CHAPITRE II
ce jour-là et les jours suivants, nous trouvons le même accueil et la même générosité. A Resteiçne, à Bertrix, à Rochefort, à Beaurainç, à Ave, etc. . . , dans les grandes villes comme dans les petits bourgs, la foule nous acclame et nous nourrit. Des Belges m*ont tendu jusqu'à des boîtes de cinquante cigares.
Après des journées éreintantes, de douze ou de quatorze heures de cheval, je remarque que les hommes épuisés de fatigue, souffrant de la chaleur, de la faim, de la soif et de courbatures intolélérables, se redressent sur leurs selles instinctivement à l'approche d'un village, comme frappés d'un coup de fouet, mus par l'orgueil inconscient de passer la tète haute, et je constate, d'après mon expérience personnelle, que la fatigue s'évanouit d'être ainsi acclamés.
Un des chag^rins les plus cuisants de la (}ueiTe a été pour nous de repasser la Belfjique dans le sens inverse, quand nous lisions sur les visages Tétonnement muet de ceux qui nous avaient crus invincibles, et dont les cœurs g^énéreux, compatissant encore à notre mortelle fatifjue, oubliant leurs propres sujets d'inquiétude, se multipliaient pour nous soulajjer.
Je me souviens d'une paysanne qui nous distribuait tous ses vivres, tout ce (|ui restait dans sa pauvre maison. L'ennemi sur nos talons avançait d*un flot menaçant, et, comme je m*étonnais qu'elle se dépouillât ainsi, elle brandit son poing; vers l'horizon dans un peste de fureur, et me dit : u Ah ! monsieur, j'aime mieux que ce soit vous qui man^^iez mes provisions (|ue de leur en laisser une miette, saves^ vous! »