‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 22 sur 100 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

C*est alors que commence un des épisodes qui m'a été le plus douloureux de toute la guerre. La forêt silencieuse est luçubre. Un « taube » obstinément nous survole comme un çi'and oiseau noir, tout près du sol. On dirait presque que son ombre nous effleure, et rien n'est plus harcelant et plus démoralisant que la présence de cet ennemi qui nous suit, et qui s'obstine après nous. Au croisement de deux routes, comme nous débouchons dans une grande clairière pâle, il laisse tomber trois longues fusées colorées, signalant notre présence à son armée qui est sans doute tout près, et dont nous ignorons la position, puis d'un vol brusque il disparaît et la nuit tombe d'un noir d'encre autour de nous.

Les voix des officiers me semblent très graves. De continuels à-coups dans la

colonne, des retours en arrière me font comprendre que nous tâtonnons, sans savoir quel est le chemin à prendre. Nous descendons, par deux, un étroit sentier terriblement en pente, précédés par les mitrailleuses qui ont juste la place de passer ; le sol mou enfonce comme un marécage, puis il y a un aiTét brusque et j'aperçois, tout près de moi, le visage dévoré d*inquiétude du commandant qui s'adresse au capitaine de T... et qui lui dit, la voix étranglée : « Les mitrailleuses sont fichues. » Le reste de la phrase se perd, j'entends encore les mots : embourbés, enlisés, impossible d'en sortir. . .

Le demi-tour individuel est commandé et nous remontons en forêt. Tous les hommes sont consternés de sentir que les mitrailleuses sont perdues, abandonnées dans les marais, et la figure de D..., le

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