‹ Et l'amour ensuit; roman de moeursChapitre 7 sur 9 · ET l'aMOUH L.Nr^Liir · texte numérisé non relu

ET l'aMOUH L.Nr^Liir

parfois qu'elle ne concernât Jeanne : alors, comme au malin, un mal dont il ignorait la nature tordait sa poitrine.

Son geste finit par attirer l'atlenlion de Jeanne. Kile tendait l'oreille, et selon les jeux du vent, selon la dislance, elle entendait une palpitalion métallique :

— C'est lui ! pensa-t-elie

Une émotion agréable précipitait sa respiration.

— Voulez-vous que nous dînions au Cadran Bleu ? demanda Jeanne après un silence.

Hélène aime trop l'imprévu pour ne pas accepter avec la petite excitation qui anime tous ses actes. Une joie immense dilate le jeune Maurice : Vheure des merveilles va se prolonger à travers le crépuscule et dans la nuit féerique. L'automobile vire, longe Sèvres et s'arrête au bord du fleuve, près d'une longue terrasse où lombre est tiède, où des hommes en veste rouge jouent une mélodie de langueur, de voyage et de volupté. Jeanne savoure cette puissance encore si neuve de s'arrêter où elle veut, au gré des nonchalances et des désirs, et de trouver partout les énergies et les douceurs humaines qui s'empressent à la servir . Elle choisit un îlot de solitude, où elle est séparée des autres dîneurs ; avec une gourmandise délicate, elle consulte le menu, et propose des truites de

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rivière, dont elle est friande, des carrés d'agneau, de la poularde aux morilles, du pàlé de canard, des asperges, des fraises.

Quand on sert le potage, elle est grave et presque perplexe, elle craint un désappointement ; puis un petit sourire plisse la commissure des lèvres : il est venu...

Elle le regarde approcher, comme le pipeur regarde voleter la grive. Il s'avance d'un air insouciant, sans tourner le visage vers Jeanne, et s'assoit à une table voisine, pas trop cependant, et semble s'absorber dans le choix du menu. Eu Jeanne, tout se transpose, s'élève d'un ton ; la truite est plus fine, plus fondante et plus savoureuse. Un jour charmant meurt dans les grands nuages. Comme les tziganes, ils chantent la fable de la vie et de la mort, le poème du soleil et de la terre qui étincelle dans une fleur, palpite dans les poitrines et rui:^selle dans l'occident d'hyacinthe, de soufre et de turquoise.

Pendant une demi -heure, Roger et Jeanne semblent si parfaitement étrangers l'un à l'autre que l'intuitif Maurice ne s'aperçoit plus môme du voisinage de l'intrus. Tous deux ont l'adresse innée des créatures de guerre, la ruse jolie et preste, "art de voir sans livrer le regard. Leur force serait égale s'il avait la patience et s'il n'était pas le plus passionné. Mais sa patience s'épuise bouchée à

bouchée. Quand l'étoile Vesper paraît dans le perlais d une nuée perle et sardoine, il est à bout ; à peine s'il peut feindre encore de mnnger; ses yeux commencent à se fixer hypnotiquement sur la jeune femme. li les détourne, il tente de considérer le fleuve, le parc de Saint-Gloud, dont la chair verte tremblote à la brise, la petite ville étagée sur la côte, A son insu, ils reviennent vers Jeanne, ils dardent une flamme mélancolique...

Elle s'amuse ardemment, gravement, car son âme a peu d'ironie : en somme, elle est émue. Cette grande féerie qui raccompagnait à travers les futaies est plus pathétique ; dans sa jeune chair passe le vœu charmant par quoi la beauté se révèle aux plus tristes bêtes des cavernes. Pour sa fraîche inexpérience, tout est péripétie. Ghaqiio geste de cet homme lui donne un frisson d'inconnu. Elle lui est reconnaissante de souffrir par elle, et • ette souffrance nécessaire la réjouit et l'apitoie. Ces sensations aiguës se mêlent au parfum du pâté etduGhâteau-Margaux ; l'haleine du parc est pleine de baumes qui semblent des confidences... Chaque fois que les yeux de Roger reviennent vers Jeanne, c'est une menue victoire — très douce et comme veloutée.

Soudain, elle s'aperçoit que le drame est venu, qui complique son bonheur, qui le rend étrange ment « strident », comme ces notes fougueuses

qui traversent le chant des hommes aux vestes rouges. Le jeune Maurice sait maintenant que le dîneur solitaire est là pour Jeanne. Son imaginalion a relié la poursuite de l'automobile à la scène présente. Tout s'effondre. La magnifique béatitude devient l'épouvante, la colère et l'écrasement... L'enfant, tragiquement pâle, a laissé choir sa fourchette ; ses yeux dilatés vont sans relâche de Jeanne à l'inconnu. Elle devine, elle sent l'affreux chagrin du jeune cœur, et, pleine de compassion, elle s'exalte davantage, ses fibres se tendent dans un crescendo de vertige et de griserie.

Tout de même, il faut le rassurer. Elle lui sourit, elle l'enveloppe des clartés mystérieuses de ses prunelles, plus mystérieuses dans le soir tombant. D'ailleurs Maurice a fait une remarque capitale : pas une fois Jeanne n'a tourné son visage vers l'autre ; on croirait qu'elle ne l'a pas mémo aperçu. .\lors, à petits coups, il s'apaise. Cet ouragan qui précipitait le sang dans les artères ne souffle plus que par rafales. Le cœur ralentit son battement de veilleur éternel. Parce qu'il a tant souffert, l'enfant sent plus violemment l'allégresse de l'heure. Il respire Jeanne comme elle respire l'haleine du parc; un saisissement de splendeur fait trembler ses membres.

Opendant, un souvenir se prt'cisait dans la mémoire de Commènes. Pondant la plus grande

partie du dîner, il avait mal vu Hélène, et seulement de profil. Au dessert, elle s'était déplacée vers la droile : il la voyait maintenant de trois quarts et parfois de face. Aux rais des lampes électriques, il fut sûr de la reconnaître, et une espérance l'envahit. Par un retour de sa nature aux réactions violentes, cette tristesse morne qui lui courbait les épaules fut balayée comme une dune par le raz de marée.

Il se leva, il marcha jusqu à la table de Jeanne, et, s'inclinant très bas devanl Mme Gombreuil :

— Pardonnez-moi, dit-il. Vous ne me reconnaissez certainement pas ! J'avais quinze ans quand vous avez séjourné à Biarritz... dans le mêm.e hôtel que ma mère et moi. Il y a eu un commencement d'intimité entre vous et elle.

Hélène levait vers lui son visage crédule ; il reprit :

— Roger Gommènes... Ce nom ne vous rappelle rien?

— Oh! si, s'exclama-t-elle, tandis qu'un flot de souvenirs montait en sarabande. J'ai gardé le plus charmant souvenir de Mme Gommènes... Mais vous, vous avez bien changé I

— Je le crains, murmura t-il.

Jeanne avait répondu froidement au salut que lui avait fait Gommènes. La scène l'amusait subtilement. Elle voyait une fois de plus la force du

hasard dans les aventures humaines. Un rien, et le fossé qui la séparait de Gomraènes serait comblé. Ils n'auraient plus qu'à suivre les règles d'un jeu simple, où les complications ne viendraient que d'eux-mêmes. Et elle estimait davantage le jeune homme pour avoir saisi 1 occasion avec prestesse et décision.

— Ma mère sera ravie de vous revoir, continuait Roger. Nous permettez- vous de vous faire visite?

Jeanne attendit la réponse avec un petit frisson. Hélène donna innocemment son adresse, et Commènes, après un regard furtif à Mme Latourne, so retira.

— Ce jeune homme est sympathique I fit Mme Gombreuil.

— Croyez-vous ? répondit Jeanne.

Les deux femmes se regardèrent, embarrassées. Malgré son inclairvoyance, Hélène ne fit aucune allusion devant Maurice. Non qu'elle eût remarqué lémotion de Tenfant, ni le pàlissement de sou visage quand Commènes s'était présenté, mais elle se conforma à l'attitude de Jeanne, (ju'elle attribua à une extrême décence.

Le retour fut charmant. Un grand ciel d'étoilt .s s'étendait sur la banlieue; des lueurs roses s élevaient parmi les arbres et les jardins ; rinquiétiidc de Maurice s'était évanouie; sou àme Intuitive

n'avait eu qu'un pressentiment de la vérité : elle ignorait encore ces retours par quoi, plus tard, elles gâterait ses joies les plus sûres. La jupe de Jeanne touchait ses genoux ; le visage blanc tantôt s'imprécisait dans Tombre, tantôt brillait dans la lueur d'un réverbère ; c'était le bonheur sans bornes de la présence, ce bonheur si parfait qu'il fait oublier les plus rudes jalousies.

Jeanne rêvait au lendemain. Maintenant que Roger avait prise sur Hélène, les événements allaient s'accroître en nombre et en importance. Elle essayait de les prévoir ; une curiosité allègre alternait avec des langueurs.

A rhô tel, quand Maurice fut couché, les deux femmes demeurèrent en tête à tête.

— Je n'ai rien voulu vous dire à cause de Maurice, fit Jeanne. Il faut respecter la pureté des enfants!

— Gomme votreâme est jolie ! Quels beaux acceu! s elle rendra quand elle connaîtra la Vérité I murmura Hélène.

Puis, comme si elle faisait une découverte surprenante :

— Il vous avait suivie I...

— C'est possible.

— C'est certain. Je crois vraiment qu'il vous aime et je lui trouve une physionomie loyale. Comment ne m'étais-je pas sçuvenue de sou nom?,..

Il est vrai qu'il y a plus de dix ans que j'ai rencontre les Commènes à Biarritz. C'est une famille de grands bourgeois, ma chérie... la mère est uue créature fascinante. Je les recevrai... à moins que vous ne le désiriez pas^ Qu'en pensez-vous?

— Rien ne s'oppose à ce qu on laisse agir les événements!

Un silence. Mme Gombreuil avait emporté deux lettres qu'elle ne décachetait pas. Jeanne voyait par intervalles l'écriture d'une de ces enveloppes; une écriture haute, aux lettres détachées... Une certitude grandissait en elle. L'avenir se profila plus complexe et plus passionnant encore.

Mme Cîotiîde Goramènes était une femme iongue ôt flexible, dangereuse et pleine de charme. Elle avait tiré de la vie des jouissances minutieuses, qu'accroissait un jeu de cache-cache perpétuel, car elle se conformait aux règles de sa caste, et sa réputation demeura assez incertaine pour que, après les orages, elle devînt excellente.

A mesure que cette dame s'éloignait du temps où l'oiseau humain chante ses amours, elle s'incarnait davantage dans la vie de son fils. Elle l'aidait d'une expérience multiple, diligente et secrète. Lorsque Roger l'engagea à renouer avec Mme Gombreuildes relations qu'elle avait oubliées, elle manœuvra de façon à se faire rapidement présenter à ieanne et convint que la petite « en valait la peine ». Si experte et retorse fût-elle, elle évalua mal le caractère de la jeune femme,trompée par le regard, qu'elle jugea plus tendre que volon-

taire, et par les lignes délicates d'un visage qui dissimulait l'énergie.

Inquiète de voir maigrir le jeune homme, et le sachant capable de terribles désespoirs, elle résolut de tout faire pour amener un dénouement conforme à ses vœux. Il lui parut improbable qu'une aussi jeune personne résistât à Roger, et si cette opinion tirait en partie sa source de l'illusion maternelle, elle s'appuyait aussi sur des événements. Pour quel motif, d'ailleurs, Jeanne ne céderait-elle point? Le veuvage semblait à Clolilde une situalion privilégiée pour faire sans inconvénients véritables ce qu'elle avait constamment fait en bravant le danger. Dans tout cela, elle ne voyait que do la joie pour Jeanne aussi bien que pour Roger.

Active par tempérament, dès qu'elle eut accepté son rôle, elle mena vivementla campagne. Quelques échanges de visites créèrent une atmosphère favorable. Hélène, dirigée à son insu, servait parfaitement les desseins des deux femmes. Il arriva ainsi que Jeanne rencontra plusieurs fois Roger, dans les circonstances les plus naturelles. Ces rencontres parurent insignifiantes : elles eurent pourtant unt* influence profonde. La pajision de Roger prit tout son développement et la jeune femme sentit augmenter ce trouble auquel elle s'abandonnait avec une joyeuse complaisance. (l'était un trouble sans tendresse, qui semblait presque exclure Tintimilé.

Jeanne sontait qu'aucune douceur réelle ne pourrait jamais naître entre eux. Le bonheur pressenti apparaissait éphémère : c'était le bonheur vagabond, qu'apportent le vent, les arômes, l'eau courante, les aspects flottants et changeants du monde. Ce joli battement de cœur qui la faisait un peu pâlir à l'approche du jeune homme suggérait l'amoii r tel qu'il nous a été transmis — accru des raffinements de la fable — par les créatures nomades qui se poursuivent sur la savane, dans la forêt ou le marécage, et non l'amour stabilisé sous la tente ni dans la cabane . . .

Elle avait bien plus de tendresse pour Hélène ou pour ce petit Maurice dans les yeux de qui cl!e lisait l'abandon, la défaite, le don d'une âme ; ou encore pour ce Fortaine, qu'elle revoyait si blême sous le catalpa aux larges feuilles, dans l'odeur frémissante des corolles.

En un sens, le manque de tendresse rendait le plaisir plus ardent et l'attente plus voluptueuse. 11 permettait à Jeanne de développer librement cet instinct combatif dont l'exercice lui était aussi agréable que l'exercice de ses griffes à un jeune fauve. G était le même instinct qui avait conduit son frère Jacques jusqu'au crime mais que, d'emblée, elle avait orienté vers les actes méthodiques. Avec les Gommènes, elle pouvait se proposer de vaincre sans ménagements, assurée que le i'ils et

la mère étaient d'accord par la faire succomber hors du mariage... Avec des intervalles d'anxiété, presque d'angoisse, qui avivaient merveilleusement ses impressions, elle songeait à les amener Tun et l'autre à une capitulation complète, tout en réservant sa propre décision. Elle voulait surtout voir céder cette grande et souple femme, si riche d'expérience, si pleine de détours, si subtile et si adroite 1

Jeanne avait l'avantage du silence. Elle écoulait et savait écouter, ayant été attentive dès son enfance. Mme Gommènes usait admirablement de la parole, mais cela ne portait pas sur la petite, qui discernait les intentions de l'adversaire rien qu'à confronter les discours et à relever les contradictions. Au rebours, Glotilde se heurlait à un silence trop naturel pour éveiller le soupçon.

Cependant, l'aventure n'allait pas sans risques. Jeanne sentit les menaces s'accumuler autour d'elle ; elle devinait que les circonstances comportaient des équivoques dangereuses ; et enfin elle avait l'impression qu'ello-méme renfermait maintenant des éléments de défaite.

Un matin, Mme Gommènes emmena les deuxamies à Compiègne. C'était une excursion con certée depuis plusieurs jours. Mme Gombreuil avait manifesté le désir de villégiaturer quelques semaines aux environs de la forêt, dont elle gar-

dait un souvenir charmant. Le projet souriait d'autant plus à Roger et à sa mère qu'ils possédaient dans le pays une terre où, chaque année, ils séjournaient au début de l'été.

Le voyage, dans la spacieuse voiture, puissante comme une locomotive et souple comme une bicyclette,fut une évocation de grand luxe qui surexcita l'esprit conquérant de Jeanne. Dans la forêt de vieille France, aux longues perspectives, oii les lapins bondissaient sur les routes et parmi les fougères,la jeune veuve subissait, condensées et multipliées^ toutes l3S agitations qui, depuis un mois, enchantaient son existence. Celui qui la poursuivait naguère dans le bois de Meudon était maintenant assis auprès d'elle et mêlait subtilement son amour à celui du petit Maurice. Ainsi l'essentiel de la passion enveloppait Mme Latourne, et qu'elle complétait par le souvenir de For taine. Tout s'exaspéra quand on s'arrêta sur la terrasse du château Commènes et que le déjeuner fut servi par les maîtres d'hôtel de la Cloche. Une pelouse interminable, deux miroirs d'eau où voguaient des cygnes, un vaste parc et des bois de haute futaie s'étendaient devant les convives et proposaient à Jeanne un but magnifique. Pour la première fois, elle s'abandonna aune griserie sans contrôle, elle laissa s'épanouir l'allégresse indisciplinée, les rêves insondable»... Sournoisement, Mme Commènes l'envft-

loppait de paroles et lui faisait servir des mets généreux et du vouvray finement mousseux, qui est peut-ôlre le vin le plus étourdissant du monde. Pour mieux savourer cette heure incomparab! Jeanne s'ingéniait à endormir la jalousie de Maurice, par des sourires, des càlineries, des regards qui magnétisaient l'enfant et qui, peu à peu, le plongeaient dans une hypnose.

Après le déjeuner, Clotilde emmena ses hôtes visiter le château. Elle surexcitait Hélène par des anecdotes locales sur Jeanne d'Arc, qui faisfident pousser à l'occulliste des cris d'enthousiasme. Roger marchait à côté do Mme Latourne, presque ia< turne, avec une face de somnambule, les prunelles si dilatées que Tiris ne formait plus qu'une bague lumineuse. Elle, dans le verlige léger du vouvray, ne s'aperçut pas que Clotilde, Hélène et Maurice venaient de disparaître. Quand elle s' avisa, elle se trouvait dans un lieu singulier, u sorte de creux où, pèle- môle, poussaient (i herbes fauves et des arbustes tors. Une tour él vait auprès d'eux sa muraille ronde, et, par une, éclaircie, on discernait un élang où de lan carpes sillaient parmi les nénuphars. Tout le .^ avait quelque chose de vétusté et de redoutai Jeanne tourna la tète et tendit l'oreille : rien ne dé» lait le vohinage des autres. Elle comprit que 1 jeune homme l'avait sciemment conduite là, pc '

... ET l'amour ensuite 221

se ménager un tête-à-tête et la possibilité d'une urprise. Une petite peur la saisit, que dissipa tout le suite le tourbillonnement du vouvray et à quoi succéda un trouble sensuel. Ce désir imprécis qu'elle avait ressenti aux Bruyères revint avec plus de violence et souleva sa gorge. Il vit cette palpitation dont nul plus que lui ne subissait la séduction, il murmura d'une voix tremblotante :

— Jeanne !

Elle leva la tête ; ses yeux se voilèrent.

— Gomme je vous aime ! Gomme je vous aime î reprit- il avec ferveur.

Un silence impressionnant, silence de la pierre, silence du végétal et de l'eau, affaiblit la volonté de Jeanne. Elle comprend — et ne doit jamais l'oublier — que nous portons en nous des énergies explosives qui peuvent^ en un éclair, nous rendre traîtres à notre personne et à notre destin Elle se perçoit une ennemie sauvage d'elle-même, et quand le bras de Roger s'enroule autour de sa taille, quand la bouche rouge s'abaisse, elle sent le baiser venir à elle, comme une chose vivante... Pendant un temps imperceptible, elle songe que ce baiser, après tout, la laisserait libre ; mais la réaction est plus rapide encore que la pensée, et détournant la tête, elle élève les deux bras devant son visage. Roger balbutie, farouche, éperdu, suppliant et menaçant :

— Mft vie pour ce baiser 1

L'étreinte se resserre. Jeanne ploie ; une onde voluptueuse court au long des vertèbres ; toute sa chair est ardente, paresseuse et Idcho.

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