CHAPITRE VI
se fait attendre, et je me demande comment il sera matériellement possible de tenir longtemps, étant donnée la disproportion entre nos forces et celles de Tennemi, quand cet ennemi attaquera.
A peine la nuit venue, éclate une fusillade infernale, qui dure jusqu'au jour sans le moindre arrêt. On dirait un feu de salve ininterrompu auquel se mêle le bruit sec, cassant et rég^ulier de la mitrailleuse. Des milliers de projectiles frappent notre fragile abri, ou passent en sifflant au-dessus de nos têtes. Nous tirons droit devant nous, dans la nuit noire, sans savoir sur quoi mais dans la direct ion d'où part cet orage meurtrier.
A chaque instant la même question court d'homme en homme : u L'infanterie est-elle arrivée? » , car nous savons que notre vie dépend de ce retard. On nous a
dit : « Vous empêcherez les Allemands de passer, jusqu'à ce que vous ayez été relevés » , et nous ne connaissons que cette consigne implacable.
Nous ne sommes qu'une poifjnée de cavaliers, deux cents peut-être, pour arrêter l'élan d'une masse formidable d'infanterie. Si nos fantassins n'arrivent pas à notre secours, nous serons hachés jusqu'au dernier, mais l'ennemi devra passer sur nos cadavres, pas avant.
De lassitude, et malgré le tonnerre qui nous entoure, je m'endors brusquement dans le petit fossé qui borde le chemin, pesamment, sans rêves. Je ne sais vers quelle heure je me réveille. Le bruit du combat est dominé par une clameur plus forte et plus pénéti-ante. Tout le pays n'est qu'un vaste rougeoiement sous un ciel plus rouge encore ; on y voit coimue en plein