LETTRE XL
y^ En s'élevant aussi haut qu'il est possible, l'abstraction arrive à deux idées premières devant lesquelles elle est obligée de s'arrêter et de reconnaître ses limites. Elle distingue dans l'homme quelque chose qui persiste , et quelque chose qui changé yaiis (!eyt>e. Ce qui persiste, elle le nomme sa personne ; '"ce qui change, son état. '
La personne et l'état, le moi et ses déterminations
nous représentons comme une seule et même chose dans l'être liécessaire , sont éternellement distincts dans Têtre tini. Malgré toute la persistance de la personne, l'état change; malgré tous les changements dans l'état, la personne demeure et persiste. Nous passons du repos à l'activité, de l'émotion à l'indifférence, de l'assentiment à la contradiction, mais nous sommes toujours nous , et ce qui découle immédiatement de nous demeure. Dans le sujet absolu seul , persistent aussi avec la personnalité toutes ses déterminations, parce qu'elles découlent de la personnalité. Tout ce qu'est la divinité, elle l'est parce ^w'elle est : en conséquence, elle est éternellement tout ce qu'elle est, parce qu'elle est éternelle.
Pijis(|ue dans l'homme ^ en ^\}^^ qu'Mro flnij In persnnnp et l'état sont distincts, Tétat ne peut se fonder sur la personne, ni la personne, sur l'état. En admettant le second cas, la i)ersonne âevrait chTmgor ; dans le premier, l'état devrait persister. Ainsi, dans Tune ou l'autre suj)posilion , ou la personnalité ou la qualité d'être fini cesserait nécessairement. Ce n'est point parce que nous pensons, voulons, sentons, que nous sommes;
ce n'est point parce que nous sommes, que nous pensons , voulons, sentons. Nous sommes parce que nous sommes; nous' spnfrmg^ ppnsnng pf voulons ^ p?^rce qu'il y a an fj^hors fie nons q^uelque chose qui n'est pas nous.
La personne doit donc avoir en elle-même sa raison d'être, car le permanent ne peut dériver du changeant, et ainsi nous serions d'abord en possession de l'idée de l'être absolu, fondé en lui-même : c'est-à-dire de l'idée de la liberté. jyétal doitp avoir un fondement, et, puisqu'il n'es^^jQ^inf pnr )n persnnn^^ qm dès lors il n'est pas absolu, il doit suivre et résulter; et amsi, en^sïicund lieu, nous serions arrivés à la condition de tout être dépendant ou du devenir : c'est-à-dire à l'idée du temps. « Le temps est la condition de tout devenir » est une 1 proposition identique , car elle ne dit rien autre chose que ceci : * Pour que quelque chose suive , il faut qu'il y ail succession. »
La personne qui se manifeste dans le moi éternellement persislant, ei seulement en lui, ne peut devenir, commencer dans
le temps ^ parce qu'?^^^ ponTrairp p'pfiT hipn pmtnt lA |pm|^g^i ^^i^ ^OIPJIL^^^'^^ ^^ ^^^^1 P^^^P q^iP qnplqiip phngû rla pprmnnpnf
doit servir de base au changement. Pour qu'il y ait changement, il faut que quelque chose change : ce quelque chose ne peut donc point être le changement lui-même. Quand nous disons : la fleur s'épanouit et se fane , nous faisons de la fleur un être persistant au sein de cette transformation; nous lui prêtons en quelque sorte une personnalité, dans laquelle ces deux états se manifestent. Dire que l'homme prend d'abord naissance, devient, n'est pas une objection; car l'homme n'est pas seulement personne en général , mais il est une personne qui se trouve dans un état déterminé. jOr, tout état, toute existence déterminée naît dans le temps, et c'est ainsi que ] l^homme, en tant que phénomène, doit avnir ]m\ p,omn-ipTippr>-iPnt^ j bien qu'en lui la pure intelligence soit éternelle. Sans le temps, ?est-à-clire sans le devenir, il ne serait pas un être déterminé ; sa pèrsonnahiè exisieraii viriueiiement , s^HiS ^^"^^ , niffTg-Trnn en acte. Ue n'est que par la succession de ses perceptions que le moi immuable se manifeste à lui-même. •
Ainsi donc , lajrmti^rp dp. rapfivitPj nn la rp;^]jt^^que Tintel-
SCIULLER. — ESTHÉT. 15
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ligence suprême puise dans son propre sein JHaut^ueThomme .^commence par la recevoir et, en effet , il la reçoit, par la voie de la perception , comme quelque chose 'qui est hors de lui dans l'espace, et qui change en lui dans le temps. Cette matière qui change en lui est toujours accompagrîéepar le moi qui ne change' jamais; et^ demeurer immuablement lui au milieu du change-
ment, ramener tO^itPg Ips pprrpptinns h rPYpf^rJpnrp^ rW-à-HirP à l'unité de rnnnaisganrp^t fairp dfi çh^^r^nn dp sps TYindps de
manifestation dans le temps la loi de tous les temps, voilà la règle qui est prescrite à l'homme par sa nature rationnelle. Il n'existe qu'en tant qu'il change ; lui n'existe qu'en tant qu'il ne change pas. En conséquence , représenté dans sa perfection,, l'homme serait l'unité permanente qui demeure toujours la même dans les vagues du changement.
Maintenant, quoiqu'un être infini, une divinité, ne puisse devenir, on doit cependant nommer divine une tendance qui a pour but infini l'attribut le plus caractéristique de la divinité : , la manifestation absolue de la puissance Ma réalité de \o\n le possible) et l'unité absolue de la manifestation ( la nécessité de tout le réel). L'homme porte incontestablement en lui, dans sa personnalité, une prédisposition à la divinité. ï^.voie de lai divinité , si l'on peut nommer voie ce qui ne conduit jamais au but, lui est ouverte dans les jens.
Considérée en elle-même et indépendamment de toute majière sensible , sa personnalité n'est que la pure virtualité d'une manifestation infinie possible, et, tant qu'il n'a ni intuition ni sentiment, il i?est rien de plus qu'une forme, une puissance vide. Considérée en elle-même et indépendamment ^ de toute activité spontanée de l'esprit , la sensibilité ne peut rien que faire l'homme matière , sans elle il est pure forme ; mais elle ne peut en aucune façon établir l'union entre la matière et lui. Tant qu'il ne fait que sentir , désirer, et agir sous l'influence du désir, il n'est rien de plus que monde j si par ce mot nous désignons seulement le contenu informe du temj)s. Sans doute, c'est uniquement sa sensibilité qui fait passer sa puissance en acte efficace , mais sa personnalité seule fait que cette activité est sienne. Ainsi , pour n'être pas seulement monde, il faut ({u'il donne une forme à la matière; et pour n'être pas
seulement forme, il faut qu'il donne la réalité à la virtualité \
qTîl porte en lui. Il donne la matière à la forme, en créant le / Temps, et en opposant à Timmuable le changeant, à l'éternelle M
unité de son moi , la diversité du monde ; il donne une forme à IFmaliére, eu suppriinanl de-TTonrean le temps, en mainterîant TiTpermaneirce dans le changement; et en soûrhëïïântTa dîvëfsîte du monde à l'unité de son moi.
Or , de là découlent pour l'homme deux exigences opposées, ] les deux lois fondamentales de la nature rationnelle-sensible, t La première a pour objet la réalité absolue : il doit faire monde tout ce qui n'est que forme , manifester tout ce qui , chez lui , est en puissance. La seconde loi a pour objet la formalité absolue : il doit détruire en lui tout ce qui n'est que monde et porter l'harmonie dans tous les changements. En d'autres termes, il doit manifester tout ce qui est interne et donner la forme à tout ce qui est externe. Envisagée dans son accomplissement le plus élevé, cette double tâche ramène à l'idée de la divinité, qui a été mon point de départ.