CHAPITRE V
que le commandant J... est prisonnier.
Quant au capitaine de T..., on raconte c|u'il a pu s'échapper à pied, avec son ordonnance, et qu'il se trouve quelque part dans la région, avec un contingent de rescapés, mais toutes les informations manquent de précision.
La veille, j'avais couché dans le grand salon du château, appartenant à M. de M..., le maire, et dont l'aspect mérite quelques mots de description pour faire connaître, à ceux qui doutent encore de la sauvagerie des Allemands, jusqu'où peut atteindre le degré de leur bestialité et de leur ignominie.
Ce grand salon est un véritable fumier. Les tapisseries sont lacérées, le billard gît au milieu de la pièce, renversé; une litière pourrie recouvre le plancher; le mobilier est en miettes : chaises brisées,
fauteuils dont la tapisserie est m-rachëe, vitrines défoncées. On sent que tous les objets de petite taille ont été emportés, les autres détruits méthodiquement. Au premier étage, le spectacle soulève le cœur : du linge fin garni de dentelles est souillé d'excréments; des excréments partout :
dans la baignoire, dans les draps, sur le plancher. On a vomi sur les lits, uriné le long des murs ; des bouteilles cassées ont répandu des mares de vin rouge sur les tapis de prix. Un liquide innomable coule le long de l'escalier ; des dessins obscènes au charbon sont ti-acés sur les tentures ; des inscriptions indignes ornent les murs.
J*en ai assez dit pour donner une idée des traces dégradantes laissées pai* un ennemi méprisable. Je n'ai rien exagéré; je suis resté plutôt en dessous delà vérité.
£t c'est un tel peuple qui voudrait être