CHAPITRE III
mis qui nous tuent sans qu*on les voie, si embusqués parmi les herbes, qu'ils se confondent avec le sol? Si... Et tout à coup la stupeur arrête net Télan des escadrons. Devant nous, à quelques mètres, si près qu'il semble que nous pourrions le toucher avec nos lances, un aéroplane s'envole, comme un perdreau surpris au gîte. Un cri de rage monte de toutes nos poitrines. Nous tentons de charger dessus les lances hautes, mais il nous nargue, et les chevaux qui se cabrent sont sur la place dix secondes trop tard. L'ennemi semble envolé, lui aussi. Seuls, deux ou trois cadavres gris tachent le sol, et nous gagnons le village au trot, la tête basse, humiliés d'avoir été joués comme des enfants.
Après avoir passé les premières fermes isolées le long de la route, une section
ennemie s'élance au-devant de nous, se découvrant tout entière cette fois, pendant qu'une liçne de tirailleurs couchés nous déchargent à droite une volée de balles presque à bout portant. Il faut revenir sur nos pas si nous ne voulons pas y rester jusqu'au dernier, et au galop, d'autant plus qu'une mitrailleuse crible de petits points noirs les murs d'une ferme devant laquelle nous passons comme une trombe, tirant heureusement trop haut son feu meurtrier. J'aperc^ois encore un Allemand isolé, pris entre le feu de son rég^iment et le galop de nos chevaux, et en tournant la tête je ris de joie, en voyant un camarade l'enfiler de sa lance, en passant.
Les Allemands sont autour de nous, et notre seule ligne de retraite est la fbrét, dans laquelle nous nous engouffrons tous