LETTRE XII
Cette double tâche, qui consiste à faire passer, en nous, le
nécessajre à la réalité, .et à soumettre, hors de nom^ le rt^el à la
loi de la nécessité . nous sommes excités à la remplir par deux
forces opposées qui, parce qu'elles nous poussent à réaliser
leur objet, sont très-justement nommées impulsions ou in-
jr stinct*. La première de ces impulsions, que j'appellerai ^n5i^?îf^
^^ij-^ gen5z'6/e ^JLclérivé, de 1 existence physique de Thomme ou de sa
if^ J^ Qc^tm^Q sensible, et c'est elle qui tend à le renfermer dans les
J^ jJ^ Cornes du temps et à le faire matière : je ne dis pas lui donner
1. kvi moi impulsions (ou instincts) se rapporte, dans les Heures, la note «JL^ suivante, que Schiller a supprimée dans les Opuscules en prose et qui , par suite,
f^""^ V manque aussi dans les OEuvres complètes : « Je ne me fais aucun scrupule
fj^ d'employer ce terme d'une manière commune, tout aussi bien pour ce qui
AV tend à l'accomplissement d'une loi , que pour ce qui tend à la satisfaction
d'un besoin, bien qu'on le restreigne d'ordinaire h ce dernier sens. Si les idées rationnelles deviennent , dès qu'on les place , en général, dans les limites du temps, des impératifs ou des devoirs : d'un autre côté ces devoirs deviennent des impulsions ou instincts, dès qu'ils se rapportent h quebjue chose de déterminé et de réel. La véracité, par exemple, en tant que chose absolue et nécessaire que la raison prescrit à toutes les intelligences, est dans l'être suprême réelle, parce qu'elle est possible; car cela résulte de l'idée d'un être nécessaire. Cette môme idée de véracité, placée dans les bornes de l'humanité, reste tou jours, il est vrai, nécessaire, mais elle ne l'est plus que moralement, et il faut d'abord qu'elle soit réalisée, parce que, chez un être contingent, la possibilité n'implique pas la réalité. Or, que l'expérience fournisse un cas auquel se puisse rapporter cet impératif de la véracité, alors il éveille une imi)tilsion , une tendance à exécuter cette loi, et à opérer cet accord avec soi-même que proscrit la raison. Cette impulsion a lieu nécessairement, et ne manque pas même cliez celui qui agit directement contre elle. Sans elle, il n'y aurait jias de volonté moralement mauvaise, ni par consé(pienl aussi do volonté moralement bonne. »