‹ Esthetique d'un independantChapitre 3 sur 15 · MILLET BALZAC · texte numérisé non relu

MILLET BALZAC

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Il y en a qui, le soir, sur la lande, ne nous montrent qu'un brûlot allumé derrière les fenêtres loin-

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taines de la chaumière. Chez Gazin, on devine les êtres qui veillent dans le silence et le repos des choses. Les yeux des premiers ne communiquent qu'avec un appareil photographique. Les regards du second sont des lucarnes ouvertes sur un cerveau.

Le pauvre, en sa vêture, est biblique d'aspect. Si on ne le comprend pas ainsi, c'est qu'on ne l'a pas vu.

C'est pourquoi Gazin, lorsqu'il a mis en scène les personnages de la Bible, est admirablement moderne.

On a dit : « Ribot s'inspire de Rembrandt et de Ribera : il fait noir. » Je répondrai : non ! Il faut chercher autre part le secret du peintre : Ribot voyait sombre, ce qui n'est pas la même chose. Je m'explique. Ribot était trop consciencieux et trop sincère pour ne pas faire ce qu'il voyait. Or, il ne voyait pas noir, puisqu'il a, comme pas un, des éclats de lumière : puisqu'il savait sous l'épiderme faire couler un sang bien vivant, puisqu'il distinguait, dans ce qu'il avait à interpréter, les nuances les plus délicates.

Mais il voyait sombre, c'est-à-dire que, dans la pleine clarté, il ne s'éblouissait pas : il ne laissait pas l'objet se noyer et perdre toute valeur sous le rayon qui l'atteignait. Au contraire, plaçant son sujet bien au jour, il voit d'abord une tache générale ; puis, comme cette tache occupe toute son attention, il l'analyse, la décompose, la dégage de toute l'ambiance qui peut le dénaturer, et il y découvre alors, en vrai

coloriste qu'il est, des modelés, des reflets et des ombres, des clameurs et des atonies, tout un clavier, dont lui, qui était de première force, savait jouer avec une admirable sûreté.

Un Inconnu : Gharles-Marie-Dulac.

Dans ses peintures, dans ses lithographies, dans ce Cantique des Créatwes surtout, oli il avait interprété en signes graphiques la pensée de saint François d'Assise, Dulac apparaît comme un rénovateur de l'art religieux. Il laisse une trace indélébile de son court passage sur la terre, et ceux qui ont assisté à ses dernières années, toutes de souffrances physiques et de sérénité morale, n'hésitent pas à déclarer qu'il fut un saint. Enfant du peuple, à la pensée ingénue et naïve, il a, sous l'impulsion de paroles amies, tourné les yeux vers des béatitudes célestes ; sa vie d'ascète lui promettait des joies qui ne sont pas d'ordre humain et, lorsqu'il est mort, il a pensé sans doute qu'une divinité à laquelle il avait adressé ses plus ardentes oraisons allait le recevoir et lui tendre, d'une main qui bénit, la palme des puretés austères.

Admirable figure débouté et de résignation, Dulac est le seul exemple que nous connaissions d'un artiste contemporain dont le mysticisme ne se mêle pas d'un peu de comédie. Lorsqu'à son lit de mort il voulut être revêtu de la bure des franciscains, ce n'était pas un costume qu'il réclamait, mais un signe extérieur par où s'affirmeraient son humilité et la tendresse de sa foi. Aussi ne faut-il pas voir son œuvre avec des yeux profanes ; pour ceux qui l'ont connu, compris

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et aimé, il y a là des reliques, les reliques d'une âme qui ne s'est ouverte qu'au bien et à la beauté d'un idéal divin.

Il y a une sorte de lyrisme dans l'inspiration de Charles Serret. Il nous raconte l'enfance par tout ce qu'elle a de généreux et de noble. Il a saisi les caractères de chaque individu isolément, et les caractères des individus réunis. Dans ses groupes, par des gestes, ou mieux par des intentions de gestes, qu'indiquent les attitudes, il voit ce profond instinct de la protection et même de la domination des aînés sur les plus jeunes. Mais il faut entendre ici le mot « domination » dans son sens le meilleur. Et lorsque l'effort de protection de l'aîné est trop lourd pour ses jeunes bras, Serret précise l'excès de cet effort avec une virtuosité incomparable.

Pourquoi Alexandre Séon a-t-il consacré son art à une recherche constante de la beauté, et cela dès le temps que, débutant, frappé d'émotion devant les fières pensées peintes de Puvis de Chavannes, il balbutiait son âme, le crayon ou le pinceau à la main ? Est-ce qu'il est né, est-ce qu'il a été élevé dans un milieu de raffinements intellectuels, susceptibles de provoquer sur son entendement une aptitude précoce et spéciale à la sensibilité esthétique ? Nullement : il est né de paysans, et son enfance s'est développée dans la grande nature. Aucune civilisation déprimante, la civilisation des faubourgs et des boulevards,

n'a gêné la naïveté de ses émotions premières, ni interrompu l'ivresse de ses longues et muettes contemplations.

C'est là, devant le spectacle sans cesse renouvelé des choses, des bêtes, des gens, du soleil, de la lune, de l'air puissant qui vivifie, du vent qui chante comme une prière ou gronde aux heures de tempête, c'est là qu'il a senti palpiter en lui des idées, que les signes extérieurs de l'art devaient être aptes à traduire ; c'est là qu'il eut la sensation que tout ce qui vibrait sur le clavier de notre émotivité en nous procurant de la joie ou de la douleur, de la gaîté ou de la mélancolie, avait besoin d'une langue particulière, à la fois matière et symbole, pour interpréter cette joie et cette douleur, cette gaieté et cette mélancolie.

L'âme de l'enfant ! Y a-t-il un mystère plus obscur, plus profond et pourtant un mystère deviné plus superbe ? De ce lambeau de la lumière universelle, enfermé dans la forme qui souffre de grandir, quelle clarté jaillira un jour? Quel irradiement féérique éclatera subitement à l'heure de l'expansion féconde?

L'âme de l'enfant? Mais elle est le symbole vivant de notre primitivité. Elle est comme une immense étendue, toute enveloppée d'un brouillard qui se dissipe lentement, très lentement, avec la rapidité de l'âge, afin qu'en une seule fois celui qui la possède n'en épuise pas la moisson éternellement mûre.

Et c'est cette âme-là que Serret a cherchée ; c'est cette âme-là qu'il a fouillée, pénétrée, révélée, avec une sincérité émue et une vérité qui ne se trompe

pas. Pour lui, psychologue renseigné et travailleur patient, tout, chez l'enfant rencontré, est devenu matière à observation- Son dessin est éminemment expressif, et j'ai entendu des gens murmurer devant les dessins et les pastels de Serret ; a Gomme c'est vague, comme c'est flou ! » Et c'est justement pour cela que je trouve, moi, le dessin de Serret expressif jusqu'au raffinement.

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