‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 28 sur 100 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

leui*s cavaliers ont Tair de deux statues de pierre, puis dans un éclair, ils comprennent, et c'est une fuite éperdue; on enteud un instant les pierres voler sous les sabots des chevaux dont le bruit va en décroissant; et puis tout retombe dans un g^rand silence.

L'alerte est passée, mais le danger a encore grandi , maintenant que notre cachette est éventée, et sur les pauvres chevaux fourbus, il faut repartir, fuir de nouveau à travers les taillis et les rochers. En y repensant, mon esprit se refuse à croire possible un pai^eil « cross-country >' . Pour dépister l'ennemi, il fallait passer par des endroits où personne n'aurait imaginé que des chevaux avaient pu passer et cela devient une course à l'abîme, dans la nuit grandissante, des plongeons dans des gouffres noirs coupés de troncs

d'arbres, au fond desquels quelques cavaliers roulent avec leurs chevaux comme des jouets brisés.

Je sens le vieux Teint se crisper et frémir entre mes jambes, le poil hérissé, les naseaux ouverts et contractés. Plus loin, toujours plus loin... au cœur même de la vieille forêt dont nous troublons les solitudes les plus secrètes, effarouchant des troupeaux de biches qui fuient affolées devant la cavalcade. Un instant il semble que nous sonmies à quelque chasse à courre monstrueuse, une chasse dont rhomme serait Tenjeu, et malgré moi, une mortelle fatigue m'envahit; je ferme les yeux et j'attends qu'on sonne l'hallali. Le mieux est d'en finir vite, puisque la partie est perdue.

Dans la débandade des pelotons, je me retrouve un instant pai*mi le troisième

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escadron, à côté du lieutenant de C..., et nous échangeons quelques brèves pai*oles. Presque timidement, tant Tidée qu'un seul de nous puisse en réchapper paraît absurde, je lui demande d'écrire un mot à la maison si je suis appelé à disparaître, et si lui s'en tire avec la vie sauve; je lui promets le même service si les rôles sont renversés. Nous plaisantons quelques instants, tant la gaieté reste le fond de noti-e nature de Finançais, et nous partageons une dernière tablette de chocolat (ju'il conservait dans ses sacoches, service dont je lui serai toujours reconnaissant, tellement la faim me tenaillait d'insupportables douleurs. A une allure ralentie, nous cheminons maintenant sur un tapis de feuilles mortes, parmi les arbres qui s'éclaircissent singulièrement. A force de vouloir gagner le cœur de la forêt,

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nous avions fini par en (ja{pier la lisière et nous restons cloués, immobiles, retenant notre souffle devant la brusque vision entrevue à travers les branches.

Ils sont devant nous, les fameux convois que la division devait prendre, et sur un ruban d'environ 8 kilomètres de route, ils se déroulent. Des caissons, des munitions, des voitures à vivres, des réservoirs d'eau, des fourguons de toutes sortes, cheminant gaiement à une tranquille allure de promenade, et un lonfj roulement nous emplit les oreilles de son bruit continu.

Dans l'immobilité du soir, chaque parole prononcée, chaque ordre donné par les conducteurs nous arrivent clairs et distincts. Voici les dernières voitures, les derniers chariots, quelques retardaires traînant en queue dans une confusion de cyclistes et de cavaliers, et l'iutenuinable

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convoi s'éloigne. Les voitures de tête ont l'air de joujoux à l'horizon, de joujoux dessinés à la plume sur l'or du ciel et les personnages d'insectes finement tracés dans une atmosphère limpide. Tout cela s'éloigne paisiblement, comme une lente caravane; on dirait tout un peuple venant s'installer en pays conquis, arrivant au terme du voyage dans la paix d'un beau soir !

Le même jour, au même instant, le général Foch, poussant sa pointe entre les armées de Bulow et celles de Hausen, élargissait cette fissure qui allait être fatale à l'armée allemande. Il était presque parvenu à la Marne. La poursuite allait commencer, et ces mêmes convois, dont le tranquille spectacle nous serrait le cœur de leur insolente possession du sol français, dans l'ignorance où nous étions que

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Taube d*une grande victoire se levait, ces mêmes convois devaient suivre les armées vaincues dans une retraite éperdue et affolée, semant le long; des routes leurs caissons et leur matériel, fouettés par un vent de terreur et par un souffle de panique.

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