CHAPITRE V ilT
sur le fusil ; et je frissonne involontairement (l*être seul à la nuit qui tombe, dans cette campa(jne vide, où pas un être vivant ne se montre, où pas un bruit ne se fait entendre, que le croassement des milliers de corbeaux qui s'abattent sur leurs proies et le ronronnement de mon moteur qui souffle dans les montées comme un vieillard asthmatique et qui me donne les plus vives inquiétudes.
A quinze cents mètres de Baron, après un dernier halètement, la machine s'arrête pour toujours, et, dans mon ignorance de la mécanique, je me vois forcé de l'abandonner sur place; je poursuis ma route à pied, dans la solitude et dans la nuit.
liC propriétaire du château de Baron me donne un gîte ; comme à Verberie, tout a été brûlé, souillé, détruit, et d'une maison élégante il ne reste qu'un monceau
lis ÉTAPES ET COMBATS
d'objets informes; le lendemain matin, avec Taide d'un capitaine d'ctat-major qui me réquisitionne une carriole, je rejoins enfin, à Verberiemènie, le capitaine deT. . . qui avait couche à la ferme de la Bonne Aventure, à une distance insignifiante de moi.
Quand il me voit, après les mortelles inquiétudes où il avait vécu, croyant son escadron perdu et anéanti, il est dominé par une telle émotion de (jratitude et de joie, que je vois ses yeux se remplir de larmes, tandis qu'il me serre vigoureusement les mains. lia déjà communiqué mon nom pour être cité à l'ordre du jour au sujet de l'affaire de Gilocourt et de la mort du pauvre D... Je suis proposé pour la médaille militaire, et mon cœur se gonfle d'orgueil et de joie tandis que je i-emonte vers Estrée-Saint-Denis, juché sur une