LETTRE XXVII
Ne craignez rien pour la réalité et la vérité , lors même que l'idée élevée de l'apparence esthétique que je posais dans ma dernière lettre , deviendrait générale. Elle ne le deviendra pas tant que l'homme sera encore assez peu cultivé pour pouvoir en abuser, et, si elle devenait générale , cela ne pourrait être que l'effet d'une culture qui rendrait en même temps tout abus impossible. La poursuite de l'apparence indépendante demande plus de force d'abstraction , de liberté de cœur , d'énergie de volonté , qu'il n'en faut à l'homme pour se renfermer dans la réalité , et il est nécessaire qu'il ait déjà laissé celle-ci derrière lui, s'il veut atteindre à l'apparence esthétique. Dès lors, quel mauvais calcul ne ferait pas celui qui prendrait le chemin de l'idéal pour s'épargner celui de la réalité M Ainsi donc , la réalité n'aurait pas grand'chose à redouter de l'apparence , telle que nous l'entendons; mais, en revanche, l'apparence n'en aurait que plus à craindre de la réalité. Enchaîné à la matière , longtemps l'homme fait servir l'apparence à ses desseins, avant de lui reconnaître une personnalité propre dans l'art de l'idéal. Pour en venir là , il faut qu'il subisse dans sa manière de sentir une révolution complète, sans laquelle il ne se trouverait pas même sur la voie de Vidéal. En conséquence , partout où nous découvrons chez l'homme les indices d'une estime libre et désintéressé(; pour la pure apparence, nous pouvons conclure que cette révolution a eu lieu dans sa nature , et que lliumanité a