CHAPITRE IV
Des voix impatientes réclament les tenailles, et pendant le retard mis à les apporter quelques semeurs de panique lancent de fausses nouvelles qui circulent bientôt et que tous accréditent : « L'ennemi s'avance en tirailleurs, nous allons êti'e fusillés à bout portant » , etc.. J'ai souvent pensé que si la nouvelle avait été vraie, je n'aurais pas donné cher de notre peau. Ainsi rassemblés et serrés comme un troupeau devant le trou de sortie que les sapeurs s'efforçaient d'ouvrir à notre passage, une poignée de fantassins résolus nous auraient tués jusqu'au dernier!
EnBn le trou est fait, et je descends une pente rapide entre des troncs minces de bouleaux, envoyé en éclaireur par le commandant, que je ne devais jamais revoir. En bas, une silhouette, tête nue, est appuyée sur un sabre au milieu d'une
ta ÉTAPES ET COMBATS
clairière baig^née de lune et me regfsrde venir; je reconnais avec ctonnement mon officier. Pendant un couil moment, chacun avait pris Tauti^e pour un ennemi et à une vin(jtaine de mètres nous nous considérions prêts à sauter Tun sur Tautre. Notre reconnaissance n*en est que plus cordiale. M. C... refuse mon cheval que je lui offre, préférant tenter de regagner nos lignes à pied à la faveur de la nuit (ce qu'il fit d'ailleui^s, après avoir culbuté deux sentinelles alieniandes). Il me met vivement en garde contre des tirailleui*s cachés dans un taillis derrière moi, et après une poignée de main émue de pai*t et d'autre, accompagnée d'un «bonne chance » qui résonne connue une ironie supj*éme entre ces deux isolés peixlus en plein pays allemand, je vois sa silhouette mince s'enfoncer dans les ténèbi^s et je