‹ EsthétiqueChapitre 13 sur 74 · Enéide, II, 213-215. — 2. Ibid · texte numérisé non relu

Enéide, II, 213-215. — 2. Ibid

en effet, à présent que ce soit lui-même qui, de propos délibéré, se voue à la destruction ; et sa mort devient un acte de la volonté \

Ainsi donc, deux conditions dans toute espèce de pathétique : l*' la souffrance, pour intéresser notre nature sensible; 2° la liberté morale, pour intéresser notre nature spirituelle. Toute peinture où manque l'expression de la nature souffrante , est sans action esthétique , et notre cœur y reste froid. Toute peinture où manque l'expression de l'aptitude morale, eût-elle toute la force sensible qu'on peut supposer, ne saurait être pathétique, et révoltera infailliblement nos sentiments. A travers toute la liberté morale, nous voulons toujours apercevoir l'homme qui souffre : à travers toutes les souffrances de l'humaine nature, nous voulons toujours apercevoir l'esprit indépendant ou capable d'indépendance.

Mais l'indépendance de l'être spirituel dans l'état de souffrance peut se manifester de deux manières. Ou négativement : lorsque l'homme moral ne reçoit point la loi de l'homme physique, et que son état n'exerce aucune influence sur sa façon de sentir ; ou positivement : lorsque l'homme moral impose sa loi à l'être physique, et que sa façon de sentir exerce une influence sur son état. Dans le premier cas, c'est le sublime de disposition, et le sublime à'action dans le second.

Le sublime de disposition se montre dans tout caractère indépendant des accidents du sort. « Un grand cœur aux prises avec l'adversité, dit Sénèque, est un spectacle plein d'attrait, même pour les dieux*. » Tel est, par exemple, celui que nous offre le sénat romain après le désastre de Cannes. Lucifer même, dans Milton, lorsque pour la première fois il promène ses regards sur l'enfer qui désormais sera son séjour, Lucifer

1. C'est ici que finit le morceau contenu dans le 3« numéro de 1793 de la Nouvelle Thalie. Le reste est dans le 4' numéro, avec ce titre : « Suite du développement de l'idée du Sublime. »

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