‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 26 sur 100 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

d*un même élan, sans qu'aucun ordre n*ait été lancé. La forêt, au moins, c*est le salut immédiat, c'est Tasile qui nous protégera contre une armée entière, jusqu'à ce que nous mourrions de faim. Longtemps nous marchons en silence, coupant à travers bois, évitant les routes battues comme pour atteindre le cœur même de la forêt, quelque endroit impénétrable où nul ne saura nous découvrir, où nous pourix>ns reprendre haleine, et où les officiers pourront délibérer et prendre un parti.

Tout le demi-régiment se terre enfin dans un immense ravin où nous sommes à l'abri des avions, couverts par une épaisse voûte de feuillage, sorte de gorge préhistorique qui semble loin de toute civilisation, perdu dans un océan de verdure, et nous mettons pied à terre. Le commandant envoie des patrouilles explorer les issues

(le la forêt, et nous attendons des heures mortelles sans oser même élever la voix. Notre situation est à peu près désespérée. Depuis trois jours nous n'avons touché ni un morceau de pain, ni un biscuit, ni une poignée d'avoine. Les vivres de réserve sont épuisés, et les patrouilles qui reviennent les unes après les autres rapportent de tristes nouvelles. Les Allemands sont maîtres de toutes les issues de la forêt, nous sommes pris dans un étau, prisonniers dans ce gouffre d'arbres, réduits à mourir de faim et de soif. A l'écart, les officiei*s : le commandant J..., le capitaine de S..., le capitaine de T..., MM. C..., C..., R... et T..., délibèrent, la figure sombi^; chacun reste près de son cheval pour pouvoir sauter dessus en cas de surprise et, malgré tout, l'humeur des hommes reste admirable. Tous ont

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