CHAPITRE XI
DES ACCORDS DE 5 SONS QUI APPARTIENNENT A l'hARMONIE NATURELLE EN MODE MINEUR, ET A l'hARMONIE ALTÉRÉE EN MODE MAJEUR.
§. d64. Il résulte de la déCnition des accords mixtes, telle qu'elle est impliquée dans le titre même du présent chapitre, que le maximum d'écartement entre leurs termes extrêmes, lorsqu'on les rapporte à l'échelle générale des sons,* est de neuf quintes, c'est-àdire égale à l'étendue embrassée sur cette échoie générale par la gamme mineure du !•' type. (Voir page 59, le §. i2).
Quant au minimum de cet écartement, il ne peut être inférieur à sept quintes, puisque l'échelle du mode majeur en emhrasse six; toutefois ce minimum ne saurait être égal à cette limite de sept quintes , attendu que ce nombre mesure le demi- ton chromatique, intervalle qui ne peut exister dans aucun accord proprement dit (voir la note 2 de la page 105); ce minimum se trouve donc fixé à huit unités, c'est-à-dire à l'étendue embrassée par la gamme mineure du 2* type. (Voir page 60, le §. 13.)
Ainsi, c'est entre les limites trës-rapprochées de huit et de neuf quintes d'étendue que sont renfermés tous les accords mixtes possibles, et par conséquent aussi les accords mixtes de cinq sons que nous avons à étudier actuellement.
§. 165. Pour déterminer avec précision ces accords mixtes, il
suffit d'échelonner quatre tierces au-dessus de chacun des sons de la gamme mineure, en ayant soin de faire intervenir dans cette opération, les deux types du mode mineur. Parmi tous les accords que Ton obtient par ce procédé, les accords mixtes sont ceux dans lesquels il entre, soit l'intervalle de quinte majeure (vulgairement quinte augmentée), soit celui de neuvième augmentée (seconde augmentée accrue d'une octave); soit enfin le renversement de la seconde augmentée, c'est-à-dire l'intervalle de septième diminuée; car ce sont précisément ces intervalles qui sont mesurés par huit et neuf quintes, limites assignées à l'étendue des accords mixtes. Le tableau suivant fait connaître tous ces accords, du moins ceux qui appartiennent à la classe des accords de cinq sons.
TABLEAU
BBS AGGOBDS HIXTBS DE CINQ SORS.
Si
Ré
Fa
Sol«
Sol«
Sol«
Si
Ré.
Mi
Mi
Fa
En La mineur.
Mi
Solft
Si
Ut
Ré
Ut
Mi
Soi»
La
La
Si
La
Ut
Mi
Fa
Fa«
Soltt
Chiffrage analytique.
Type du mode
mineur auquel ils
l"et2^
l'^^etâ*
l"et2*
1er
appartiennent.
Ce tableau nous montre six accords mixtes différents) parmi lesquels trois sont communs à l'un et à Tautre type du mode mineur; deux appartiennent exclusivement au premier type; et un seul exclusivement au second type. Nous allons examiner ces divers accords dans Tordre même qu'indique le présent tableau.
Accord de neuvième et sepiiime majeures, avec tierce mineure et quinte juste.
§. 466. Le présent accord^ comme celui de neuvième dominante majeure, décrit §• 161, est formé au moyen de la superposition des deux principaux accords de trois sons, savoir de l'accord parfait mineur et de Taccord parfait majeur; mais il en diffère par l'ordre suivant lequel ces accords sont superposés. Ici, c'est l'accord parfait majeur qui est placé au-dessus de l'accord parfait mineur, et par conséquent c'est la fondamentale de ce dernier accord qui est aussi la fondamentale de toute l'agrégation; dans l'accord naturel de neuvième dominante majeure, au contraire, c'est la fondamentale de l'accord parfait majeur qui remplit cette fonction.
JLCCOED DE NEUVIÈME ET SEPTIÈME MAJEURES , AVEC TIERCE MINEURE FF QUINTE JUSTE.
Tierce. QoiDle, SepUème. NMrlàntb
iS« 3 trt .,.4. Mi ^-J »»l^ 3 St
Accord parfait mineur. Accord parfait majeur.
Il résulte de l'origine même de cet accord qu'il est formé comme l'accord naturel de neuvième dominante majeure , au moyen de cinq tierces mineures associées à cinq tierces majeures, selon notre mode habituel d'évaluation des diverses fonctions, à partir de la fondamentale; ou, ce qui revient au même, il en résulte qu'il est conjugué par la somme algébrique de ses termes avec le susdit accord naturel.
§. 167. Placé sur le premier degré en mode mineur, où il fait partie de l'harmonie naturelle, il est praticable en mode majeur sur les degrés 2, 4 et 6 au moyen de l'emploi des cordes chrbifiatiques. Voici un premier exemple de son emploi sur le i*' dsigrà du mode mineur ou sur le 2* degré du mode majeur*
LIVKE PREMIER.
Fig. 60.
la mineur... 5 .
Sol majeur...
i Sol^S
elc.
Dans la figure 60 notre accord se montre sous forme de double suspension inférieure ou ascendante, avec notes réelles, placées, suivant les règles, au-dessfms des notes suspensives, et arrivant par mouvement contraire, c'est-à-dire en sens inverse des notes suspendues.
§. 168. Dans l'exemple suivant, Taccord en question paraît sous forme de suspension double supérieure ou descendante, dans raccord de septième de troisième espèce transporté par l'altération chromatique descendante du sixième degré, au sein de la tonalité d'Ut majeur, d'où il résulte qu'elle est employée sur le V degré de ce mode, ainsi que l'indique notre chiffrage analytique.
( BARBBREAV. T^^ I. Fif m j
(1) Voir dans le Trmii de compotHion de A. Barbereaa , la Théorie de$ «lapetutoM otosndarUee ou inférieures, tome I*', chapitre XXXIT; et aussi le chapitre XXXV, consacré aax mubpentioru eomfOêéet.
Remaique. En chiffrant ^^ Tagrégation suspensive formant notre accord de neu-
Tième et septième majeure , avec tierce mineure et quinte juste , M. Barbereau in-* dique que ladite agrégation forme une suspension double dans l'accord de septième du second degré, nommément la suspension simultanée de la fondamentale et de la tierce dudit accord de septième.
§. 169. L'emploi des appogiatures doubles peut donner naissance à Viicœrd mixte de neuvième et septième majeures avec tierce mineure et quinte juste , nommément quand on pratique à la fois les appogiatures inférieures des fonctions de fondamentale et de tierce dans Taccord parfait mineur ^ pendant que ces mêmes fonctions sont soutenues dans d'autres parties harmoniques.
Fig. 62.
Allegretto.
Du reste , le peu d'importance du présent accord mixte peut nous dispenser d'en donner le tableau de structure , d'autant mieux que le lecteur peut lui-même dresser ce tableau, s'il le juge convenable, et que déjà cette structure est suffisamment accusée dans la figure du |. 166.
Accord mixte de neuvième et septième majeures, avec tierce et quinte majeures.
§.^170. Cet accord qui , comme le précédent, appartient aux deux types du mode mineur, où son siège se trouve sur le troisième degré de l'échelle diatonique ascendante, se forme au moyen de la superposition de V accord de tierce et quinte mineures (§. 39) à Vaccord de tierce et quinte majeures (§. 40), ce que rend sensible la figure suivante :
ACCORD HIXTE DE NEUVIÈME ET SEFnÈME MAJEUBES, ATEC TIEBCB ET QUITfTE MAJEURES.
FoDdamenUle. Tierce. Quinte. Sepiième. Nrarlème.
MJt—Zfi Mi qri— tN^Itt -3 »* -3 »<
Ace. de tierce et quinte maj. Ace. de tierce et quinte min,
§. 17i. D'après notre mode d'évaluation des diverses fonctions, à partir de la fondamentale, il est facile de s'assurer que le présent accord est formé par le concours de sept tierces majeures et de trois tierces mineures. Voici d'ailleurs le tableau de structure que nous donnons à cause de l'importance assez grande de la présente agrégation dans la musique moderne.
STRUCTURE DE L* ACCORD HIXTE DE IfEUVIÈHE ET SEPTIÈBIE MAJEURES AVEC TIERCE ET QUniTE MAJEURES.
ETalaatioD de la tierce majeure.
idem de la quinte majeure.
.£, ,^ IV«. Idem de la sepiième
*>o/j:} —3 »»^ majeure.
majeure.
Idem de la oeuvième
— 3 MW majcurt
§. 172. Cet accord s'emploie dans la musique moderne plutôt comme accord altéré sur les degrés 1 et 4 de l'échelle du mode majeur, que comme accord naturel sur le troisième degré de I échelle du mode mineur. En voici un premier exemple à cinq parties , que le lecteur traduira facilement en notation musicale, ou qu'il pourra même exécuter directement sur le piano.
UIŒ EONDE OU 2 BLANCHES PÂM MISDBB.
temps.
temps.