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CHAPITRE DEUXIEME

CONSIDERATIONS PATHOGENIQUES

Sur le plan de la pathologie générale, les faits que nous avons rapportés posent, comme nous le disions au début, sous un jour absolument nouveau la question des rapports entre l’estomac et les dermatoses. Il y a certes là un problème de trop vaste envergure pour que nous puissions l’aborder ici de façon complète et notre intention est seulement d'apporter les quelques commentaires que doivent tout naturellement susciter les récentes constatations faites au gastroscope. Celles-ci sont encore trop parcellaires pour qu’elles puissent servir de base à une conception d’ensemble ; elles permettent néanmoins de poser quelques jalons.

A. — Dans un premier groupe de faits, nous voyons la peau et l’estomac intéressés par un processus analogue. C’est le cas pour le lichen plan, les aphtes et la gastrite aphtoïque, l’hydroa, le mycosis fongoïde, pour les lésions papuleuses ou oœdémateuses de l’urticaire, et pour les macules du purpura. Il n’est pas douteux que, dans tous ces cas, les lésions gastriques et cutanées représentent des localisations différentes d’un même processus encore énigmatique pour certaines dermatoses, mais bien connu et de

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nature allergique dans lurticaire. « L’urticaire, dit Paul Chevallier, a la disgrâce d’être considérée comme une maladie de peau. Elle est une maladie générale qui possède des manifestations cutanées fréquentes, ce qui ne veut pas dire constantes ».

De nombreux faits témoignent au surplus de lorigine allergique commune des accidents gastriques et cutanés. Parmi les plus importants nous rappellerons l'épreuve de « l’œdème fugace gastrique provoqué » de René Chevallier, véritable démonstration expérimentale chez l’homme, et l’action thérapeutique de lantigène ultrafiltrable de H. Thiers et René Chevallier retiré du repas déclenchant. L'épreuve de lœdème fugace gastrique provoqué montre qu’un antigène alimentaire déterminé peut déclencher simultanément des douleurs gastriques, un œdème fugace de l'estomac et des accidents allergiques tels que lurticaire et l’æœdème de Quincke. Inversement le traitement par l’antigène ultra-filtrable peut faire disparaître simultanément les douleurs, l’œdème gastrique et les lésions cutanées (urticaire, œdème de Quincke, eczéma, dermatose ichtyosiforme).

En ce qui concerne le lichen plan les mêmes hypothèses s’offrent à l’esprit en lisant nos observations. Dans 2 cas, en effet, c’est sur le terrain de l’allergie qu’évolue le lichen cutané buccal et gastrique. Et René Chevallier a constaté, chez ces malades, que les douleurs d’estomac pouvaient être aussi bien en relation avec le lichen gastrique qu’avec l’œdème fugace associé. De nouvelles recherches seraient nécessaires pour établir s’il existe une parenté d’origine entre ces deux éléments.

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B. — Dans un deuxième -ordre de faits, le gastroscope ne nous montre plus des lésions spécifiques en quelque sorte, mais nous révèle simplement la coexistence fréquente de certaines manifestations cutanées ou générales avec des altérations parfaitement caractérisées de la muqueuse gastrique. Nous en arrivons ici à la conception d’un syndrome cutanéo-gastrique, si l’on peut dire, dont l'interprétation peut prêter à discussion.

1° En ce qui concerne l’eczéma, nous avons signalé l'existence de ces gastrites polymorphes. A leur propos, deux thèses peuvent s'affronter :

a) OU BIEN LA DERMATOSE DÉPEND DE LA GASTRITE ;

b) OU BIEN DERMATOSE ET GASTRITE DÉPENDENT D'UNE CAUSE COMMUNE HUMORALE OU AUTRE.

La première de ces deux thèses est la plus classique. Elle repose sur une tradition médicale au demeurant assez vague, mais qui, à défaut d'arguments péremptoires, se réclame d’une ancienneté certes respectable. L’estomac normal est un bon stérilisateur : son pouvoir bactéricide est dû à l'acide chlorhydrique et aux rhodanides (Lockemann et Urich). Quel rôle peut jouer dans la pathogénie des dermatoses, accompagnées d’ana ou d'hypochlorhydrie, la flore gastrique (streptocoque en particulier) et duodénale extrêmement riche (Ricen, Sears et Downing).

Paul Chevallier ne dissimule pas sa préférence pour une deuxième explication. Selon lui, certaines gastrites chroniques, atrophiques ou mamelonnées, pourraient, chez d’anciens eczémateux, jouer un rôle

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favorisant dans le déclenchement de poussées inflammatoires. Mais, pour cet auteur, les gastrites des eczémateux seraient dans la majorité des cas une manifestation équivalente à la manifestation cutanée. L'aspect objectif de la muqueuse gastrique, l’évolution parallèle fréquemment observée de ces deux ordres de lésions, leur guérison fréquemment simultanée lui imposent cette manière de voir. Avec Moutier, comme nous l’avons indiqué au chapitre premier, il lui a été donné une fois d’observer une muqueuse fundique semée de vésicules ; fait qui les a amenés à admettre l’existence d’un eczéma vésiculeux gastrique. Dans l’observation XVII la gastroscopie montrait une similitude frappante des lésions cutanées et gastriques. Dans la suivante (XVIII), nous avons vu débuter l’eczéma avec les troubles digestifs et trente injections d’ultrafiltrat amenèrent la disparition simultanée des lésions cutanées et vulvaires, et des troubles gastriques. Dès lors il nous eût été possible peut-être de ranger l’eczéma aux côtés du lichen plan ou de lurticaire gastrique et d'admettre l’identité absolue de ces localisations différentes d’une même maladie. Il n’y a là qu’une question de mots et, si nous répugnons quelque peu à parler d’eczéma gastrique, nous sommes au contraire disposés à admettre que ces gastrites des eczémateux sont des manifestations équivalentes à celles du tégument. Nous admettons comme probable que ces gastrites puissent exister à l’état pur en dehors de toute manifestation tégumentaire et nous en arriverions ainsi à contester à l’eczéma, comme à l’ur-

ticaire, son titre exclusif jusqu'ici de maladie de la peau. Le Docteur René Chevallier, avec son maître, le Professeur Paviot, a soutenu la réalité de ces gastropathies allergiques (37), relevant chez des sujets sensibilisés à tel ou tel antigène alimentaire d’un processus biologique que nous savons précisément être celui de l’urticaire et de l’eczéma. Signalons toutefois que tout en nous déclarant entièrement d’accord avec M. Paul Chevallier sur son interprétation même des manifestations qu’il a observées, nous croyons qu’il serait préférable, pour bien opposer ces faits aux gastrites infectieuses ou autres, de leur réserver le nom de gastropathies allergiques ou gastries. Faisons remarquer aussi que si, dans cette manière de voir, l’estomac n’est plus, comme dans la conception ancienne, rendu responsable des poussées cutanées mais seulement victime aux côtés du tégument d’une même perturbation humorale, le rôle des facteurs alimentaires à l’origine de ces différents troubles, reste absolument entier et que, par conséquent, pour révolutionnaire qu’elle soit, cette nouvelle théorie reste à certains égards des plus orthodoxes.

2° Dans l’urticaire, nous retrouvons le même problème. Certes, il semble résolu comme nous l’avons dit déjà à propos des manifestations papuleuses ou œdémateuses qui autorisent l’individualisation d’une urticaire gastrique. Maïs où les choses se compliquent, c’est lorsqu'il s’agit d’expliquer par autre chose que le hasard, difficilement admissible, la coexistence si fréquente d’une gastrite atrophique

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