CHAPITRE VI
SOUS un tel feu que nous devons battre en retraite vers le village, inquiets des chevaux qui se trouvent dans la ligne de tir. Comme nous descendons la rue principale, nous rasons les murs pour éviter les éclats. Des obus de tous calibres tombent sans arrêt, trouant les minces toits d'ardoises, entrant même par les fenêtres. J'en vois un percer un mur à quelques pas devant moi et éclater à l'intérieur de la maison, dont les étages s'écroulent les uns sur les autres. On dirait un tremblement de terre; toute la rue eu est secouée.
C'est au pas gymnastique que nous gagnons les chevaux, cabrés sous cet ouragan de fer, et nous nous réfugions au galop derrière le village pour les laisser en sûreté. Sans perdre une seconde, on nous distribue des cartouches supplémentaires en grande quantité, et nous revenons sur
nos pas prendre place entre des fermes, dans des pâturag^es clos de haies et de barrières.
Jusqu'au soir nous travaillons à fortifier nos positions. Chacun se fait sa « tranchée " . (Ce mot avait alors une autre signification; à cette époque, le mot tranchée représentait pour nous le moindre trou creusé pour se protéger des balles, le moindre obstacle placé entre Tennemi et nous.)
Nous nous protégeons avec des sacs de terre, des fagots, des instruments agricoles, etc. A peine installés, nous recevons l'ordre de quitter cet endi*oit et d'occuper un chemin à droite, coupant deux prairies, au bout duquel nous installons tant bien que mal, avec ce qui nous tombe sous la main, une barricade.
L'infanterie annoncée pour 4 heures