sl^u^jumjfn ùberhaupt. Halle. » Il

' H t' \>s^\..'M, ;?..' /r-,,-*: ..-Vf I^etîfÀ'MKST. Nenwied. 1887: R. Wui-

tinction d'une double forme, c'est-à-dire le concept de la forme ornée.

Ce concept erroné de V ornement devait se présenter tout de Le conce^ suite aux esprits, à peine eut-on commencé à prêter attention à i<>^^^"^* la qualité du langage, soit dans les déclamations des poètes', soit dans Texpérienccde Tinlluence de la parole aux assemblées publiques. Il devait sembler que le parler bien différât du parler mal, ou le parler qui plaisait le plus de celui qui plaisait le moins, ou le parler solennel du parler bon enfant et familier, par quelque chose de plus, par une addition, faite sur le canevas ordinaire par Thabileté de l'orateur. On retrouva spontanément comme une indication analogue dans la rhétorique sanscrite; de même encore, et sans qu'il soit besoin de se rattacher aux Grecs, la théorie de l'orné se représente maintenant continuellement aux cerveaux naïfs qui se mettent à réfléchir pour la première foissur ce sujet difficile sans en soupçonner les. dangers. A côté de la forme nue {-^ôr,), purement grammaticale, il y en a donc une autre, avec quelque chose de plus ; et ce quelque chose est l'ornement, le xotuoç. « Ornatum est — nous citons Ouintilien pour tous les autres — quod perspicuo acprobabUi plus est'^ ».

Le caractère additionnel et extrinsèque de l'ornement se trouvait affirmé aussi dans l'analyse qu'Aristote, le philosophe de la rhétorique, avait donne de la reine des ornements, de la métaphpre. Si celle-ci procure une vive jouissance, c'est parce que, rapprochant des termes différents et découvrant des rapports d'espèces et de genres, elle produit enseignement et connaissance au moyen du genre (y.iHrf.'j -/.«i yvwTtv <îtà tov yfvou;) ; et apprendre facilement est une chose douce à l'homme 3. A la connaissance principale la métaphore ajouterait, selon Aristote, un scintillement de moindres connaissances incidentelles, comme pour le divertissement et le soulagement de Tàme !

* Aristote, Rhet., III, i.

* QuiKT, Instit. orat.^ VIII, c. 3.

» Rhet. m, c. 10.

«es d*om«- ^^ rornement on avait coutume de faire beaucoup de divîmenu, sions et de subdivisions. Aristote (et déjà avant lui, avec peu de différence, Isocrate), classait les ornements, qui varient la forme nue et claire, en provincialismes, translations, épithètes, en allongements, coupures, abréviations de mots, et en d autres procédés éloignés de Tusage ordinaire ; et des translations il distinguait quatre classes, du genre à l'espèce, de l'espèce au genre, de l'espèce à l'espèce, et par proportion : à quoi venait s'ajouter le rythme et l'harmonie*. Après Aristote, Théophraste et Demetrius de Phalères s'occupèrent spécialement de l'éiocution. La classification se renforça dans la bipartition de iropes et de figures (schèmes), et de celles-ci en figures de mots {ir/i- ^«7« zf,; )éiiu;J et figures de pensée (r^ç oravot«;), et des figures de mots en grammaticales et r hétor ignés ^ et de celles de pensée en pathétiques et éthiques. Des seules translations on notait, au bas mot, quatorze formes : la métaphore, la synecdoque, la métonymie, l'antonomasie, l'onomatopée, la catachrèse, la métalepse, l'épithète, l'allégorie, l'énigme, l'ironie, la périphrase, l'hyperbate et l'hyperbole ; et chacune avec sous-espèce, et en face le vice opposé. Les figures de mots se montaient à peu près à une vingtaine (répétition, anaphore, antistrophe, climax, asyudète, assonnance, etc , etc) ; et au même nombre, celles de pensée (interrogation, prosopopée, élhiopée, hypotypose, émotion, simulation, exclamation, apostrophe, réticence, etc., etc.). Toutes ces divisions, si parfois elles avaient quelque valeur empirique comme aide-mémoire pour fixer certaines séries de formes littéraires, scientifiquement étaient absolument extravagantes. Il arrive aussi que certains ornements se voient rangés tantôt parmi les tropes, tantôt parmi les figures, et tan tôt parmi celles de mot, t^intôt parmi celles de pensée, sans qu'on en puisse donner d'autre raison que le caprice du rhéteur, qui ordonne et dispose ainsi. Nous savons qu'une des significations, que peuvent prendre les catégories rhétoriques, est d'indiquer les différences d'une forme par rapport à

« Poet., i9-aa ; cf. Rhet , lU, c. a-io.

l'autre, que l'on pose arbitrairement comme typi;. cuinnio Iq sciemtifiqiiemBnt priipri- '. C'est ce qu'entraînent les définis de la mélaphore : t verhi vel sermonls a propria signîBca' "IJone 1/1 aliam cum virtulc miilatio *, pour parler avecQuintiiïen ; et de la figure, selon les paroles du même nuteur : * codformatio quaedam urationîs remota n ro m mu iii et primil m se \fferente ratiotie't.

Contre la tbéorie de l'oruement, c'est-à-dire de la double j^ arme ne s'éleva, que l'on sache, aucune rébellion dans l'aoti- [uité. On entend parfois proclamer : Ipsae res verba rapiunt : ^tctus est quott tliserlos facit et via inaitïs ; Hem lene, iterba tquentur : Curant verkoriim reruni volo esse noUicUitdinem ; Vtttla est verborum nisi rei cohaet'entium virlus ; el autres iarole9 analogues, qui retentissent dans la bouche de Oicéran, leQuintilien. de Sén^ue et d'autres. Mais de telles affirmaions n'avaient pas le sens prégnant, que nous autres modernes iivoos élre tentés de leur donner. Elles étaient, à la vérité, e contradiction à la théorie de Yomemetit ; mais une contradiction inconsciente et par là sans efficacité ; rayons de bon lens, qui ne dissipaient pas la ferme croyance en l'absurde [héorie des écoles. Celle-ci était d'ailleurs protégée par une mesure de prudence, par une soupape de sdreté, qui empêchait [ue l'absurdité éclatât claire et manifeste. — Si l'ornement itait un piu^, dans quelle mesure convenait-il d'en user ? S'il lonnaît du plaisir, n'étail-il pas & conclure que, en en usant teaucoup. on aurait beaucoup de plaisir ? en en usant démesurément, un plaisir démesuré ? — LA était le péril ; et les rhés'e m pressèrent d'y parer instinctivement en saisissant Tarme défensive du convenable (ir^^inoï). De l'ornement il ne hut user ni trop ni trop peu, in mediovirtus ; autant qu'il est convenable («11» npirevsav). Il faut en verser une certaine dote (ans le style, disait Aristote (J« ip^ Mioâ^^it Ki.,i tdOtoiî) ». [l'ornement — observait le même Arîstotc — doit être un

• V. Théorie, p. 71.

. * IttilU. oral.. Vm, 6 ; IX. 1.

' AninoTB, Bhel., III, c. 9 ; PoH.,

Théorie de rnement au

430 mSTHÉTIQIJK

assaisonnement cl non une nourriture (i5^v;/*«, ojx «oïTa»). Le convenable était un concept tout à fait étranger à celui de IVnementy un rival, un ennemi, qui était destiné à le supplanter : convenable à quoi ? à l'expression ? et ce qui est convenable à l'expression n*est plus une addition extrinsèque, n'est plus un ornement ; c'e^t Texpression même. Pourtant les rhéteurs accomplirent ce miracle, de faire vivre ensemble en bonne intelligence zotuo; et "O^-ov, l'ornement et le convei: ble ! Mieux avisé, le pseudo-Longin, à Tobservation de son prédécesseur Cecilius qu*il ne fallait pas employer plus de deux ou trois métapbores dans le même endroit, répondait qu'il y a lieu de les employer là où la passion ("'>• T^a^u) court à la façon d un torrent, et entraine avec elle comme nécessaire ('w; «vayxKwv) la multitude des métapbores *.

Conservée dans les compilations de la basse antiquité, ►yen-âge et comme les œuvres de Donat et de Priscien et le célèbre traité

a renaissan- ,, . i ^, . /^ n 11 j

allégorique de Martianus Capella, et dans les résumés de ceux-ci et des écrivains plus anciens, dus à Béda, à Rabanus Maurus et à d'autres, la tbéorie de l'ornement passa au moyen- Age : la Rbétorique, avec la Grammaire et la Logique, continua à composer le Irivium des écoles. Elle était en quelque sorte favorisée par le fait qu'écrire d'une façon littéraire devenait de plus en plus écrire en une langue morte ; ce qui renforçait le sentiment que la belle forme n'était pas quelque chose de spontané, mais un travail de broderie et de surjet. A la renaissance elle resta prépondérante : elle fut réétudiée aux meilleures sources classiques : à Cicéron s'ajoutèrent les Institutions de Quintilien, puis la Rbétorique d'Aristote avec toute la couronne des rbétcurs secondaires latins et grecs, parmi lesquels Hermogènc, avec ses sept célèbres Idées, préféré et mis en vogue par Giulio Camillo *.

£t môme les bardis critiques de l'organisme de la rbétori-

» De sablimitate (in Rhet, graeci, éd. Spengrel, vol. I>, J Sa. * GuiLio Camillo Delminio, Discorso sopra le Idée di Ermoçene, (dans 0/>fre, Venise, i56o) : et traduct. d'Hermogène (Udine, iS^^)*

que antique, épargnèrent la théorie de l'ornement. Sans doute Vives déplorait Vexcessiue subtilité grecque qui avait multiplié les distinctions sans procurer la lumière * ; mais contre Torneraent il ne se prononçait pas résolument. L'école de Ramus, également, continua à attribuer à la rhétorique Vembellisse' ment des pensées, ]*atrizio se montrait mécontent des anciens qui n'avaient pas bien défini ce qu'est V ornement ; mais il admettait, de son côté, ornements et métaphores, voire sept manières de parier lié, à savoir récit, démonstration, agrandissement, diminution, ornement et son contraire, le rehaussement et V abaissement ^. Parmi la grande extension de la vie et de la production littéraire au xvi« siècle, il serait fort aisé de recueillir des affirmations analogues à celles dont nous avons donné des exemples pour l'antiquité, qui proclament la dépendance absolue des mots aux choses qu'on veut exprimer ; et des effusions contre les pédants, et contre les formes pédantesques et commandées du beau langage. Mais quoi ? La théorie de l'ornement était toujours dans le fond, tacitement admise comme indiscutable. € Escribo como hablo — dit, par exemple, dans sa profession de foi stylistique, Juan de Valdés : — solamentc tengo cuidado de usar de vocablos que sinifiquen bien lo que quiero decir, y digolo cuantomas llanamente me es posible, porqué, a mi parecer, en ninguna lengua esta bien la afectacion ». Fort bien ;mais Valdés écrit encore que le beau langage consiste « en que digais lo que quereis con las menos palabras que pudiéredcs, de tal maneraque. .. no se pueda quitar nin> guna sin ofender d la sentencia, 6 al encarescimicnto, 6 à la elegancia » '. Voilà Y amplification et Yélégance, conçus comme extrinsèques au contenu, à \îi pensée ! — Un rayon de lumière perce dans Montaigne qui en présence des catégories d'ornements, fruits des sueurs des rhéteurs observe : € Oyez dire Métonymie, Métaphore, Allégorie, et aultres tels noms de la

* Décousis corrupiar. artium,\. c.

* De la Rhetorica, dial. VI.

* Dialogo de las lenguas (édit. de Maya:(s t Siscar, Origenes de la iengua espanola, Madrid, 1873), pp. xi5, 119.

132 ESTHÉnorE

gTami&ûne> : ««mble-t'il pas qu'on signifie quelque forme de Imri^ niv et pieile^n ? ce sont liltres qui touchent le babil de TCttre cb imbiiên? » '. Rien, donc, du prétendu langage ^gnê de la primum ie offereïïiii ratione ! K-e::!!! à Malsle caractère in<outenablede la théorie de Tomement oomi^f/ mença à se rendre sensible dans la décadenœlittéraireitalieime

du xvii« siècle, quand. la production littéraire s étant changée t-n un vain jeu de surprises et de fioritures, le convenabk^YiAi en pratique, fut aussi abandonné ou négligé en théorie, sur la remarque qu'il était une limite ari>itraire, imposée au principe tondamental de l'ornement. Les adversaires du concettisme ou pficenthmf par ej[emple Matteo Pellegrini, Orsi et d*autres) sentaient le défaut de la production littéraire contemporaine: entrevoyaient que la décadence naissait de ce que la littératare n'était plus lej^pression sérieuse d*un contenu ; mais restaient embarrassés par la logique des défenseurs du mauvais goût, lesquels montraient le fait comme pleinement conforme à la théorie littéraire de l'ornement, qui était la base commune de leur^ discussions. En vain les premiers recouraient au convenable^ au modérée à la nécessité de fuir faffectahon, à l'ornement qui doit être condiment et non mets<, et à tous les autres instruments qui avaient été suffisants en un temps de vigoureuse production et de goût esthétique sur, faciles correctifs à l'inexactitude des théories. Les autres répondaient quil n'y avait pas de raison de ne pas employer beaucoup d'ornements, quand on en a à sa disposition ; de ne pas faire parade d'esprit, quand on peut le faire sans bornes *. iiiiiqoeftotoar La même réaction contre Tabus de Tomement, contre les \mement ^ concetti à Fespagnole et à fitaiienne (dont les théoriciens avaient été Gracian en Espagne et Tesauro en Italie), eut Heu en France. «... Laissez à lltalie De tous ces faux brillants l'éclatante folie >. € Ce que Ton conçoit bien s*énonce claire-

* Essais, l, c. 5a (éd. Garnier, I, a85) ; cf. ib. ch. lo, aS, 39; lU ch. 10.

* Crogb, Jtrattatisti italiani del concettismty, pp. S-aa.

ment, Et les mots, pour le dire, arrivent aisément * » . Parmi les principaux critiques fut le jésuite Bouhours, déjà nommé, auteur de la Manière de bien penser dans les ouvrages et esprit, •et d'autres livres. On discuta alors vivement sur les formes rhétoriques, et l'adversaire patriote de Bouhours en Italie, Orsi (1703), soutint que tous les ornements ingénieux reposent sur un moyen terme et se réduisent à un syllogisme rhétoriquey et •que l'ingéniosité consiste ou à être vrai^n semblant faux, ou à être /a//j: en semblant vrai *. Ces polémiques, si elles ne produisirent pas alors un résultat scientifique, préparèrent les esprits à une plus grande liberté ; et, comme nous l'avons •observé ailleurs S ne restèrent peut-être pas sans quelque influence sur Vico, qui en établissant son nouveau concept de la fantaisie poétique, découvrit clairement qu'il en résultait une rénovation et une transformation aussi pour les théories -de la rhétorique, les figures et tropes, qui n'étaient plus des caprices de plaisir^ mais des nécessités de Fesprit humain *.

Les théories rhétoriques de l'ornement étaient par contre £>„ MarsaU précieusement conservées par Baumgarten et par Meier. Pour- mé«ap/ioi tant en France elles recevaient dans le môme temps un rude coup de César Chesneau, seigneur Du Marsais, qui publia en 4730 un traité sur les Tropes (septième partie à! nne grammaire générale ^), dans lequel il développait l'observation même, rapportée plus haut, de Montaigne ; et il est probable qu'il s'inspirait de Montaigne, bien qu'il ne le cite pas. On dit — observait Du Marsais — que les figures sont des manières de parler, des tournures d'expression, éloignées de l'ordinaire et <lu commun. Et cela revient à dire : € que les figures sont des

* BoiLEAU, Art poétique j I, v. v. 43-44* i53-i54.

* J. J. Oksi, Considérât ioni sopra la maniera di ben pensare, etc.^ l'joZ iréimpr. de Modène, l'jZb, avec toutes les polémiques à ce sujet).

* V. suprà, p. 227.

* V. suprà, p. 232.

* Des tropes ou des différens sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue, Paris, 1780 (Œuvres de Du Marsais, Paris, 1797, vol. I).

Croce. — Esthétique. 28

manières de parler éloignées de celles qui ne sont pas figurées» et qu'en un mot les figures sont des figures, et ne sont pas ce qui n'est pas figures » ! D'autre part, il n*est point exact que les figures s'éloignent du langage commun : t il n'y a rien de si naturel, de si ordinaire et de si commun... H se fait phisde figures un jour de marché à la Halle^ qu'il ne s en fait en plusieurs j'oitrs (f assemblées académiques. ». Il n'est pas possiUe de faire un discours où il n'y ait que des expressions non figurées. Et Du Marsais donnait des exemples de passages très naturels, dans lesquelles la rhétorique ne peut se dispenserde Irou- . ver les figures A' apostrophe^ A'acctunulation, A* interrogatm^ A' ellipse, de prosopopée. « Les apôtres étaient persécutés, et ik souffraient patiemment les persécutions, (ju'y a-t-il de plus naturel et de moins éloigné du langage ordinaire que la peinture qu'en fait S. Paul ? « Maledicimur, et benedicimus ; persecufionem patimur et sustinemus : blasphemamur^ et obsecramus..., cependant elle contient une fort belle figure qu'on appelle antithèse... : maudire est opposé à ffénir, j>ersécuterï souffrir, blasphèmes h prières » . Quoi plus ? Le mot même de figure est figuré : c'est une métaphore ! — Mais, api'ès toutes ces fines obser>'ations, Du Marsais s'embrouille lui aussi, et finit par définir les figures : c manières de parler distinguées des autres par une modification particulière, qui fait qu'on les réduit chacune à une espèce à part, et qui les rend ou plus vives, ou plus nobles, ou plus agréables que les manières de parler qui expriment le même fonds de pensée, sans avoir d'autre modification particulière * ».

te rp relations Cependant l'interprétation psychologique des figures, ache- •ychoiogi- minement à leur critique esthétique, ne fut plus interrompue; et Home, dans ses Eléments de critique, dit avoir douté longtemps que la partie de la rhétorique concernant les figures put jamais se réduire à un principe rationnel; mais que finalement il avait découvert que celles-ci se réduisent à l'élément passionnel^. Suivant le critérium énoncé. Home donnait des analyses

« Op. cit., I». I, art I, cf. art. IV. * Klein, of criticism, III, ch. 20.

de la prosopopée, de Tapostrophe, de l'hyperbole. De Du Marsais et de Home dérive ce qu'il y a de bon dans les Leçons sur la rhétorique et les belles-ktlres de Hugh Blair *, cours professé par Tauteur à TUniversité d'Edimbourg à partir de 1759, et qui, rassembléen volume, eut une immense fortune dans toutes les écoles d'Europe, même en Italie, remplaçant avantageusement, avec ses applications de raison et de bon sens [reason and good sensé), des livres de beaucoup inférieurs. Rlair définissait, en général, les figures « le langage suggéré par V imagination ou par la passion '^t . En France, Marmontel répandait des idées semblables, avec ses Eléments de littérature '. En Italie, Cesarotti à la partie logique y aux termes-chiffres des langues, opposait la partie rhétorique^ les termes- figures ; à l'éloquence rationnelle, la fantaisiste^, Beccaria, bien que psychologue, considérait le style littéraire, comme € les idées, ou sentiments accessoires, qui s'ajoutent au principal dans tout discours » : c'èst-à-dire qu'il ne sortait pas non plus de la différence d'une forme intellectuelle, pour les idées principales, et d'une forme littéraire, qui varie la première par l'addition d'idées accessoires ^. Une interprétatioa des tropes et des métaphores, semblable à celle de Vico, c'est-à-dire les considérant comme le caractère même du langage primitif et de la poésie, était tentée en Allemagne par llerder.

Le Romantisme abattit la vieille rhétorique du style orné, ^^ Romtni qui fut jetée aux ferrailles et que pourtant, théoriquement, on «* *■ ^^^ ne surpassa pas. Les principaux philosophes de l'esthétique, sent. — et non seulement Kant, que nous avons vu prisonnier de la théorie mécanique et ornementale de la forme littéraire ; et non seulement Herbart, qui en fait d'art semble n'avoir connu qu'un peu de musique et beaucoup de rhétorique ; — mais les philosophes romantiques eux-mêmes, Schelling, Solger, Hegel,

* Hugh Blair. Lecturet ou Rhetoric and beUes Lettres (Londres, 1823). « Op, cit., Iccl. XIV.

' Marmontel, Eiém, de littér. (dans Œuvres, Paris, 1819). IV, 559.

* Cesarotti, Saggio sulla JiloSt del linguaggio, part. II.

' Ricerche intorno alla natura dello stUe (Turin, i853). cli. I.

oonsenont les sections de» métaphores, des tropes^ des aUègoriesj les acceptant de la tradition. Lui aussi, le romantisme italien, Manzoni en tète, détruisit la foi dans les mots ^nuxet éléyaiUs, et endommagea la rhétorique ; mais lui porta-t-il le coup mortel ? 11 n'y parait pas, à en juger au moins par la part encore large que lui fait le théoricien de l'école pour celle matière. Bonghi, dans les Lettres critiques, où sont admis deux styles ou formes, répondant justement au nu et à Voriiè '. Dans les écoles de philologie d'Allemagne eut quelque diffusion la théorie stylistique de Grôber, qui divise le style en logique ou ohjertif^ et en affectif ou subjectif *. Il est vrai que cette erreur ancienne se couvre d'une phraséologie empruntée à la philosophie qui est à présent de mode universitaire : mais cela n'en change pas la nature. Ainsi un rhéteur philosophe appelle aujourd'hui, pompeusement, la doctrine destropeset figures : doctrine des formes de taperception esthétique, qui seraient les quatre catégories (l'antique richesse- est réduite au nombre mesquin de quatre !) de la personnification^ de la métaphore, de V antithèse et du symbole * ! A la métaphore Biese a consacré un livre confus où manque toute analyse esthétique sérieuse de cette catégorie *.

La meilleure critique scientifique de la théorie de rornemenl est peut-être ceHe qui se trouve éparse dans les écrits de De Sanctis, lequel, en enseignant la rhétorique, exposait au contraire, comme il dit, Y antirhétorique *, Mais cette critique même n'esl ni rigoureuse ni complète. La vraie critique, à notre avis, ne peut se tirer que négativement de la nature même de l'activité esthétique, laquelle ne donne pas lieu à divisions, n'est pas une activité de mode a et de mode b, ne peut exprimer un menu

i R. BortcHi, Lettere critiche. i856{4* édit., Naples, i884y, pp. S?, 65-7, cjo, io3.

* GusT4V Grôber, Grandrifs d. rornanuchen Philologie, vol. I, pp. ao9-35o : K. Vossleh. B. Cellinis SI il in seiner Vita, Versach einer pif/chol. Stilbetrachtung, Halle, 1899.

' Ernst Elstfr, Principien d. L itérât urunssenschaft. Halle, 1897,^0!. I, pp. 359-413.

* BiESB, Philosophie des Metaphorischen^ Hambourg- Leipzi{^, 1893.

> Lagiovinezza di Fr. d. S. ch. XXIII. XXV ; Sertit ifarii. II. ^^f^i^

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contenu tantAt dans une forme tantôt dans une autre. Ainsi seulement on balaye le double monstre de la form:^ nue, qui serait privée d'imagination, et de la forme ornée, qui contiendrait quelque chose de plus par rapport à l'imagination.

On en dira autant de la théorie des genres artistir/ues et Ut- La théorii iéraires, et des ims ou règles des différents genres. Elle a, dans ttauesel les temps modernes, suivi presijue toujours [^ destinées de la raires. théorie rhétorique ; et, bien que décréditée, n'est pas encore bien morte. L'antiquité, distinguant mal V histoire de la théorie de la littérature, et transformant les groupes empiriquement constitués en concepts scientifiques, commença à dessiner les contours des divers genres littéraires. On retrouve déjà dans ^®*^®'V?' Platon quelques vestiges de la triple division en épique, hjriqne Aristoie, et dramatique ; la satire d'Aristophane est souvent consacrée à la critique des genres en particulier, surtout de la tragédie *. Mais l'exemple le plus important et le plus célèbre des recherches sur cette matière dans l'antiquité, est la doctrine de la tragédie dans le fragment de la Poétique d'Aristote. La tragédie — ainsi la définit Aristote — est l'imitation d'une action sérieuse et achevée, ayant de la grandeur, en discours orné suivant les différentes parties, exposée par action et non par récit, et qui par le moyen de la pitié et de la terreur produit la libération ou purification de ces passions ^. Il détermine en outre, minutieusement, les qualités des six parties qu'elle doit avoir ; et en particulier de la fable et du personnage tragique. Et il ne faut pas attacher une grande importance à ce qu'on a observé plusieurs fois, et que, dès le xvr siècle, observait Vincent Maggio : qu' Aristote traite de la nature de la poésie et de ses formes particulières, sans prétendre donner des préceptes Sur ce point Piccolomini répondait que « toutes ces choses et autres semblables ne se montrent et déclarent à d'autre fin que de

> E. MûLLBR, Gesch. d. Th. d. Kanstj l, i34-ao6, et II, a38-g n, * Pœi., c. VI.

nous faire voir ce que considèrent et sur quoi agissent les préceptes et leurs lois », comme pour faire un marteau ou une scie on commence par dire en quoi ils consistent * . L'illusion que la science donne des règles^ est une erreur qui ne concerne pas d'une façon particulière l'Esthétique ; et qui se trouve, en ce qui la touche, assez innocente. Il importe que d*une science donnée on établisse exactement les concepts et les lois : qu'on les appelle ensuite préceptes ou règles, et qu'on en attende des fruits qu'ils ne peuvent donner, c'est, sans doute, une erroiur, mais par elle-même incapable d'altérer ces vérités établies. Or Terreur dont Aristote doit être fait l'insigne représentant, n'est pas également innocente, bien qu'il faille ici encore reconnaître qu'aux débuts de la réQexion estliétique elle était presque inévitable. C'est l'erreur de la théorie des genres, consistant à traiter la fonction artistique comme si elle était fonction scientifique ; à chercher des procédés abstraits et des déterminations logiques dans les opérations, toutes concrètes, de la fantaisie artistique. — La poétique sanscrite en est elle aussi dominée, et distingue, par exemple, dix genres dramatiques, dix-huit secondaires, quarante-huit variétés du héros et je ne sais combien de l'héroïne ! -. loyen-ùgeet l^u reste, il ne semble pas que dans l'antiquité, après Aristote, la doctrine des genres poétiques ait reçu un grand développement. Le moyen-Age eut ses propres traités de règles, arts rx-thmiques et rasos de trobar. Il est curieux de voir le traitement que fait subir aux genres aristotéliciens la paraphrase de Tarabe Averroès, lequel, ne réussissant pas à comprendre par voie de déduction rationnelle ces catégories d'origine hisiorigue, conçoit la tragédie comme Yart de louer, la comédie comme Vart de bUïmer, la première un panégyrique, la seconde une satire : et prend la péripétie pour une antithèse, par laquelle, quand on veut décrire une chose, on commence

* Annotationi, introd.

> Cf. pour la poétique sanscrite S. Lbvi, Le théâtre indien, pp.

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