Voy. Sénèque, delà Providence, ch. u
nous pénètre, par cette force d'âme, d'un sentiment d'admiration : « Horreurs * , s'écrie-t-il , je vous salue : et toi , monde souterrain! Et vous, profondeurs infernales, recevez votre nouveau maître. Il vient à vous avec un cœur que ne sauraient changer ni les temps ni les lieux. C'est dans son cœur qu'il habite; ce cœur, jusque dans les enfers, saura lui créer un ciel. Ici enfin, nous sommes libres, etc. » La réponse de Médée dans la tragédie appartient aussi à cet ordre de sublime.
Le sublime de disposition se fait voir, il est sensible au spectateur, parce qu'il repose sur la coexistence, la simultanéité ; le sublime d'action , au contraire , ne se conçoit que par la pensée , parce que l'impression et l'acte y sont choses successives, et que l'intervention de l'esprit est nécessaire pour inférer d'une libre détermination l'idée de la souffrance préalable. Il s'ensuit que le premier seul peut être exprimé par les arts plastiques, parce que ces arts ne peuvent rendre que ce qui est simultané ; mais le poète peut étendre son domaine sur l'un et sur l'autre. Bien plus , lorsque l'art plastique a à représenter une action sublime , il faut nécessairement qu'il la ramène à un sublime de disposition.
Pour que le sublime d'action ait lieu , il faut non-seulement que la souffrance d'un homme n'ait aucune influence sur sa constitution morale ; il faut que ce soit l'inverse, et que l'affection soit l'œuvre de son caractère moral. Cela peut arriver de deux manières. Ou médiatement et selon la loi de la liberté, lorsque, par respect pour tel ou tel devoir, il 5e décide par libre élection pour la souffrance : en ce cas, l'idée du devoir le détermine en tant que motif, et sa souffrance est un acte volontaire.