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CHAPITRE IV

LA CHARGE DE GILOCOURT. — l'ÉVASION DANS LA FORÊT DE COHPIÈGME. — 6-10 SEP- TEMBRE 1914.

A partir de ce moment, un vaçue espoir revient dans nos cœurs et, comme c'est souvent le cas, nous nous prenons à espérer quand les pires catastrophes s'amassent sur nos têtes.

Peu à peu la nuit vient. Impossible de demeurer ainsi. Nous sommes bien dans les lig^nes allemandes; de cela aucun doute puisque nous avons des troupes ennemies derrière nous et que les convois nous précèdent; mais à la faveur de la nuit on peut tenter un coup désespéré, et

tout vaut mieux que de mourir de faim. Vers 10 heures du soir, la colonne soi! bravement de la forêt, une colonne silencieuse dont les membres ont Tair de fantômes. Coupant à ti*avers champ, nous laissons au large Haramont, Eméville, Bonneuil-en- Valois, Morienval, et à mesure que la nuit s'avance une angoisse sourde nous étreint. Tous ces villages silencieux que nous n'osons approcher ont un air menaçant; de brusques lumières s'allument plus ou moins loin, une succession de points lumineux se meuvent lentement; on dirait un train en marche à une allure ralentie. Un malaise affreux me cause une douleur physique : la sangle de ma selle trop lâche a laissé glisser ma couverture de cheval qui menace de tomber; n'importe, pour rien au monde je ne metti'ais pied à terre. Il me semble que des

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