‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 5 sur 100 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

reçai'd veut dire : « Adieu, je serai brave, ne t'inquiète pas, ne pleure pas, ne souffre pas. » Ce re[jard embrasse tout ce qui a été la vie jusqu'à présent, dans ses joies et dans ses douleurs; ce rej^ard est une conclusion, un congé, une promesse; c'est le sifj^nal d'une fin, c'est l'âme tout entière qui monte du cœur aux yeux.

Et en fait, aussitôt que j'ai le dos tourné et que je me retrouve près de mon cheval, toute considération extérieure disparaît. L'idée que je viens peut-être de faire aux miens un adieu éternel s'efface, devant l'importance de ne rien oublier de mon paquetage, de m'assurer que mon cheval est bien ferré, d'ajuster ma sangle comme il faut, de surveiller les plis de ma couverture, et comme un automate je répète en moi-même : « Voyons... j'ai ma

lance, mon sabre, ma carabine; ai-je veillé à tous les détails? Est-ce que mon crochet de carabine est bien fîxét Est-ce que la bretelle est assez tendue? » etc., et J^iî^tu^^ m'étant aperf;u que mon bidon fuyait, cela prend les proportions d'un désastre, cela m'emplit le cœur de désolation... Ce bidon que F..., la cantinière, a rempli de « jus » bouillant avec une tendre sollicitude, et je me surprends à murmurer :

« Ah ! ce bidon, ce bidon, quel malheur. . . »> Les empires peuvent crouler, je n'aurai pas de u jus » demain matin, et toute ma jçuerre en est assombrie.

Pourtant ce n'est plus l'heure des enfantilla([es. Un à un, chaque dragon conduit son cheval par la bride et va se rang^er dans l'immense cour du quartier où circulent les points lumineux des lanternes électriques dont les officiers se

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