CHAPITRE XX
DE l'emploi des ACCORDS DE TREIZIÈME.
§• 385. Les accords de treizième sont essenliellement des accords multiples. Un seul accord naturel de cette classe reproduit, dans ses renversements , tous les autres accords naturels. Par exemple , l'accord naturel désigné par A, reproduit, dans ses renversements, les accords B, C, D, E, F et G. — De même, Fun quelconque des accords mixtes appartenant à Tun des types de la gamme mineure, reproduit, dans ses renversements, tous les autres accords mixtes appartenant au même type* Par exemple, l'accord I reproduit les accords B', C', D', E', F' et H qui, comme lui, appartiennent au i" type du mode mineur; et l'accord J, qui appartient au second type, reproduit les accords A', B", C", E", F" et H' qui se rapportent à ce même second type.
Les accords ambigus jouissent de la même propriété de pouvoir se transformer les uns dans les autres. Ainsi, par exemple, l'accord K , qui appartient à cette catégorie , donne , dans ses renversements, les accords B'", E'", F'", G' et J'.
Les accords altérés , par l'intervention de V enharmonie , se prêtent aux mêmes transformations, comme on le verra ci-après au chapitre consacré à ces accords.
Cette faculté de transformation , qui se manifeste plus complètement dans les accords à mesure que s'accroît le nombre de leurs sons constitutifs, est d^une haute importance, au double point de vue théorique et pratique.
A l'origine du système, on trouve le son, duquel émanent les
accords y selon la profonde conception de H. Marx , de Berlin , qai
ainsi, le premier, a posé le problème harmonique (1).
Viennent ensuite les intervàlUs harmoniques ou accords de deux sons , puis successivement ceux de trois, de quatre, de cinq, de six et de sept sons y connus sous les noms d*ACC0RDS de 'quinte, de septième, de neuvième, de onzième et de treizième.
Vaccord naturel de treizième embrasse tous les sons de la gamme diatonique, qu'il présente ainsi dans leur simultanéité. Un et multiple, il contient tous les accords naturels des classes inférieures. Or, comme, d'une part, les accords soit mixtes, soit ambigus, soit altérés de ces diverses classes, peuvent être considérés comme provenant de Valtération des accords naturels de leurs classes respectives, et comme, d'autre part, un accord quelconque, et par conséquent Vaccord de treizième lui-même , émane de sa note fondamentale , on est amené à voir toute l'harmonie comme renfermée dans un seul accord , ou plutôt dans le son lui-même ; revenant ainsi , d'une manière élaborée, à l'origine du système, ce que Ton pouvait voir d'ailleurs à priori ; car s'il n'en était pas ainsi , le système harmonique serait évidemment impossible.
Nous bornerons là, du moins présentement, ces considérations générales , pour en venir enfin au fait harmonique , c'est-à-dire à la réalisation pratique des accords de treizième dont les tableaux précédents nous ont fait connaître la formation et la nomenclature.
Emploi des accords de treizième, naturels et mixtes, 6 3,4,5,6
et 7 parties réelles.
§. 386. Les divers modes d'emploi de ces accords sont fondés sur les diverses manières de les envisager, c'est-à-dire sur les diverses manières de les concevoir décomposés en accords plus simples. Ainsi, comme un accord de treizième peut-être conçu d'a-
(1) Ponr résoudre ce problème, il fallait expliquer coHHEirr un accord émane de sa fondamentale; or, c'est ce que montrent nos formules (A«) et(Û„) du S- 35, qui, en même temps, éUblissent la liaison ^etématique des accords, basée sur leur Identité phihitivb.
STRUCTURE DES ACCORDS. Hii
bord comme présentant la réunion systématioue d'un accord de quinte et d'un accord de neuvième :
Accord de neoTième dom. majeure.
A. Ut- — mi— sol — si — ré — fa — la.
Ace. parf. mijeur.
On pourra , sous ce point de vue , le traiter en résolvant Taccord dissonant (qui a pour fondamentale la fonction de quinte de l'accord complet) sur l'accord de trois sons qui, en quelque sorte, lui sert de base. Il est bien entendu que toutes les fonctions dissonantes devront être préparées par les accords précédents.
§. 387. Une seconde manière d'envisager un accord de treizième, consiste à le concevoir comme offrant la réunion systématique d'un accord de septième et d'un accord de neuvième.
Accord de nenTième.
E. sol — si — ré — fa — la — ut — mi.
Accord de 7* dominante.
Ici , comme sous le premier point de vue , c'est encore la fonction de quinte de l'accord complet qui est' la fondamentale de l'un des accords partiels ; et c'est la fondamentale même de Taccord de treizième qui est celle de l'autre accord. La relation de position de ces fondamentales indique clairement qu'il faut résoudre d'abord l'accord de neuvième, à la quinte inférieure, sur celui de septième, puis enfin ce dernier selon les règles connues.
§. 388. Un troisième mode de décomposition consiste à concevoir raccord de treizième comme offrant la réunion systématique de deux accords de neuvième :
Accord de neuyième.
E. soi — si— ré-— fa — la — ^ut — mi.
Accord de 9* domin. migeare.
Ici, comme dans les deux modes précédents, les fondamentales des accords partiels sont toujours : i^ la fonction de quinte de Taccord complet; 2!" la fondamentale de ce même accord complet.
§. 389. Bnfin, on peut encore concevoir Taccord de treizième comme formé de la réunion systématique d'un accord de neuvième et d*un accord de onzième.
Accord de neaTième.
E. sol — si — ré — fa — la — ut — mi.
Accord de onzième.
Ici encore, les fondamentales des accords partiels sont les fonctions de quinte et de fondamentale de l'accord complet.
Ces quatre modes de décomposition de l'accord de treizième s'appliquent plus ou moins complètement à tous les accords de cette classe. Les uns, comme l'accord E par exemple, se prêtent également bien à ces quatre modes de décomposition ; les autres ne les admettent pas tous également bien , surtout parmi les accords altères -, mais , dans le plus grand nombre de cas , on pourra toujours rattacher l'emploi de Paccord de treizième à l'un des modes susdits.
§. 390. Avant de donner des exemples pratiques de l'emploi des accords de treizième, il est nécessaire de faire remarquer que, par rapport à la fondamentale d'un tel accord, les fonctions de onzième et de treizième ne sont point dissonantes , et qu'elles n'ont ce caractère que par rapport à d'autres fonctions, surtout par rapport à la fonction de quinte avec laquelle elles sont dissonantes toutes deux. Il résulte de là qu'à trois parties, on ne donnerait nullement l'idée de l'accord de treizième, en joignant à la fondamentale les fonctions de onzième et de treizième; on n'obtiendrait, en effet, de cette manière , rien de plus qu'un simple accord de quinte dans son second renversement.
Fondam. Oui. Treii.
Par exemple : sol — . — . — . — . — ut — mi.
Mais si aux fonctions de fondamentale et de treizième on joint celle de septième qui est dissonante avec Tune et avec l'autre^
fondam. wpiième. treidèiM.
sol — . — . — fa — • ^— . — ^mi.
raccord de treizième sera parfaitement caractérisé , bien que Tharmonie ne soit réalisée qu'à trois parties. En voici un exemple:
fâ5parties)
Fig. 208.
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