‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 31 sur 100 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Près de moi, un maréchal des log[is, D..., gémit doucement, tandis que son cheval remporte à la suite des autres; puis je le vois s'affaisser, buter du nez contre l'encolure et tomber à terre, traîné. Je saute de mon cheval et j'arrive à lui déçag^er le pied. Dans mes bras, je l'exhoii^ d'avoir un peu de courage : « Il faut s'éloigner d*ici, nous allons être pris par Tennemi ; au nom du ciel, remontez achevai ! » Mais il ne me répond que par une longue plainte, puis son grand corps s'affaisse dans mes bras, et il m'entmîne à terre. Une seconde, je demeure perplexe, les autres sont loin, et je reste seul en arrière avec ce mourant dans les bras qui me serre d'une étreinte désespérée; enfin ses bras se relâchent, et un soubresaut retend raide mort à mes pieds. Je le dépose pieusement sur l'herbe, face au ciel,

et comme j'achève ce dernier devoir envers un camai^ade, je lève la tête et j'aperçois toute une liçne de tirailleurs à une cinquantaine de mètres. Je comprends, dans une révolte désespérée de tout mon être, que je ne pourrais pas en sortir, mais nom d'un chien! ils ne m'auront pas vivant, et un calme extraordinaire descend en moi.

Je remonte à cheval bien lentement, je m'assure d'avoir les quatre rênes en main et je baisse ma lance. Maintenant, à la (p'âce de Dieu... Une volée de coups de fusil accueille mon départ, mais il était écrit que je devais en réchapper. Toutes les balles m'effleurent et pas une ne m'atteint. Bientôt je suis hoi-s de leur portée, caché par un rideau de brume. Je rejoins les deux escadrons, dont beaucoup de cavaliers sont sans chevaux, deux cents

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