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2. Horne a donc singulièrement realreint Tidée de la grâce, lorsqu'il a dit {Principes de la Critique, t. II, p. 39, dernière édition), a que, si la plus gracieuse personne du monde est en rt'poi- et qu'elle ne parle ni ne se meuve, nous perdons de vue la propriété de la grâce, comme nous cessons de voir la couleur dans l'obscurité. » Non, nous ne perdons point de vue la grâce, tant que nous distinguons dans la personne endormie les traits (ju'y a formés un esprit hionveillant et doux; et c'est précisément la partie la plus précieuse de la grâce qui subsiste alors, je veux dire celle partie (jui est due originairement à des (jcsles ou mouvements passagers, dont l'empreinte a fini \yàr ïormer des traits durables, et qui, par consé(juent , exprime la facilité de l'âme à recevoir de belles impressions. Mais si le prétendu correcteur du livre de Home a cru redresser son

partiennent quà la nature physique ne sauraient mériter ce nom. Il est vrai que dans l'homme l'esprit, s'il est vif, finit par se rendre maître de presque tous les mouvements du corps ; mais quand la chaîne qui rattache un beau trait à un sentiment moral s'allonge beaucoup , ce trait devient une propriété de la structure, et ne peut plus guère être compté pour de la grâce. Il arrive à la fin que l'esprit se façonne son corps, et que la structure elle-même est forcée de se modifier selon le jeu que l'âme imprime aux organes : si bien que la grâce se transforme finalement, et les exemples n'en sont pas rares, en beauté archi tectonique.

De même qu'un esprit ennemi qui n*est point en paix avec lui-même, altère et détruit la plus parfaite beauté de structure, au point qu'on finit par ne plus pouvoir reconnaître ce magnifique chef-d'œuvre de la nature en l'état où l'a réduit, sous ses mains indignes , la libre volonté , de même on voit parfois la sérénité et la parfaite harmonie de l'âme venir en aide à la technique entravée, affranchir la nature, et développer avec une splendeur divine la beauté des formes, enveloppée jusquelà et comme opprimée. La nature plastique de l'homme a en elle une infinité de ressources pour réparer les négligences et corriger les fautes qu'elle a pu commettre : il suffit pour cela que l'esprit, que l'agent moral la soutienne, souvent même qu'il veuille seulement ne la point troubler dans ce travail par lequel elle façonne son œuvre.

Que si les mouvements devenus fixes (les gestes passés à l'état de traits) sont eux-mêmes capables de grâce, il semblerait peut-être assez rationnel de comprendre également sous cette

auteur en disant (voy. le même ouvrage, t. II, p. 459) a que la grâce n'est point exclusivement bornée aux mouvements volontaires ; qu'une personne endormie ne cesse point d'être charmante , » — et pourquoi? — « parce que ce n'est que dans cet état que les mouvements involontaires, mouvements doux, et qui n'en sont que plus gracieux, deviennent bien visibles, » notre correcteur fait pis que Home ; il détruit absolument l'idée de la grâce , que Home s'était contenté de trop restreindre. Les mouvements involontaires dans le sommeil, s'ils ne sont pas des répétitions mécaniques de ceux où la volonté a eu part dans l'état de veille, ne peuvent avoir absolument aucune grâce, bien loin d'être gracieux par excellence; et si une personne endormie est charmante, ce n'est point du tout par les mouvements qu'elle peut faire, mais bien par ses traits, qui témoignent de ses mouvements antérieurs. {Note de Schiller.)

idée la beauté des mouvements apparents ou imités (les lignes flamboyantes, par exemple, les ondulations}. C'est même ce que soutient positivement Mendelssohn '. Mais alors l'idée de la grâce irait se confondre avec l'idée de la beauté en général; car toute beauté n'est en définitive qu'une propriété du mouvement vrai ou apparent (objectif ou subjectif), ainsi que j'espère le démontrer dans une analyse du beau. Quant à la grâce, les seuls mouvements qui en puissent offrir, sont ceux qui répondent en même temps à un sentiment.

La personne (on sait ce que j'entends par ce mot) prescrit les mouvements à son corps, ou bien par sa volonté, lorsqu'elle veut réaliser dans le monde sensible un effet dont elle s'est proposé l'idée, et, dans ce cas, les mouvements sont dits volontaires ou intentionnels; ou bien ils ont lieu, sans que sa volonté y ait part, en vertu d'une loi fatale de l'organisme, mais à l'occasion d'un sentiment : dans ce dernier cas, je dis que les mouvements sont sympathiques. Le mouvement sympathique, bien qu'il soit involontaire, et provoqué par un sentiment, ne doit pas être confondu avec ces mouvements- purement instinctifs qui procèdent de la sensibilité physique. L'instinct physique n'est point un agent libre , et ce qu'il exécute n'est point un acte de la personne. J'entends donc exclusivement ici par mouvements sympathiques ceux qui accompagnent un sentiment , une disposition, de Tordre moral.

La question qui se présente maintenant est celle-ci : de ces deux sortes de mouvements qui ont leur principe dans la personne, laquelle est capable de grâce?

Ce qu'on est rigoureusement forcé de distinguer dans l'analyse philosophique, n'est pas pour cela toujours séparé dans la réalité. Ainsi il est rare que l'on rencontre des mouvements intentionnels sans mouvements sympathiques, attendu que la volonté ne détermine les mouvements intentionnels qu'après s'être décidée elle-même par des sentiments moraux qui sont le principe des mouvements sympathi(juos. Quand une personne I)arle, nous voyons parler en même temps ses regards, ses traits, ses mains, souvent même tout son corps; et il n'est pas rare

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