‹ Esthetique comme science de l'expression et linguistique générale. Traduit sur la deuxième édition italienneChapitre 12 sur 18 · exteoBic · texte numérisé non relu

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tenir pendant des siècles qu'à force d'interprétations subtiles, d'extensions analogiques, de transactions plus ou moins déguisées. Pendantque les critiques italiens travaillaient à leurs poétiques, ils se trouvèrent en face de la poésie chevaleresque y et durent s'y accommoder au mieux, en la faisant rentrer parmi les genres de poèmes non prévus par les anciens (Giraldi Cintio) '. Il est vrai que quelques rigoristes, comme Salviati, ne cessèrent pas d'observer que les romans ne sont pas une espèce de poésie, différente de l'héroïque, mais sont \xn héroïque mal composé. Le poème dantesque ne pouvait s^effacer de la littérature italienne ; et Jacques Mazzoni préféra corriger de nouveau les catégories de la poétique, dans sa Défense de Dante ^, On commença à composer des farces ^ et Cecchi (1585) déclarait : € La farce est une troisième chose nouvelle entre la tragédie et la comédie... » *. Survint le Pastor fido de Guarini ; ni tragédie, ni comédie, mais tragicomédie. Cieux, ouvrez-vous ! Jason de Norès ne réussit pas à le ranger dans les genres déduits de la philosophie morale et civile, et condamna l'intrus. Mais Guarini défenditvigoureusement sa production comme un troisième genre, mixte, répondant à la réalité de la vie ^ ; et malgré qu'un autre rigoriste, Fioretti (Udeno Nisieli) continuât à proclamer la tragicomédie « monstre de poésie, si énorme et con-

< Op. cil,, nn. 96, 101-104.

. * G. B. Giraldi Cintio, De^ romanei, dellecomedie e délie tragédie, tb54 (éd. Daelli, 1864).

' Jacopo Mazzomi, Difesa délia comedia di Dante, Cesena, 1587.

* G. M. Cbcchi, dans le prologue de la Romanesca, i585.

* Cf. outre les deux Veratti, le Compendio delta poeiia tragi-comica,. Venise, 1601.

trefaii que les Centaures, les Hippogriffes, les chimères, sont auprès de lui gracieux et parfaits... formé malgré les muses et en dépit de la poésie, tout mêlé d'ingrédients discordants et ennemis les uns des autres i * ; qui donc chassa jamais le délicieux Pastor fido du champ de la littérature ? Il en fut de même pour VAdone de Marino, que Chapelain avait défini, ne sachant y arriver autrement, lepoème de la paix, et qui, selon ses défenseurs, était « une nouvelle forme de poème épique w* ; puis pour le drame musical, et pour la cotnmedia dell'arte. Corneille, qui avait eu à affronter la tempête déchaînée sur lui par Scudéry et TAcadémie pour le Cid, dans ses discours sur la tragédie, tout en se basant sur Aristote, observait qu'il fallait « quelque modération, quelque favorable interprétation., pour n'être pas obligés de condamner beaucoup de poèmes, que nous avons vu réussir sur nos théâtres. » « Il est aisé de nous accommoder avec Aristote' ., » ' dit-il ailleurs : hypocrisie littéraire, qui rappelle étrangement les accommodements avec ie Ciel de la morale de Tartuffe ! Au siècle suivant, aux genres habituels fut ajoutée la comédie touchante^ que ses adversaires appelèrent railleusement larmoyante : défendue par Diderot, et en Allemagne par Gellert et Lessing ^ ; elle fut combattue, entre autres, par De Chassiron * ; et de plus vint s'ajouter la tragédie bourgeoise. Le schématisme préétabli des genres continua ainsi à souffrir de rudes atteintes ; mais il s'efforçait de conserver, sinon la dignité, au moins le pouvoir. C'était un roi absolu, devenu constitutionnel grâce à une révolution, et conciliant au moins mal le droit divin avec la volonté de la nation, iiion contre Mais la critique des règles par les règles, ou les transactions lé^?'^* ^" voilées, intéressent moins que les cris de rébellion contre toutes les règles, contre la 7'ègle en général: cris qui se font déjà

* Proginn. poet., Florence, 1627 ; III, i30r

' Cf. A. Belloni, // SeicentOt Milan, 1898, pp. i6a-4* ' Examens et Discours du poème dramatique^ de la tragédie, des trois unités, etc.

* Grllert, De comœdia œmmovente, 1751 ; Lessimo, Àbhandtangen oon den weinerlichen oder rûhrenden Lustspieley 1764 (dans Werke, vol. VII).

* Réflexions sur le comique larmoyant, 1749 (trad. parLessiog, I. c).

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entendre en Italie, en plein xvi« siècle. On sait comment TArétin tournait en dérision les préceptes les plus sacrés : « Si vous voyez — dit-il goguenard dans le prologue d'une de ses comédies — sortir les personnages plus de cinq fois en scène, n*en riez pas parce que les chaînes qui tiennent les moulins sur la rivière, ne tiendraient pas les fous d'aujourd'hui ! » *. Un phi- G. Bruno, losophe, Giordano Bruno, prend résolument parti (1585) contre les « regolisti di poesia ». Les règles — dit-il — dérivent de la poésie : « et par suite il y a autant de génies et d'espèces de vraies règles, qu'il y a de génies et d'espèces de vrais poètes » . C'était là individualiser les genres, et par conséquent les détruire complètement, t Alors comment donc — demande son adversaire — se feront connaître les vrais poètes? ». « En chantant des vers — répond Bruno : — avec cette condition que leur chant soit agréable, ou profitable, ou agréable et profitable en même temps » ^. Semblablement Guarini, défendant le Pastor fido, affirmait (1588) : que « le monde est juge des poètes et rend la sentence sans appel » ^. L'Espagne est peut- CriUqaes être le pays d'Europe, qui résista le plus longtemps à la pédan- *^"^ *

terie des auteurs de traités : c'est le pays de la liberté critique, de Vives à Feijoo, c'est-à-dire du xvi® siècle à la moitié du xviii® ; quand, après la déchéance de l'esprit espagnol, Luzan et autres y firent s'implanter la poétique néo-classique de provenance italienne et française*. Que les règles changent avec les temps et avec les conditions de fait ; que la littérature moderne réclame une poétique moderne ; que travailler contre les règles établies ne signifie pas travailler hors de toute règle, c'est-à-dire sans se soumettre à une loi supérieure ; que la nature doit donner, et non recevoir des lois ; que les lois des unités sont ridicules, comme il le serait de défendre à un peintre de mettre un grand paysage sur une petite toile : que le plaisir, le goût, l'approbation des lecteurs et spectateurs décide en

* Prologue de la Cortigiana, i534.

' Degli eroici Jarori, dans Opère itatiane, éd. Lagarde, II, 6a4-5. ' // Veratto (contre Jason de Nores), Ferrare, i588.

* Menevdezt Pelayo, op, cit., III, I, i74-5 (r* édil.).

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dernière analyse ; que malgré toutes les règles de composition le vrai juge de la musique est l'oreille : œs affirmations et d*autres semblables se présentent en foule chez les critiques espagnols do cette période. Un de ces critiques, François de la Barreda (1622), allait jusqu'à prendre en pitié les puissants esprits d'Italie, intimidés et avilis (temerosos y acobardadot] par les règles qui les oppriment de toute part ^ Et il avait raison ; et le Tasse reste un exemple lamentable et raémor.:Me de cet avilissement. Lope de Vega flotte entre Tinobse/vance pratique des règles et l'obéissance théorique, excusant son procédé pratique par le besoin de satisfaire le goût du public, qui paye ses divertissements théà trais : < quand j'écris mes comédies, dit-il, j'enferme les donneurs de préceptes sous six clefs pour qu'ils ne me fassent pas de reproches « ». Mais un contemporain son défenseur (iClO) observait que, si Lope « en muchas partes de sus escritos dice que el no guardar el arte antiguo lo hace por conformarse con el gusto de plèbe... dicelo por su natural modestia, y porqué no atribuya la mali- B. Marino. cia ignorante à arrogancia lo que es politica perfecciùn i ' A son tour J. B. Marino protestait : « Je prétends savoir les règles plus que ne les savent tous les pédants ensemble ; mais la vraie règle est de savoir enfreindre les règles en temps et lieu, on s'accommodant aux mœurs courantes et au goût du siècle * ». Et, au xve siècle, l'exemple du drame espagnol et de la commedia delF arte fit appeler antiquarii les Minturne, les Castelvetro et les autres sévères théoriciens du xvi<*, comme on le voit dans Andréa Perrucci (1699), théoricien de la comédie improvisée ». Sforza Pallavicino critiquait les écrivains des disciplines du beau langage^ parce qu'ils formaient pour la plupart leurs enseignements plut(')t en observant par Texpérience

* Meîcendez Y Pelayo, op. Cl/., III, 46^(2' édil.).

* V. les vers connus de VArte nuevo de hacer comedias, (1609), *<*• Morel-Falio, v. 4o-î, i38-4o, 167 8.

* Menendez y Pelayo, op. cit„ III, 4^9.

* Marino, lettre à GiroUmo Preti, dans Lettere, Venise, 16^7, p. 127.

* Dell'arte rappresentativa meditata t alV improuuiso. Naples, 1699 ; c^ pp. 47. 48,65.

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oe qui procure du plaisir dans les auteurs, qu'en apprenant par la raison ce qui se conforme naturellement à certains sentiments et instincts implantés par le Créateur dans les âmes des mortels » K Un défi lancé contre les genres Hxes est contenu dans le Discorso suif Endimione de Gravina (i69l), où il blâme les < ambitieux et avares préceptes » des rbéteurs, et observe finement : « Il ne peut paraître aucune œuvre qui ne soit aussitôt appelée à Texamen devant le tribunal des critiques, et interrogée en premier lieu sur son nom et son être : si bien qu'on voit aussitôt intentée l'action, que les jurisconsultes appellent préjudicielle ; et une controverse est instituée sans retard, pour savoir si elfe est poème, ou roman, ou tragédie, ou comédie, ou d'un autre genre prescrit. Et si cette œuvre s'écarte en quelque façon des préceptes. . . ils veulent aussitôt qu'elle soit bannie et à jamais proscrite. Et pourtant ils auront beau secouer et dilater leurs apborismes, ils ne pourront jamais comprendre tous le§ différents genres, que le mouvement divers et continu de l'esprit bu main peut produire à nouveau. Aussi je ne sais pourquoi on ne devrait pas enlever ce frein indiscret à la grandeur de nos imaginations, et lui ouvrir un chemin pour s*éiancer parmi ces immenses espaces, où elle est apte à pénétrer ». Le même Gravina s'écriait, à propos de V Endymion de Guidi : c Je ne sais si c'est une tragédie, ou une comédie, ou une tragicomédie, ou quelque autre chose de ce que peuvent rêver les rhéteurs. C'est une représentation de l'amour d'Ëndymion et de Diane. Si ces mots s'étendent jusque là, ils pourront aussi accueillir cette œuvre dans leur sein ; s'ils ne sont pas assez larges, on pourra en découvrir un autre, car nous donnons toute faculté à chacun dans une chose qui importe si peu: si on ne rencontre aucun mot, nous ne voulons pas quant à nous, par manque de nom, nous priver d'une chose si belle >x^. Tout cela est très moderne : il est regrettable qu'on ne le trouve pas accompagné d'une base théorique suffi -

' Trattato dello stile e del dialogo, 1646, préface.

* Discorso su V Endimione (dans Opère itaiiane, éd. cil), II, i5i6.

santé, ni suivi d*un large ouvrage d*épuraiion : Gravina luimèuie discuta dans un traité spécial les règles du genre tragique *. De môme Antonio Conti s'exprima quelquefois contre MoDtiDi. les règles, entendant celles d*Aristo te '. Dans les polémiques, que suscita Tœuvre d'Orsi contre Bouhours, le comte Francesco Montani di Pesaro (1705) écrivit : < Je sais bien qu*il y a certaines règles immuables, parce que fondées sur un tel bon sens, et sur une raison si solide et si ferme, qu'on les verra subsister tant que subsisteront les bommes. Mais de ces règles, il y en a bien peu, da contarsi col naso, qui aient avec le caractère d'incorruptilitéTautorité nécessaire pour mener après elles nos esprits dans tout le cours des temps, et ce serait une chose fort plaisante, me semble-t-il, de vouloftr toujours accommoder et régler nos œuvres nouvelles, sur de vieilles lois complètequeduxviii- ment abrogées et éteintes » '. En France, au rigorisme de Boi-

siècle

leau succéda la rébellion do Du Bos, qui observait que t les bommes préféreront toujours les poésies qui émeuvent à celles faites selon les règles » ♦, et autres semblables hérésies. De La Motte combattait (1730) les unités de temps et de lieu, posant comme la plus générale, et supérieure même à celle d'action, l'unité d'intérêt ^. Même Batteux se montre assez libéral envers les règles. Et Voltaire, qui s'oppose à La Motte et appela un jour les trois unités les trois grandes his dû bon sens, dans VtJssai sur le poème épique avait manifesté des idées fort hardies ; c'est lui qui déclara que tous les genres sont ùons hors le genre ennuyeux et que le meilleur genre est celui qui est le mieux traité. Diderot fut, à certains égards, un romantique anticipé : et il faut rappeler avec lui Melchior Grimm qui subissait son influence. En Italie, un vent de liberté souflle au xviii«î siècle avec Métastase, avec Bettinelli, avec Baretti et avec Cesarotti. Buonafede, dans VEpistola deUa libertà poetica (i7G6j, notait que, quand les érudits c définissent le poème

* Délia tragedia, i-jxh (ib., vol. I).

* Proie e poésie f cit., préf. elpassim.

^ Dans Orsi, Considéra: ioni, éd. cil., II, 89.

* Réflexions cil., secl. XXXIV.

* Discours sur la tragédie » 1730.

épique, la comédie, Tode, il faudrait autant de définitions qu'il y a de compositions et d'auteurs »^ En Allemagne, les Suisses les premiers s'élevèrent contre les règles, s'opposantà Gottsched et à son école *. En Angleterre, Home, entre autres, examinant les définitions, par lesquelles les divers critiques avaient tenté de distinguer le poème épique des autres compositions : € Il n'est pas peu divertissant — disait-il — de voir tant de critiques profonds à la chasse de ce qui n*est pas tel : ils présupposent comme admis, sans ombre de fondement, qu'il doit y avoir un critérium précis pour distinguer la poésie épique de toute autre espèce de composition. Mais les compositions littéraires se fondent les unes dans les autres proprement comme les couleurs : dans leurs teintes fortes, il est facile de les distinguer, mais elles sont susceptibles de tant de nuances et de tant de formes différentes qu'on ne peut jamais dire où une espèce finit et où une autre commence » ^.

Le mouvement littéraire de la seconde moitié du xviii® siècle à la première du xix'', de la période du génie en Allemagne au romantisme allemand, anglais, français, italien et espagnol, fut dirigé contre les règles particulières une à une, et contre la règle en général. Exposer les différentes batailles livrées, et les épisodes les plus importants, rappeler les noms des capitaines vaincus ou vainqueurs, déplorer les excès auxquels s'abandonnèrent les soldats vainqueurs ; toutcelasort de notre cadre. Sur les ruines des genres tranchés^ préférés de Napoléon ^ (romantique dans l'art de la guerre et classique dans l'art poétique), triomphèrent le f/rame, le roman, et tous les autres genres mixtes : sur les ruines des trois unités^ s'établit V unité (t ensemble. L'Italie eut son manifeste contre les genres et les règles dans la fameuse iMtera semiseria di Grisostomo (lHI6j de Berchet ; comme la France dans la préface

Le romanUaa et les genti tranehéê.BÊi chet.y. Hog

* Opuscijli de Agatopisto Cromazià?(o, Venise, 1797.

* DA.NZEL, Gottsched, p. ao6 sqq,

' Eléments 0/ criticism, III, i44*5 n.

* V^. le colloque de Napoléon avec Goethe, dans Lewes, The life a. Works of Goethe (trad. allem., Stuttgard, i883), II. 44i*

de Cromwell de V. Hugo (1827). On ne parla plus àege.nreiy mais à! art. Et qu*est-ce que l'unité d'ensemble sinon l'exigence même de Fart, qui est toujours un ensemôlej qui est une synthèse ? Qu'y a-t-il d'autre dans ce principe introduit par Auguste Guillaume Schlegel', et répété par Manzoni et par d'autres romantiques en Italie, que la forme des compositions doit être « organique et non mécanique, résultant de la nature

du sujet, de son développement intérieur, et non de

l'empreinte d'une estampille extérieure et étrangère i * ? persistance Mais OU se tromperait i^ravement si on croyait que cette

18 les théo- . . , " ,

sphiiosophi- défaite empirique fut conséquence ou cause d'une défaite théorique définitive de la doctrine des genres et des régies. Même les écrivains cités en dernier lieu en pure théorie n'al)andonnent pas complètement les genres et les règles : Berchet admettait quatre formes élémentaires (quatre genres fondamentaux) de la poésie : la lirique, la didascalique, l'épique et la dramatique, ne revendiquant pour la poésie que' le droit « d'unir et de confondre ensemble de mille manières les formea élémentaires »>*. Manzoni combattait en réalité les règles € fondées sur des faits spéciaux et non sur des principes généraux, sur l'autorité des rhéteurs et non sur le raisonnement i ^ Même De Sanctis, en théorie, ne sortit pas de la conception de Schlegel, soutenant que « les règles les plus importantes ne sont pas celles qui s'accomodent à tout contenu, mais sont celles qui tirent leur suc ex visceriôus causae, des entrailles du contenu » *. C'est d'ailleurs un spectacle beaucoup plus divertissant que celui qui divertissait Home, que de voir les classifications des genres élevées, dans la philosophie allemande, aux honneurs de la déduction philosophique ; ce qui était dû en partie au caprice habituel de ces métaphysiciens, en partie à l'intellectualisme persistant dans leurs systèmes esthétiques, malgré l'empire proclamé de l'idée mystique Nous ne cite-

' Manzom, Epist.y I, 355 6 ; cf. Lettera sal romanticUmo^ ib,, PP* 293-290.

^ Lettera di Grisostomo, dans Opère, éd. Cusani, p. 227. ' Lettera sut romanticismo, ib., p. 280. * La giovinezta di h\ d. S., ch. XXVl-XXVUl.

rons comme exemples que deux écrivains qui peuvent représenter les deux anneaux extrêmes d'une chaîne : Schelling en tête du siècle (1803) et Hartmann en queue ^1890). Dans la F'- Scheiii Philosophie de l'art de Schelling une section est consacrée à la Conslniction des divers genres poétiques. Si on devait commencer dans Tordre historique — dit Schelling — V épique prendrait la première place ; mais, dans Tordre scientifique, la première revient à la lyrique. En effet, si la poésie est la représentation de Tinfini dans le fini, la lyrique, où prévaut la différence, le fini, le sujet, en est le premier moment. Elle correspond à la première puissance de la série idéale, à la réflexion, au savoir, à la conscience ; alors que Tépopée correspond à la seconde puissance, à l'action *. Dans Tépopée, genre éminemment objectif (en tant qu'il est l'identité du subjectif et de l'objectif) se trouvent deux possibilités : ou la subjectivité est située dansTobjet et l'objectivité dans le poète, ou bien l'objectivité est située dans Tobjet et la subjectivité^ dans le poète. De la première possibiliténaissentTA'/(^^/e et V Idylle; de la seconde la Poésie didactique '^. A coté de ces différenciations de Tépique, Schelling pose Tépopée romantique ou moderne, c'est-à-dire la poésie chevaleresque, le roman, les tentatives épiques d'argument moderne, comme la Louise dcWo^s et V Ilermann et Dorothée de Gœthe ; et coordonnée à celles-ci, la Comédie dantesque, qui est ime espèce épique à elle (« eine epische Gattung lursich »). De Tunitè supérieure de la lyrique avec Vépique, de la liberté avec la nécessité, naît la troisième forme, la Dramatique j qui est la réunion des antithèses en une totalité, « la suprême incarnation de Tessence et de Ten-soi de tout art » 3. — e V il rtn Dans la. Philosophie du Beau de Hartmann, la poésie se divise en poésie de déclamation et poésie de lecture, La première se subdivise en épique, lyrique et dramatique; Tépique en épique plastique, ou épique proprement épique, eienép'iquepittoresque, ou épique lyrique ; la lyrique en lyrique épique, lyrique lyri-

* Philos, d. Kunst, pp. 639-645.

* Ib., pp. 657.9.

3 Ib., p. 687.

Crocb. — Esthétique. 29

que y et lyrique dramuti^tie ; la dramatique en drame lyrique^ drame épique et drame drarnatique. La seconde (Lesepoesié) se subdivise en particulièrement épique, lyrique ou dramatique, avec les divisions de troisième ordre d'émouvanl, cantique^ tragique et humoristique^ et de poésie qui se lit toute en une foisy comme la nouvelle, ou qui se lit à plusieurs reprises^ \ genres dnns comme Ic roman K — C'est au moins sans ces pirouettes dia- » école». lectiques et ces sublimes trivialités que les partitions des genres traînent encore dans les livres à'Institutious littéraires, écrits par des philologues et des lettrés, dans les traités des écoles de France, d'Italie, d'Allemagne. Psychologues et philosophes continuent à écrire sur Vesthètique du tragique ou du cofuique, ou de V humoristique^. Il faut rappeler, enfin, que de l'objectivité des gerwes littéraires s'est fait franche ment le champion en France M. Brunetière, qui considère l'histoire littéraire comme Vévolutiou des genres ^ ; et le môme préjugé, sans être exposé aussi nettement ni appliqué avec une égale rigueur, infeste beaucoup d'histoires littéraires, même italiennes ♦.

D'accord dans la conclusion avec ceux qui nient radicalement les règles et les genres, nous croyons pourtant que la négation doit être scientifiquement démontrée ; et cette démonstration scientifique n'est pas encore apparue, à notre connaissance, dans l'Histoire de l'Esthétique. De quelle manière il nous semble qu'elle peut être tentée, nous Pavons dit déjà dans la partie théorique de notre travail •'.

\ théories es- On fait à Lessing un mérite et une gloire unique d'avoir létiques des ... ....

ifférents arts, reconnu l'originalité et les limites inviolables de chaque art.

lOssing.

* Philosophie d. Schônen, ch. X, sect. II.

* V. par exemple Volkelt, Aesihelik d, Tragischen, Munich, 1897; Lipps, Der Streit ûber die Tragôdie, etc.

' V. de lui, entre autres écrits, L'évolution des genres dans Chistoirr de ta littérature, Paris, 1899 sqq ; el Manuel de Chistoire de la littér^ franc. y ib., 1898.

* Croce, Per la storia délia Critica e Storiografia letter., pp. a3-5.

* V. Théorie, pp, 86.39.

1 méritt- n'est pas dnns ccLlo ttiûiiriu, i{ui est en ^oi jjlëteinetit erronée ' : il est dans le fait d'nvoir ouvert. lette erreur. la diacusnion sur un pornt fort important, et bé jusqu'alors, de la science. Après quelques indications taBosctde Dattttux, nprèa que le terrnin avait été préparé Bielques écrits de Diderot * et de Mendelasohn \ et par les ps disquiaitions de Mêler et d'autres wolliens sur les il naturels, et arbitraires ', Leasing se ,[)Osa le premier, tsementet clairement, In question de la valeur qu'a, en ■ique, la distiuction des divers arts, L'iintiquilé, le moyen- Da renaissance avaient énuinéré lus arts, selon les déno- Uitins du langage courant : elles avaient produit, en outre. ■6s grand nombre de manuels techniques des arts, soit nrs, soit mineurs ; mais dans Arisloxèae ou dans Vilruve, LUarcbetio de Padoue ou dans Cennino Ccnnini, dansLeotde Vinci ou dans Léon Battista Allierti, dans Palladio ou fficamozzi, on chercherait en vain le problème de Lcssing : pe en trouvc-t-on quelque germe dans les comparaisons et étions de préséance entre la poésie etla peintu^^ la peint la sculpture, qui apparaissent dans quelques paragrai de ces livres, et sur lesquels im disserta beaucoup, ffàutres Galilée ''. Leasing fut poussé à la recherche par le bdenSfuterlesétrangesidéesdeSpencesur l'étroite union t jioésîc et de la peinture chez les anciens, et du comte de IB, qui considérait un poème comme d'autant plus excell'il offrait au peintre un plus grand nombre de tableaux; i de critiquer les comparaisons entri^ la peinture et la I, par lesquelles on prétendait donner la justirication des ^les plusabsurdes de la tragédie. L' L'I pirtura poés

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