‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 23 sur 100 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

sous-ofFicier mitrailleur dont la bouche se tord, est navrante.

Avec le découragement, tous commencent à ressentir de nouveau la faim qui les pince douloureusement, la soif qui leur brûle le gosier, et la fatigue qui terrasse leurs membres épuisés. Ah ! que j'envie les chevaux qui broutent les feuilles et les herbes. Il y a deux jours que les bidons sont vides et nous avons déjà fini nos vivres de réserve, ce qui contribue à assombrir les visages.

A la sortie de la forêt, vers minuit, le village de Bonneuil-en-Valois se profile vaguement dans la nuit. Les chevaux, affamés et fourbus, trébuchent à chaque pas, presque tous les hommes dorment sur leurs sacoches et nous commettons la faute irréparable de mettre pied à terre et de nous endormir lourdement sur le sol en

plein champ, au lieu de gag^ner à la faveur de la nuit, par une marche forcée, quelque division voisine. Seul un petit poste, composé d'un brigadier et de quatre hommes, veille le bivouac. Nous avons chacun la rêne de notre cheval passée dans notre bras et nous dormons tous, officiers et soldats, comme des brutes, harassés, sans nous douter que nos sentinelles montent la garde à 300 mètres à peine des sentinelles allemandes, que nous cache un repli de terrain, et qui gardent un régiment d'infanterie prussienne tombé là, comme nous, à une portée de fusil.

Au petit jour, le hennissement d'un cheval, quelque cliquetis d'armes, a probablement révélé noti'e présence, et l'alerte est donnée dans le camp ennemi, séparé de nous par un seul champ de haute luzerne. Les dragons continuent à dormir

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