‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 24 sur 100 · CHAPITRE III «S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III «S

et les tirailleurs allemands s'avancent, absolument invisibles, en rampant.

Une brutale fusillade nous réveille, l'infanterie allemande est sur nous.

Quand je pense à ces moments, jamais je ne comprends l'admirable présence d'esprit qui nous a sauvés en évitant toute panique. Les chevaux sont dessanf^^lés, beaucoup de paquetages ont tourné, des brides sont défaites ; n'importe, il faut sauter à cheval. Je garde le souvenir affolé de ma sangle lâche, de ma selle qui tourne, la couverture est remontée sur l'encolure du cheval ; n'importe, « en avant ! en avant ! » une seconde peut nous perdre; une grêle de balles s'abat sur nous. A côté de moi. A..., un tout jeune sous-officier, est frappé dans le ventre. C'est le premier du régiment que je vois tomber. Mon Dieu, quel horrible soubre-

saut il fait, traîné par son cheval fou de peur, et il crie : « R..., R..., ne m'abandonne pas. » Puis, dans une dernière convulsion, son pied se détache de l'étrier et il meurt secoué par un spasme suprême.

Près de moi, l'ordonnance du capitaine jette un çrand cri ; des chevaux blessés à mort galopent éperdûment quelques mètres et tombent tout à coup foudroyés.

J'aper(;ois un homme comme pris de folie, qui précipite son cheval blessé au fond d'un ravin et qui s'y jette après lui. « En avant ! en avant ! » Je suis les autres qui s'élancent vers le village. Mon cheval piétine un Allemand dont la çorge, ti-anchée d'un coup de lance, déveree un tel flot de sang que la terre sous moi est une mare rouge et fumante, u En avant ! . . . en avant!... »

Nous ne les verrons donc pas, ces en ne-

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