‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 48 sur 100 · CHAPITRE V 1Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE V 1Î

fjouniiei-s qui se chauffent, assis sur leure talons, chantant d'étranges mélopées africaines, qui donnent à ce coin de plaine franraise un aspect de Sahel alg^érien.

En entendant le hruit de nos chevaux, ils sautent sur leurs armes avec des cris fjutturaux, mais, quand ils reconnaissent des Français, ils insistent pour embrasser mon officier, et dansent autour de nous comme des enfants.

Nous cantonnons à Parvillers dans une ferme à moitié détruite où, au lever dn jour, un spectacle hallucinant frappe nos yeux : dans la cour sont morts une dizaine de soldats allemands, fauchés par le 75, dans des postures si naturelles qu'on les dirait vivants, si ce n'est qu'ils ont une couleur de cire. Il y en a un, debout, retenu par les bras à un arbuste, les mains crispées aux branches ; sa fijjure dit en-

core son épouvante, sa bouche hurle, ses yeux sont dilates de terreur : un éclat lui a troué la poitrine. Un autre est à g^enoux, accoté à un mur, jusqu'où il a reculé pour s'éloigner du feu meurtrier. Je m'approche pour voir où est sa blessure, qu'il me faut un moment pour découvrir tant son cadavre est intact. Je m'aperçois enfin qu'il a tout l'intérieur de la boîte crânienne enlevé, creusé comme avec un instrument de précision; la langue et les yeux sont retenus par un lig^ament de chair, et son casque à pointe a roulé à côté de lui. Un officier est assis sur du foin, les jambes écartées, la tète renversée, re- ()[ardant la ferme.

Et tous ces yeux nous fixent dans une effrayante immobilité, avec un re^jard empreint d'une telle épouvante, que les hommes se détournent, g^ênés, et que pas

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