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OBSERVATION N° XVI

(J. GATE, René CHEVALLIER et P. CUILLERET) (31-32)

T.., François, âgée de 59 ans, est hospitalisé le 28 mars 1935 dans le service de dermato-syphiligraphie de l’Antiquaille (Docteur Gaté, fiche n° 7.727) pour un prurit anal remontant à plusieurs mois. Ce malade qui est cultivateur a toujours eu une excellente santé; marié et père de trois enfants bien portants; sa femme n’a jamais eu de fausses couches. En 1933 ictère fébrile banal. Il nie l’éthylisme et la spécificité. En décembre 1934 son médecin ayant institué un traitement ioduré pour « bourdonnements d’oreilles » le malade voit apparaitre une éruption éphémère généralisée, qui disparait spontanément en quelques jours pour laisser place à un prurit généralisé intense. Ce dernier se dissipe après suspension du traitement iodé, mais persiste très intense dans la région périnéale. Celui-ci résistant aux thérapeutiques locales usuelles, le malade est envoyé dans le service. On ne constate que l’existence d’un « prurigo leucodermique typique » de la région anale, s’accompagnant de lésions de grattage du périnée et du scrotum. On ne trouve pas d’autre

lésion cutanée ou muqueuse. Le prurit ano-périnéal est particulièrement intense, avec des crises paroxystiques violentes entraînant un grattage irrésistible.

Aucun signe d'insuffisance hépatique.

Urines : ni sucre, ni albumine.

Wassermann dans le sang : négatif.

Tension artérielle : 13/7.

Le malade qui jusqu'ici n’avait rien remarqué d’anormal du point de vue digestif, signale depuis trois mois (époque à laquelle remonte le début du prurit anoscrotal) quelques troubles digestifs discrets : digestions lentes, pénibles avec pesanteur épigastrique et ballonnement de suite après les repas surtout à midi. Ni crises douloureuses, ni vomissements. Constipation habituelle et actuellement langue saburrale.

Le chimisme gastrique (après dégustation d’épreuve) montre :

1° À jeun (20 cm de liquide gastrique) : acidité

totale de 0 gr. 60 0/00. CI H libre étant nul;

2% 1 "prélèvement de"15 "cm :"acide libre; 0"Ac/”tot:

0,45 0/00; 2° échantillon de 10 cm“: acide libre, 0.

Ac. tot. 0,36 0/00.

Weber dans les selles à plusieurs reprises : négatif. Un examen hématologique a donné :

Hémoglobine : 80 %;

Valeur globulaire : 1.02;

Globules rouges : 3.906.000;

Globules blancs : 9.301;

Polynucléaires : 68 %;

Eosinophiles : 5 %.

Mononucléaaires : 10 %;

Lymphocytes : 17 %.

Les examens radioscopiques et radiographiques gastro-duodénaux en série montrent un estomac petit, haut situé. Contractions très précoces et énergiques.

Le bulbe duodénal est légèrement dilaté et injecté de façon permanente. Le pylore largement ouvert livre immédiatement passage à la bouillie qui injecte en quelques minutes tout le grêle. Les parois sont souples. mobilisables et sans signe d'infiltration inflammatoire ou néoplasique de l’estomac. L’évacuation est complète au bout d’une heure.

A l’examen gastroscopique (Docteur René Chevallier) on découvre des signes typiques de gastrite atrophique diffuse, s’étendant à toute la surface de l’estomac. La muqueuse d’un blanc sale, parfaitement lisse est parcourue par endroits de fines arborisations vasculaires bleutées; les plis ont complètement disparu, sauf dans la partie haute de la face antérieure près du fornix où persistent quelques rares plis, sinueux, sans relief, isolés et vite effacés. Le pylore béant, animé de très faibles mouvements de contraction et de décontraction presque invisibles. paraît taillé à l’emporte pièce, sans aucun pli radié, au fond d’un antre dont la muqueuse décolorée est uniformément aplanie. Sur toute la surface gastrique, la muqueuse est mate, avec de place en place, de petits îlots laiteux de mucus concrété. Les parois durant tout l’examen, sont le siège de vastes ondulations qui se succèdent presque sans interruption et masquent même parfois l’image pylorique. Aucune lésion ulcéreuse, inflammatoire, hémorragique, ni néoplasique. Il n’y a pas d’intolérance à l’air. Tout se résume en une gastrite atrophique diffuse généralisée avec hyperkinésie gastrique.

En présence de ces résultats, notre malade est soumis au traitement ferrugineux (protoxalate de fer à hautes doses, 3 gr. par jour per os). Tolérance parfaite. Les phénomènes prurigineux cessent rapidement. Le malade quitte le service en juin 1935, complètement

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soulagé. Depuis, il nous a donné de ses nouvelles et récemment son prüurit n'avait pas réapparu et il n’éprouvait plus aucun trouble digestif.

2° Les atrophies gastriques chez les urticariens seraient très fréquentes d’après Paul Chevallier et F. Moutier qui les ont bien étudiées. Elles pourraient être parfois précédées de gastrite mamelonnée ; mais elles rentrent dans le groupe des gastropathies muettes ou presque muettes. Les troubles dont elles peuvent s’accompagner ne sont ni constants, ni caractéristiques. Pour René Chevallier également ce sont des lésions silencieuses qui ne s’observent jamais dans les gastropathies douloureuses, pseudoorganiques des urticariens.

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